Derrière De Grisogono, le jackpot des diamants

Luanda LeaksLa famille de l’ancien président angolais a utilisé la marque suisse de bijoux pour bâtir un énorme commerce de pierres précieuses à Dubaï.

Le diamant «The Art of de Grisogono».

Le diamant «The Art of de Grisogono». Image: AFP

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L’achat du joaillier genevois De Grisogono par l’Angola a-t-il permis à la famille de l’ex-président Dos Santos de recevoir des monceaux de diamants à prix avantageux? C’est l’accusation lancée fin décembre par le nouveau pouvoir angolais. Il affirme que l’ancien régime aurait attribué plus de 18 millions de carats, valant près de 2,3 milliards de dollars, à De Grisogono.

Ce quota exorbitant aurait permis à la fille de l’ancien président, Isabel dos Santos, et son mari Sindika Dokolo de réaliser de fabuleux profits, en revendant ces pierres précieuses par le biais de sociétés basées notamment à Dubaï.

Isabel dos Santos recherchée

Révélés lundi par un consortium de médias internationaux, les documents des «Luanda Leaks» montrent comment Isabel dos Santos et son mari ont profité de fonds étatiques du temps où le père d’Isabel était président. Ils ont ainsi pu acheter De Grisogono tout en laissant l’État angolais éponger les pertes du joaillier suisse.

Interrogé sur les révélations des «Luanda Leaks», le procureur général angolais a juré lundi d’utiliser «tous les moyens possibles» et «tous les mécanismes internationaux pour ramener Isabel dos Santos dans le pays». Ses services ont demandé «le soutien international du Portugal, de Dubaï et d’autres pays» pour obtenir le retour d’Isabel dos Santos, qui vit essentiellement entre Londres et Dubaï.

Des pertes massives pour l'Etat angolais

Les pertes massives de l’État et de sa société diamantaire publique dans De Grisogono – estimées à plus de 200 millions de dollars au total – sont l’un des principaux reproches des autorités angolaises à la famille Dos Santos. Mais le montant de 2,3 milliards de dollars de diamants qu’aurait reçu le joaillier suisse étonne par son énormité. Car la marque n’a jamais été assez grande pour écouler pareils volumes sous forme de bijoux.

En revanche, Sindika Dokolo s’est vanté de traiter d’énormes quantités de pierres précieuses depuis sa base arrière de Dubaï. «On représente une plateforme de 2 milliards de dollars par an en diamants», expliquait-il dans une interview accordée au «Monde» en 2017.

Une image rassurante

L’acquisition de De Grisogono l’aurait aidé dans ce commerce en lui donnant l’image rassurante d’un groupe de luxe suisse bien établi. «Mieux vaut être perçu comme un groupe de luxe que comme un groupe de trading de diamants», résumait le gendre du président.

Pour l’Angola, cinquième producteur mondial de diamants, la marque suisse devait aussi effacer la mauvaise image des «diamants du sang», née de la longue guerre civile qui a ravagé de pays. Emblème de cette politique: la vente à Genève en 2017 de l’énorme diamant angolais «The Art of de Grisogono», pour plus de 33 millions de francs.

Un geste d’émancipation africain

Sindika Dokolo, dont le père avait contribué à libéraliser le secteur du diamant au Zaïre sous Mobutu dans les années 80, décrivait aussi l’achat de De Grisogono par l’Angola comme un geste d’émancipation africain. «Il n’y a pas un Noir fort et légitime dans le secteur du diamant», regrettait-il il y a deux ans.

En 2015, le gendre du président a créé à Dubaï une société de négoce de diamants, Nemesis International. Pour la gérer, il s’est associé au Français d’origine congolaise Konema Mwenenge. Depuis, les deux hommes ont revendu des diamants angolais pour plusieurs centaines de millions de dollars.

Pierres à crédit

«La famille Dos Santos avait enrobé ses douteuses affaires dans un discours d’émancipation de l’Angola», commente Adrià Budry, de l’ONG suisse Public Eye. Selon lui, «la Suisse reste un maillon essentiel dans la chaîne des grands détournements de fonds publics» et doit «améliorer les mesures visant à garantir la transparence des ayants droit économiques des sociétés».

Sindika Dokolo se défend en assurant avoir payé à l’Angola des prix plus élevés que d’autres acheteurs, au nom du partenariat noué entre De Grisogono et la Sodiam, la compagnie publique d’exportation de diamants. Il affirme aussi avoir fourni des stocks de pierres à crédit à De Grisogono, pour des montants qui oscillaient entre 50 et 200 millions de dollars.

Créé: 21.01.2020, 07h21

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