Et si l’on faisait une croix sur les devoirs à la maison?

EcoleNeuchâtel fait office de pionnier en cette rentrée scolaire. Le Canton veut alléger les devoirs à domicile pour faire souffler les enfants

L’État de Neuchâtel a décidé de revoir la politique en matière de devoirs à domicile.

L’État de Neuchâtel a décidé de revoir la politique en matière de devoirs à domicile. Image: GETTY IMAGES

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Les 20'000 jeunes Neuchâtelois qui ont repris le chemin de l’école lundi ont droit à un joli «cadeau». L’État a décidé de revoir la politique en matière de devoirs à domicile. Concrètement, les enseignants ne pourront plus en donner le matin pour le lendemain, ni le vendredi pour le lundi ou encore la veille d’un congé pour le jour de la reprise (vacances et jours fériés). En test durant cette année scolaire qui débute, les recommandations seront effectives en août 2020.

C’est la conseillère d’État neuchâteloise Monika Maire-Hefti, par ailleurs présidente de la Conférence latine des directeurs cantonaux de l’instruction publique, qui a émis cet été une directive à l’intention des enseignants. Ce cadre cantonal harmonise la pratique des devoirs, note le journal «ArcInfo». Toutes les années de l’école obligatoire, de la 3e à la 11e Harmos, sont concernées dans le canton de Neuchâtel. L’objectif? Alléger les journées scolaires des élèves, qui se sont considérablement allongées ces dernières années. Dans son courrier, la patronne des Écoles soulève que «les devoirs suscitent toutes sortes d’émotions et engendrent parfois des conflits quotidiens au sein des familles».

Le coup de sonde réalisé lundi sur notre site montre à quel point le thème des devoirs est émotionnel. «C’est trop simple et répétitif», dénonce un jeune parent. «C’est difficilement compatible car nous travaillons tous les deux», ajoute un couple. «C’est la plus grande source de tension parents-enfants», «Les devoirs devraient développer la réflexion et non l’apprentissage par cœur», s’indigne un internaute.

Durée limitée

Pour Samuel Rohrbach, président du Syndicat des enseignants romands (SER), les recommandations neuchâteloises sont une bonne nouvelle. «Les devoirs sont source d’inégalités entre les élèves et devraient donc être réduits au minimum. Il y a des élèves qui ont des facilités et qui les finiront très vite, d’autres devront y passer des heures.» À Neuchâtel, on a décidé de limiter à 10 minutes maximum les devoirs à la maison (la préparation à une évaluation étant considérée comme un devoir) pour les enfants en 3e et 4e années, jusqu’à 20 minutes pour la tranche 5e-6e année et à 30 minutes pour l’école secondaire. «Nous faisons tout pour que les enfants n’aient pas des agendas de ministre. L’an dernier, nous avons reçu plusieurs réclamations, explique Jean-Claude Marguet, le chef du Service de l’enseignement obligatoire de Neuchâtel. Après l’Ascension, certains élèves ont dû préparer jusqu’à sept travaux écrits. Ce n’était pas supportable. Toutes les familles, issues de la migration notamment, ne sont pas outillées pour épauler leurs enfants.»

Historiquement, les devoirs doivent servir à développer l’autonomie de l’enfant, à lui enseigner la régularité et la hiérarchisation des tâches. «Ces devoirs ne devraient porter que sur des éléments déjà vus en classe, précise Samuel Rorhrbach. Ils doivent aussi être facilement réalisables par tous les élèves afin d’éviter toute démotivation. Plusieurs Cantons ont mis en place des directives qui laissent heureusement les enseignants gérer, en tant que professionnels, les devoirs.»

Pour les devoirs surveillés

C’est le chemin choisi par certaines écoles publiques genevoises. Elles proposent de dédier une heure aux devoirs surveillés pour, précisément, accompagner l’élève. Et pour contrer la surcharge et la démotivation des 76'000 écoliers genevois, les devoirs sont donnés à la semaine, par exemple le lundi pour le lundi suivant.

Francesca Marchesini préside la Société pédagogique de Genève. Cette enseignante au primaire constate que certains parents posent un regard sur ce qui se passe à l’école grâce aux devoirs à domicile. Mais pour la pédagogue, on se dirige inévitablement vers une diminution des devoirs hors du temps scolaire. Il y a surtout lieu de se questionner à nouveau: «Est-ce que ces tâches quasi quotidiennes apportent quelque chose aux élèves? Ou est-ce que cela creuse encore les écarts? À la maison, il y a ceux qui peuvent être aidés. Et les autres. Si ce sont les parents qui font les devoirs à la place de leur enfant, à quoi ça sert?» Son avis, largement partagé par la profession, c’est que les devoirs, de la préparation à la correction, réclament beaucoup d’énergie pour, au final, des bienfaits insuffisants.

Si le Canton de Neuchâtel a décidé de franchir le pas, c’est pour mieux s’adapter aux besoins des enfants. Jean-Claude Marguet évoque l’ère numérique qui change la donne. «L’idée est de prévoir des moments de «classe inversée». L’enseignant pourrait aussi demander à ses élèves de visionner à la maison, dans la semaine, un documentaire sur le Groenland par exemple. Ensuite, ils débattront en classe des enjeux pour la planète.» Dans le canton de Vaud, la conseillère d’État Cesla Amarelle a lancé dès 2018 une réflexion globale sur le sujet sensible des devoirs à la maison. Un questionnaire a été distribué à toutes les directions d’établissements scolaires du canton. L’élue socialiste s’était alors clairement exprimée pour l’abolition des devoirs à domicile. Où en est-on aujourd’hui? Pas sûr que la conférence de presse de ce mardi, consacrée à la rentrée scolaire des 90'000 élèves vaudois, en fera une priorité.

Créé: 19.08.2019, 20h57

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«C’est un vecteur d’inégalité des chances»

Stefan Wolter dirige le Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation à Berne (CSRE). Interview.

Quelle est votre position sur les devoirs à la maison?

Une réduction des devoirs à la maison est un élément important pour créer l’égalité des chances. La recherche en éducation a montré depuis longtemps que le transfert des activités scolaires au domicile parental est un important vecteur d’inégalité. Non seulement parce que tous les enfants ne peuvent pas compter sur le soutien de leurs parents, mais surtout parce qu’ils sont nombreux à ne pas trouver un environnement d’apprentissage idéal pour faire leurs devoirs. Pas de chambre à eux, trop de bruit, etc.

Les devoirs sont-ils devenus archaïques?

Les défenseurs des devoirs croient souvent qu’il est important de pouvoir consolider ce qui a été appris par des exercices. C’est vrai, mais c’est pourquoi de tels exercices de redoublement doivent se faire en milieu scolaire, si possible sous supervision des enseignants, et non à la maison. Je souligne que les devoirs ne sont pas un moyen pour les élèves faibles de combler les lacunes à la maison. S’ils éprouvent déjà des difficultés à suivre le contenu pendant les cours, il est presque absurde de supposer qu’ils pourraient le faire à la maison sans l’aide ou le soutien de tiers. Au contraire, les enfants qui peuvent compter sur les parents pour les aider à faire leurs devoirs ont une occasion supplémentaire de se distancier des élèves faibles.

Que préconisez-vous?

Pas de devoirs dans les premières années d’école, mais la pratique et la répétition du contenu dans l’environnement scolaire (après l’école) sous supervision. Dans les classes supérieures, les tâches peuvent être confiées parce que l’autoformation accroît l’autonomie et apporte d’autres avantages, mais cela ne peut se faire qu’après que les enfants ont bâti les fondations de leur apprentissage scolaire, sans aide extérieure.

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