Les défis de Berset, président hyperconsensuel de la Suisse

Conseil fédéralAprès sa brillante élection à la tête du pays, l’amène et lisse Alain Berset va être confronté à une année présidentielle compliquée.

Alain Berset a réalisé une élection canon mercredi devant l’Assemblée fédérale, malgré l’actualité.

Alain Berset a réalisé une élection canon mercredi devant l’Assemblée fédérale, malgré l’actualité. Image: KEYSTONE

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Double tuile pour Alain Berset, le nouveau président élu de la Confédération. Son avènement à la tête du Conseil fédéral est éclipsé par une actualité particulièrement chargée. Johnny Hallyday est décédé et Trump met le monde musulman en ébullition avec sa volonté de transférer l’ambassade US à Jérusalem. Et comme si cela ne suffisait pas, le 6 décembre est le jour pile-poil d’un triomphe historique UDC sur la question européenne.

Il en faut plus pour gâcher la bonne humeur du flegmatique et amène Alain Berset. D’autant plus qu’il a réalisé une élection canon mercredi devant l’Assemblée fédérale. Il a recueilli 190 voix, soit deux voix de plus que la populaire Doris Leuthard l’an passé. Un joli score qui reflète la bonne cote du Fribourgeois auprès des parlementaires. De tous côtés, on loue son sens de l’écoute, sa modération et son pragmatisme. Pragmatisme, un mot que Berset chérit et a égrené tout au long de son discours lisse d’intronisation. Il a vanté la recherche du compromis, la faculté d’aller vers l’autre et le sens de la mesure. Sa phrase culte: «Les Suisses ne sont pas des maximalistes ni des minimalistes. Nous sommes des réalistes.»

Quels sont les trois grands défis d’Alain Berset? Rapide survol.


Réussir la percée avec l’UE

Doris Leuthard a réussi à installer un nouveau ton avec l’UE sur le dossier européen, où la Suisse n’est pas simplement le petit élève turbulent qu’il s’agit de discipliner. Elle a échoué cependant à mettre sous toit un accord institutionnel qui chapeaute les relations bilatérales. Alain Berset, ministre PS et europhile, y parviendra-t-il? Cela dépendra en partie de la dynamique qu’il réussira à instaurer avec Ignazio Cassis. Le nouveau ministre PLR des Affaires étrangères se montre nettement plus réservé à l’égard de l’UE que son prédécesseur Burkhalter. Rassembler le collègue sur la question européenne face à l’UE tient de la gageure. Ueli Maurer vient d’ailleurs de faire part de son mécontentement sur le milliard de cohésion.


Écoper à l’Intérieur

Comme nombre de ses prédécesseurs et malgré son sens tactique, Alain Berset ne parvient pas à être le grand réformateur des assurances sociales. Il vient d’échouer spectaculairement sur le paquet des retraites du 1er et du 2e pilier. Il va devoir écoper ces prochains mois pour essayer d’élaborer un nouveau compromis. Cela semble très mal parti vu les positions figées des principaux acteurs. Même naufrage sur l’assurance-maladie, où les tarifs des primes s’envolent. Berset, qui a présenté un rapport d’experts avec des solutions pour réduire les coûts de la santé, doit convaincre le Conseil fédéral et surtout le parlement. Un défi immense qui risque de finir une fois encore en eau de boudin.


Renouveler en douceur le Conseil fédéral

À 45 ans, Alain Berset est le plus jeune président que la Confédération a connu depuis 1934. Il ne devra pas simplement administrer au mieux les séances du gouvernement. Son caractère conciliant et inclusif le prédispose à une tâche particulièrement délicate: accompagner en douceur le renouvellement du Conseil fédéral.

Doris Leuthard, le poids lourd du collège, va certainement tirer sa révérence en 2018. Son département mammouth, qui comprend les Transports, l’Énergie, l’Environnement et les Communications, suscite les appétits. Il y a fort à parier qu’un ou plusieurs conseillers fédéraux aimeraient reprendre ce joyau politique. L’art pour Berset consistera à dégager une solution qui préserve la bonne entente du groupe. Il n’y a rien de pire que d’arriver à une situation où il faut voter pour attribuer un département. (TDG)

Créé: 06.12.2017, 22h52

Blocher, Juncker, l’amitié et le milliard

Pour fêter son torpillage de l’EEE dans les urnes il y a vingt-cinq ans, l’UDC a fait un petit numéro d’agit-prop mercredi matin. Peu avant que ne s’ouvre la séance du National, une partie de ses élus a chanté dans l’hémicycle l’hymne national et brandi des pancartes «Merci la Suisse». Buzz réussi sur les réseaux sociaux, où Manuel Tornare (PS/GE), choqué, y dénonçait… «une attitude fascisante». Plus intéressante a été la manifestation de l’UDC sur une place publique, à deux pas du Palais fédéral, à la pause de midi. Encadrée par une escouade de policiers craignant l’arrivée de perturbateurs, une bonne centaine de personnes est venue écouter Christoph Blocher se féliciter du triomphe de 1992. Ce dernier a rapidement switché sur le présent. Après l’EEE, la nouvelle bête noire à abattre, c’est l’accord institutionnel qui doit chapeauter les Bilatérales. Il a ironisé sur tous les noms donnés à cet accord pour essayer de faire passer la pilule. Dont celui de «traité d’amitié» lancé par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Très en verve, le stratège UDC s’est gaussé du milliard débloqué par le Conseil fédéral pour les pays de l’Est. «Ah bon, pour être ami, il faut donc verser un milliard?» Et de mettre les rieurs de son côté en continuant sur ce thème: «C’est une idiotie de donner un milliard mais pas de le recevoir. Dans cette histoire, l’idiot… ce n’est pas Juncker.» Et de conclure, cinglant, que l’UDC fera tout pour couler l’accord constitutionnel, «le traité colonial d’amitié avec l’UE».

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