«Les demandeurs d'emploi atteignent un niveau record»

EconomieL'Union syndicale suisse (USS) dévoile ses priorités pour 2016. Entretien avec son président, Paul Rechsteiner.

Paul Rechsteiner, président de l'USS, dénonce les effets du franc fort sur l'emploi en Suisse.

Paul Rechsteiner, président de l'USS, dénonce les effets du franc fort sur l'emploi en Suisse. Image: Keystone

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C'est la rentrée pour l'Union syndicale suisse (USS). La faîtière des syndicats a tenu mardi matin à Berne sa traditionnelle conférence de presse, durant laquelle les champs de bataille de le nouvelle année sont ouverts.

En 2016, l'USS se fait surtout du souci par rapport à la cherté du franc et souhaiterait une nouvelle intervention de la BNS. Mais se sachant peu armée pour le combat monétaire, elle se fixe d'autres priorités: la lutte contre le chômage, le sauvetage des Bilatérales, la hausse des rentes AVS - la votation sur son initiative AVSplus doit avoir lieu cette année - et, de manière moins habituelle, la faîtière fait aussi de la lutte contre l'initiative UDC «pour le renvoi des étrangers criminels», l'un de ses combats centraux. Entretien avec le président de l'USS, Paul Rechsteiner.

–L'USS dit vouloir lutter contre un «niveau de chômage record». Où est ce record dont vous parlez?
Si l'on prend la logique de calcul de l'Organisation internationale du travail, nous parvenons à des chiffres absolus records en Suisse en termes de demandeurs d'emploi. C'est spécial, car nous avons de bonnes conditions actuellement en Suisse, ainsi qu'une population occupée, performante. Mais le taux de change du franc, suite à la décision de la Banque nationale suisse du 15 janvier passé, met en péril l'emploi. Cette situation est absurde: dans presque tous les pays européens, le chômage baisse, tandis qu'en Suisse il augmente.

–Pour ne pas aggraver la situation, vous plaidez pour un sauvetage des Bilatérales. Êtes-vous vraiment convaincu des bienfaits de l'ouverture européenne pour les travailleurs suisses?
Nous sommes pour le maintien des Bilatérales depuis longtemps, car l'économie et l'emploi en Suisse reposent sur une situation régulée avec l'Union européenne. Mais les Bilatérales doivent servir au pays, pas lui nuire. Cela veut dire que les mesures de protection des salaires, les mesures d'accompagnement pour la protection de l'emploi doivent être renforcées. Le groupe de travail que le Conseil fédéral a introduit en décembre dernier pour optimiser ces mesures doit donc maintenant produire des résultats.

–Votre initiative pour augmenter les rentes AVS de 10% constitue une autre priorité pour 2016. Le Parlement se dirige maintenant lui aussi vers une hausse des rentes AVS. Votre initiative est inutile...
Non, nous avons certes pu constater que le processus parlementaire a un peu changé le projet «Prévoyance 2020» du Conseil fédéral sur la question de l'AVS. Mais il y a toujours des points très négatifs dans ce projet, comme l'augmentation de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans. Le Parlement a décidé de faire voter sur notre initiative avant de terminer ses travaux sur l'ensemble de «Prévoyance 2020». Dans cette situation, nous avons de bons arguments et de bonnes raisons de défendre une hausse des rentes AVS de 10%. D'ailleurs, notre initiative populaire concerne les rentes actuelles et futures tandis que le projet décidé par le Conseil des États ne concerne que les futurs rentiers.

–Votre 3e priorité détonne: vous vous dressez contre l'initiative de l'UDC «pour le renvoi effectif des criminels étrangers» soumise au vote le 28 février. Est-ce vraiment aux syndicats d'empoigner ce débat?
Cette initiative mettrait au placard toutes les valeurs de la Suisse moderne: les droits de l'Homme, la séparation des pouvoirs, etc. Cela va influencer tous les débats futurs en Suisse. Si cette initiative est acceptée, la Suisse deviendrait une île contre les droits de l'Homme. Syndicalement, nous devons aussi mettre en exergue la situation de la population sans passeport suisse. Beaucoup de jeunes, des secundas et secundos, contribuent à la richesse de ce pays. Quand des délits sont commis, ils doivent bien sûr être punis. Mais perdre toute son existence sociale à cause d'une bêtise de jeunesse, c'est inhumain. Beaucoup de membres des syndicats et leurs enfants pourraient être directement touchés.

Créé: 05.01.2016, 13h50

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