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Décollage imminent pour le futur avion de l'armée suisse

Trois ans après l’échec du Gripen en votation, l’achat d’un nouveau jet entre dans une phase concrète. Le peuple pourrait bien ne pas avoir son mot à dire.

Le phénix renaîtra-t-il de ses cendres? Malgré le cuisant échec en votation en 2014, le Gripen E fait à nouveau partie des prétendants dans la course à l'acquisition d'un nouvel avion de combat.
Le phénix renaîtra-t-il de ses cendres? Malgré le cuisant échec en votation en 2014, le Gripen E fait à nouveau partie des prétendants dans la course à l'acquisition d'un nouvel avion de combat.
SAAB
Développé par le fabricant suédois Saab, cet appareil est celui qui présente le coût horaire le plus faible (4700 francs). Sa vitesse est de 2200 km/h pour un rayon d'action au combat de 1300 kilomètres.
Développé par le fabricant suédois Saab, cet appareil est celui qui présente le coût horaire le plus faible (4700 francs). Sa vitesse est de 2200 km/h pour un rayon d'action au combat de 1300 kilomètres.
DR
Début mars, Lockheed Martin avait annoncé être en discussions avec les gouvernements espagnol, suisse et belge pour l'achat de ses avions de chasse F-35. Les affirmations du directeur du programme F-35 proférées à l'occasion d'un salon de l'aéronautique en Australie avaient fait du bruit jusqu'en Suisse, où le Conseil fédéral lui-même avait démenti l'information.
Début mars, Lockheed Martin avait annoncé être en discussions avec les gouvernements espagnol, suisse et belge pour l'achat de ses avions de chasse F-35. Les affirmations du directeur du programme F-35 proférées à l'occasion d'un salon de l'aéronautique en Australie avaient fait du bruit jusqu'en Suisse, où le Conseil fédéral lui-même avait démenti l'information.
DR
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Vous avez aimé la saga du Gripen, vous allez adorer la prochaine production sur l’achat d’un nouvel avion de combat. Après des mois d’attentisme, le dossier s’accélère à Berne. Le conseiller fédéral Guy Parmelin devrait présenter la semaine prochaine les conclusions des deux rapports d’experts et d’accompagnants «politiques» qu’il a mandatés. On en saura alors davantage sur les besoins concrets de la défense aérienne, sur la procédure mise en place ou les aspects industriels que devra offrir le futur jet.

Guy Parmelin joue une partie de son bilan de ministre de la Défense sur la réussite de cet objet. D’où sa prudence de Sioux. Outre les deux groupes de suivi qu’il a mis en place, le Vaudois a également stoppé le très polémique projet de défense sol-air pour avoir une vision globale. «La première chose que nous souhaitons, c’est partir dans ce projet avec le maximum de cartes en main, expliquait-il le mois dernier dans Migros Magazine. Nous faisons le nécessaire pour avancer dans de bonnes conditions.»

On ne sait pas encore le titre du film, mais le scénario ressemble à celui du Gripen. La Suisse se tâte sur le meilleur jet à acquérir. Attirés par l’appât du gain, les constructeurs commencent à rejoindre la capitale pour mieux vanter les charmes de leurs joujoux. «Ça s’installe. L’administration et ArmaSuisse sont visées», nous confirme un connaisseur du dossier. Une fois que le Conseil fédéral aura jeté son dévolu sur l’avion de ses rêves, le parlement s’agitera sur des questions financières. Ses 246 élus seront tous devenus des spécialistes de l’aéronautique.

Avenir de la flotte

Le débat prendra toutefois une tout autre ampleur. On ne parlera plus uniquement du remplacement d’un type d’appareil par un autre, mais d’une question de fond. «C’est un cas de figure totalement différent, reconnaît Géraldine Savary (PS/VD). Si la Suisse renonce à acquérir un nouveau jet, il n’y aura plus d’avion à l’horizon 2030. La Suisse doit se demander, si elle veut ou non garder une flotte aérienne militaire.»

Et ça change tout. «En Suisse, il y a une frange de la population «antimilitariste» qui ne veut pas entendre parler de nouveau jet, explique Hugues Hiltpold (PLR/GE). Il y a une autre frange plus proche de l’armée qui en veut un coûte que coûte. Entre les deux, une partie des citoyens hésite, ceux qui ont fait pencher la balance lors du vote sur le Gripen. Ils ont dit non à un type d’avion qui traînait derrière lui une image négative, pas à l’idée d’un nouveau jet.»

Au parlement, les fronts devraient donc évoluer. Les partis bourgeois pourraient bien compter sur des voix de gauche. «La question de la neutralité n’est pas anodine dans ce dossier, estime Géraldine Savary. Plusieurs de nos voisins sont engagés dans des guerres. Si la Suisse se repose sur eux pour garantir son espace aérien, elle devient de facto un pays allié. Cette situation peut compliquer le travail des organisations comme le CICR lorsqu’elles doivent intervenir sur ces zones de conflit. Le PS n’a pas encore pris de décision formelle, mais dans un papier de position, il considère que la Suisse doit disposer d’une flotte d’une vingtaine d’avions.»

Police aérienne

Le nombre d’avions, une bonne partie du débat devrait se jouer autour de cette question. Selon la Liberté, la Suisse pourrait bien – compte tenu des impératifs financiers – devoir se limiter à l’achat d’une trentaine de jets couplés à un système de défense sol-air. On est loin des 55 avions de combats jusqu’ici évoqués par le Conseil fédéral en 2014. «Avec ce que l’on sait aujourd’hui, 50 à 70 appareils sont nécessaires pour remplir les missions que nous nous sommes fixées. Si on réduit ce nombre à 30 ou 40, il faudra limiter nos engagements, prévient Thomas Hurter (UDC/SH), lui-même ancien pilote. Cela suffira peut-être pour assurer la police aérienne 24 heures sur 24, mais en cas de coup dur, l’armée se trouverait limitée. L’autonomie serait réduite.»

L’autre élément qui risque bien d’électriser les discussions, c’est la question d’une consultation populaire. Chat échaudé craint l’eau froide, de nombreux élus hésitent à tenter l’aventure dans les urnes. «Avant j’étais pour, confirme Hugues Hiltpold. Aujourd’hui, je laisse la porte ouverte. On donne beaucoup de chance aux opposants. Ils peuvent toujours lancer une initiative.» Thomas Hurter est plus tranché. «Il y a toujours beaucoup d’émotion lorsqu’on parle d’avion de combat. Mais le peuple doit s’exprimer sur la mission de l’armée, pas sur les moyens mis en œuvre pour la remplir. On ne demande pas aux citoyens de se prononcer sur le type de sac à dos, pourquoi devrait-on le faire avec les jets? Ou alors, on change la Constitution.» Raison pour laquelle il milite pour le financement de cette acquisition dans le cadre du budget ordinaire de l’armée, et pas par le biais d’un fonds spécial.

Consultation populaire

Face aux réticences du bloc bourgeois, les Verts se battront au parlement pour qu’un fonds spécial soit créé. Ce qui donnerait la possibilité de le combattre par référendum. «Il s’agit de prendre en compte la volonté populaire qui s’est fait entendre lors du vote sur le Gripen», tonne Lisa Mazzone (GE), vice-présidente du parti.

Si les Verts échouent, le Groupe pour une Suisse sans armée qui avait habilement tiré les ficelles lors du dernier scrutin est-il prêt à lancer une initiative populaire? «Nous avons toujours dit que nous le ferions, si c’était le dernier recours», répond Amanda Gavilanes, secrétaire générale du GSsA. Si la volonté est là, les ressources pourraient manquer, elles qui sont déjà engagées dans la dernière initiative que le groupe vient de lancer pour lutter contre le commerce de la guerre.

Une dernière option serait de faire voter le peuple sur un concept général de défense aérienne. Evoquée dans le rapport d’experts, cette piste ne part pas avec les faveurs de La Côte. Selon nos informations, Guy Parmelin n’y serait pas favorable.

On sera rapidement fixé sur les fronts qui devraient s’opposer lors de cette future bataille. Le Conseil national doit se prononcer le 8 juin sur la prolongation et l’armement des F/A-18, mais aussi sur le premier crédit d’étude pour l’acquisition d’un nouvel avion. La première séquence d’un nouveau film à suspense.

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