Démission de Christoph Blocher: l'éditorial de Pierre Ruetschi

Politique suisseLe tribun de l'UDC a annoncé ce vendredi son départ du Conseil national. L'éditorial du rédacteur en chef de la Tribune de Genève.

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Christoph Blocher s’engage dans l’acte ultime de son combat. En politique, il a tout vu, tout fait. Voilà trente ans qu’il bataille au Parlement comme un taureau infatigable. Sous sa coupe, l’UDC est devenue le premier parti de Suisse. En 1992, il a gagné seul contre tous le scrutin sur l’EEE. Et le 9 février, toujours superbement isolé, il a convaincu le peuple de voter pour son initiative contre l’immigration massive. Victoire totale, aboutissement triomphant de sa carrière de Neinsager. La boucle était bouclée. Il pouvait s’abandonner à la contemplation patriotique.

Mais voilà que sous les décombres du dernier tremblement de terre renaît un puissant besoin d’Europe, au moins celui des bilatérales et de la libre circulation des personnes qui, à n’en plus douter, feront l’objet d’une prochaine votation. Et cela Christoph Blocher ne peut le tolérer. Est-ce dû à l’âge qui parfois durcit les positions ou au jusqu’au-boutisme prêté aux intouchables? L’homme et son discours se sont encore radicalisés. En annonçant son retrait du Conseil national, le tribun zurichois s’est mis en ordre de bataille. Débarrassé de ses obligations de parlementaire, il va pouvoir se consacrer entièrement à sa mission existentielle: tuer l’hydre européenne qui empoisonne la Suisse. Il joint l’acte à la parole et à sa détestation des institutions. Question de crédibilité. Il rompt ainsi tout lien avec ces corps constitués qui pervertiraient les valeurs profondes de «son» pays. Complètement libre, il mènera son combat du dehors, plus proche du peuple, tout en usant de la puissance de l’UDC dont il reste le «líder máximo».

La stratégie se tient, non sans faiblesses. Avec le départ de Christoph Blocher, l’absence de leadership UDC au Parlement devient soudain aveuglante. Par ailleurs, hors de la machinerie bernoise, privé de ses repères ennemis, même le géant risque la marginalisation.

Aura-t-il l’énergie, et la vision surtout, pour mener l’une des plus difficiles campagnes de sa carrière, sur le mode sabre au clair qu’il affectionne? Cela au moment même où nombre de ses sympathisants se demandent s’il n’a pas déjà été trop loin. Un pari qui porte la marque Blocher, dangereux à tous égards. Pour lui et pour la Suisse.

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Créé: 09.05.2014, 18h15

Pierre Ruetschi, rédacteur en chef de la Tribune de Genève

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