«On ne craint pas un échec comme avec le Gripen»

Avions de combatUn groupe d'experts et un groupe d'accompagnement ont présenté 4 options pour remplacer les F/A-18. Interview avec leurs présidents Claude Meier et Hans Altherr.

Claude Meier et Hans Altherr devant la presse mardi.

Claude Meier et Hans Altherr devant la presse mardi. Image: Keystone

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La flotte suisse des avions de combat doit être remplacée d'ici cinq à dix ans. Le groupe d'experts et le groupe d'accompagnement ont présenté mardi quatre options d'acquisition d'avions. Coût: jusqu'à 14 milliards, selon les quatre options présentées.

Première option, la plus chère, l'acquisition de 55 à 70 nouveaux avions de combat couplés à un système de défense sol-air. Le tout pour un coût de 15 à 18 milliards de francs. Les F/A-18 et les F-5 Tiger seraient retirés du service. Deuxième variante: 40 nouveaux avions et un système de défense sol-air qui pourrait couvrir une surface grande comme le Plateau. Coût: 9 milliards de francs. Troisième choix: trente appareils et un système de défense sol-air étendu. Là aussi, les F/A-18 et les F-5 Tiger prendraient leur retraite. Coût: 8,5 milliards de francs. Enfin, selon la dernière option, la durée d'utilisation des F/A-18 serait prolongée et seuls 20 nouveaux avions seraient achetés. Coût 5 milliards.

Interview avec les deux présidents des groupes d'expert et d'accompagnement, le chef de l’État-major de l'armée Claude Meier et l'ancien conseiller aux Etats Hans Altherr.

la Tribune de Genève Claude Meier, vous avez présenté 4 variantes. Est-ce qu'elles remplissent toutes la même mission constitutionnelle?

Claude Meier: Oui. Pour chacune d’elles , il y a des avantages et des inconvénients, d’un point de vue financier, opérationnel, ou sur le plan des risques aussi. Mais toutes remplissent le profil de prestations fixé par le Conseil fédéral.

Hans Altherr, le groupe d'accompagnement a privilégié la variante 3. Pourquoi?

Hans Altherr: La première option a été jugée trop chère et difficilement finançable. L’option 4 ne remplissait pas les exigences de l’armée selon nous. Restaient les variantes 2 et 3, qui sont assez proches. Nous avons décidé d’opter pour la 3e, car elle était un peu moins chère.

Claude Meier, vous n’avez exclu aucun avion, mais vous avez exclu certains types russes ou chinois. Pourquoi ?

Claude Meier: Le problème principal en ce qui concerne les avions russes ou chinois, c’est leur intégration dans l’architecture suisse. C’est un élément qui comporte un certain nombre de risques que nous considérons comme trop élevés.

Par contre, vous n'excluez pas le Gripen que le peuple a pourtant refusé en 2014?

Claude Meier: Oui, mais nous parlons du Gripen E (ndlr: en 2014, le peuple a voté sur une version moins évoluée, la C). S’il est effectivement au stade de développement comme annoncé lorsque nous commencerons l’évaluation, il n’y a pas de raisons de l’exclure. Raison pour laquelle nous avons mentionné dans notre rapport le Gripen E, pour autant qu’il remplisse les conditions posées bien sûr.

Hans Altherr, le peuple suisse est-il déjà prêt à acheter un nouvel avion de combat?

Hans Altherr: Je pense que oui. L’échec du Gripen relevait plus des fautes que nous avons faites à l’époque. Ce n’était pas un vote contre les avions de combat, mais plutôt contre le Gripen lui-même, les décisions prises autour de lui, les incertitudes d’alors.

Claude Meier, pour évaluer le futur avion, vous préconisez de tout reprendre à zéro, alors que ce travail avait été fait en 2008 en vue de l’achat des Gripen. Idem pour la défense sol-air. Pourquoi ?

Claude Meier: En 2008, cela veut dire il y a 9 ans! Et dans le milieu de la haute technologie, les développements sont tellement rapides que ce ne serait pas raisonnable et cohérent de se baser uniquement sur une évaluation datant de 2008. On va peut-être retrouver les mêmes avions qu'à l'époque, mais il y en aura peut-être d’autres. Je vous rappelle qu'à l’époque, un constructeur s’était retiré de l’évaluation car son appareil n’était pas assez mûr.

Hans Altherr, le groupe d'accompagnement a estimé que l'acquisition de nouveaux avions devait se faire via le processus ordinaire, via le programme d’armement, sans référendum, donc sans que le peuple ait à se prononcer. Pourquoi? Craignez-vous un nouvel échec en votation?

Hans Altherr: La majorité du groupe a effectivement préféré que cet achat se fasse dans le cadre du programme d'armement. Mais parmi les politiciens du groupe, les votes étaient de deux à deux. La question était donc très controversée et elle sera décidée par le Parlement. Nous ne craignons pas un échec comme avec le Gripen. Ce n’est pas le problème. C’est une question de principe. Et le principe, c’est que c’est au Parlement de décider les dépenses.

A-t-on réellement besoin de ces avions de combat en Suisse où ne pourrait-on pas s’en passer?

Je suis convaincu, ou plutôt je crains que nous en ayons besoin dans les 30 à 40 prochaines années. Mais personne ne peut évidemment en être sûr. Et si un jour nous devons en avoir besoin et que notre défense aérienne est inexistante, ce sera alors trop tard.

(nxp)

Créé: 30.05.2017, 17h07

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Les 4 variantes pour acheter de nouveaux avions de combat

Les 4 variantes pour acheter de nouveaux avions de combat La flotte suisse des avions de combat doit être remplacée d'ici cinq à dix ans. Le groupe d'experts et le groupe d'accompagnement ont présenté mardi quatre options d'acquisition d'avions. Coût: jusqu'à 18 milliards.

Les réactions des partis

Le PS a estimé que le peuple doit avoir le dernier mot lorsqu’une décision avec une portée financière et politique aussi importante que l’achat de nouveaux avions de combat est sur le point d’être prise. Le respect du NON clair de la population suisse à l’achat du Gripen, il y a de cela trois ans, l’exige.

Même commentaire du côté des Verts qui défendront, au sein du parlement, le droit des votants à décider de cet achat par la création d’un fonds spécial, selon la conseillère nationale genevoise Lisa Mazzone.

Les Vert'libéraux rejettent d'emblée les options 1 et 2 présentées mardi, jugées irresponsables et trop luxueuses. Ils optent pour les variantes 3 et 4 jugées plus pertinentes. Ils jugent également qu'après le non au Gripen, un référendum populaire est indispensable.

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