«Le débat sur l'initiative Minder n'a pas assez changé la donne»

Salaires abusifsLe débat sur les salaires abusifs a sans doute eu un effet sur les top managers, mais pas de réel impact, estiment les observateurs. Pour le directeur d'Ethos Dominique Biedermann, l'autorégulation a fait trop peu de progrès.

Le directeur d'Ethos Dominique Biedermann.

Le directeur d'Ethos Dominique Biedermann. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le débat sur les salaires abusifs a sans doute eu un effet sur les top managers, mais pas de réel impact, estiment les observateurs. Pour le directeur d'Ethos Dominique Biedermann, l'autorégulation a fait trop peu de progrès.

«Depuis quelques années, on remarque que les grands patrons prennent conscience qu'ils doivent faire attention quand ils abordent le thème des rémunérations», relève Dominique Biedermann à la tête d'Ethos, créée par des caisses de pensions. Selon lui, les choses avancent trop lentement. Seules 50 des plus grosses sociétés en Suisse ont accepté un vote consultatif facultatif sur les rémunérations, rappelle-t-il.

Les entrepreneurs qui ne veulent rien savoir de telles démarches se réfugient derrière deux excuses. Les uns considèrent les votes consultatifs comme inutiles puisque selon leurs dires ils n'octroient pas de salaires abusifs. Les autres pensent qu'il n'est pas nécessaire d'introduire de nouvelles mesures provisoires, sachant que de nouvelles dispositions légales vont arriver, à savoir le contre-projet indirect à l'initiative Minder élaboré par le Parlement.

Discours incohérent

«Beaucoup de managers sont pour une législation strictement réduite. Mais c'est faire preuve d'incohérence que de renoncer à une autorégulation facultative», estime M. Biedermann. Il est convaincu qu'une autorégulation est possible.

Les managers l'ont d'ailleurs bien compris puisqu'eux-mêmes jugent nécessaire d'améliorer le système de rémunérations. Par exemple chez UBS ou Credit Suisse, on constate des progrès chaque année. Mais Ethos les trouve insuffisants. L'an dernier, la fondation a rejeté le rapport sur les rémunérations d'UBS.

Dominique Biedermann a également constaté que les choses commencent aussi à bouger du côté des actionnaires. «Les investisseurs institutionnels comme les caisses de pensions et les assurances sont de plus en plus conscients de leur responsabilité envers leurs assurés et de leurs propres droits d'actionnaires», relève-t-il.

C'est dans cette optique qu'Ethos et d'autres associations ont présenté lundi à Zurich des lignes directrices pour investisseurs institutionnels.

Le poids de la concurrence

La sociologue zurichoise Katja Rost voit quant à elle des changements minimes dans le comportement des managers et des actionnaires: «La discussion publique sur les salaires trop gourmands n'a conduit qu'à des réductions ponctuelles sans effet à long terme», affirme-t-elle.

Pour les actionnaires, la marge de manoeuvre est selon elle limitée. Aussi longtemps que la majorité des sociétés débauche des talents au moyen de la politique salariale, il n'est pas dans l'intérêt des actionnaires de proposer des adaptations.

Beaucoup de grandes entreprises se sentent contraintes à cette pratique pour rester dans la course au plan international. «Il manque des instances globales pour offrir une situation optimale à tout le monde», conclut-elle.

Déconnectés de la base

Pour le sociologue bâlois Ueli Mäder, la discussion a touché quelques grands patrons car ils craignent une fracture dans la paix du travail. D'autres montrent de prime abord une plus grande retenue.

Par exemple, des chefs de grands groupes électriques soulignent désormais haut et fort le caractère public de leur entreprise. Auparavant, les mêmes étaient prompts à revendiquer une privatisation de leur société. D'autres veulent à nouveau considérer le capital et le travail à égalité.

Mais beaucoup de grands patrons continuent d'évoluer dans des «ghettos». «Ils se rendent compte certes d'une radicalisation sociale qu'ils ne considèrent toutefois pas comme un problème mais plutôt comme une composante dynamique du tournant social», explique le chercheur qui a mené plusieurs interviews dans le cadre de ses travaux. (ats/nxp)

Créé: 21.01.2013, 13h22

Articles en relation

Incertitude sur le sort réservé à l'initiative Minder

Votation Si les Verts ont recommandé ce week-end l'approbation du texte, le PDC et le PBD lui ont préféré le contre-projet. Plus...

Le patron d'Ethos préfère le contre-projet à l'initiative Minder

VOTATION Dominique Biedermann a choisi de défendre le contre-projet plutôt que l'initiative Minder contre les rémunérations abusives. Il estime que le texte du parlement va plus loin en matière de droit des actionnaires. Plus...

«L'initiative Minder risque de punir la place économique»

Votation Pour le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, il est trop délicat de laisser le conseil d'administration prendre des décisions stratégiques en matière de rémunération. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Les Genevois se ruent sur les masques
Plus...