Le coup d’éclat des syndicats reçoit peu de soutien de la base

Suisse-UEUn sondage révèle que seuls 18% des militants socialistes estiment que les mesures d’accompagnement sont intouchables.

Paul Rechsteiner (au centre).

Paul Rechsteiner (au centre). Image: Keystone

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Les syndicats, et avec eux le Parti socialiste, se sont-ils tiré une balle dans le pied sur le dossier européen? Mercredi, l’Union syndicale suisse (USS) a annoncé qu’elle boycotterait les négociations sur les mesures d’accompagnement menées par le ministre de l’Économie, Johann Schneider-Ammann. L’USS et son puissant président socialiste, Paul Rechsteiner, estiment qu’il n’y a aucun compromis à faire sur ces mesures qui protègent le marché du travail, quitte à compromettre la conclusion d’un accord-cadre avec l’Union européenne. Trente minutes après ce coup d’éclat, le Parti socialiste (PS) annonçait son soutien aux syndicats.

Les 59% ouverts à un compromis

Or selon un sondage réalisé lundi et mardi sur mandat de Tamedia (ndlr: éditeur de la Tribune de Genève) auprès d’un panel représentatif de Suisses, la base socialiste se montre beaucoup plus ouverte au compromis sur les mesures d’accompagnement que les syndicats soutenus par les ténors du parti. Les 32% des sympathisants PS estiment qu’il vaut la peine de faire des compromis pour obtenir un accord. Ils sont 27% à penser qu’au pire des cas des adaptations techniques des mesures d’accompagnement sont envisageables, toujours dans la perspective de rénover la voie bilatérale. Seuls 18% des sondés qui votent PS affirment que les mesures d’accompagnement sont intouchables.

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Le grand écart entre la base et les sphères dirigeantes est frappant. «Je ne pense pas que ce sondage entre en contradiction avec notre position. La base n’est peut-être pas au fait de tous les éléments techniques, réagit le conseiller national Carlo Sommaruga (PS/GE). Les syndicats et le PS refusent que les mesures d’accompagnement soient intégrées dans les négociations avec l’Union européenne. Les syndicats feront les pas qu’il faut, mais dans un contexte interne, entre partenaires sociaux.»

Le conseiller d’État vaudois Pierre-Yves Maillard est aussi persuadé que la stratégie actuelle est la bonne: «La façon de poser les questions dans ce sondage est trop générale, donc les résultats ne veulent rien dire. Les négociateurs de l’UE et certains en Suisse veulent faire de nos mesures de contrôle du marché du travail un obstacle au commerce. C’est de cela qu’il s’agit. Posez la question à nos sympathisants: voulez-vous vous soumettre au droit européen pour la protection de nos salaires? Vous obtiendrez un non massif.»

Ne serait-ce donc qu’une question de temps et de brouillard à dissiper pour que les camarades se retrouvent sur la même ligne? Coprésident du NOMES et membre du Parti socialiste vaudois, François Cherix est plus nuancé. «Je comprends d’une certaine manière l’irritation des syndicats, dans la mesure où le dossier a été mal conduit par le Conseil fédéral. Mais sur la forme, leur réaction n’est pas habile. Elle donne l’impression d’une impossibilité clinique de la moindre avancée sur le dossier européen. Ce blocage ne facilite pas la position du PS.»

Une combinaison difficile

En 2016 encore, dans sa feuille de route sur l’Europe, le PS disait être «l’unique grand parti qui se prononce depuis des années en faveur d’une ouverture de la Suisse, de la normalisation des relations avec l’UE et d’une adhésion complète.» Or il se retrouve aujourd’hui du côté des Neinsager. Le conseiller national Fabian Molina (PS/ZH) n’y voit pas d’incohérence: «Le Parti socialiste a toujours été le parti de l’ouverture vers l’UE, le parti de l’intégration. Mais nous avons aussi toujours été le parti qui protège les salaires et les conditions de travail en Suisse. Cette combinaison n’est parfois pas facile à communiquer, mais elle n’est pas une surprise.» Son collègue genevois Manuel Tornare abonde: «On peut tout à fait être pour un rapprochement avec l’UE et pour les mesures d’accompagnement. Et imaginer une autre Europe.»

Rupture de confiance?

Pour justifier le coup des syndicats, la majorité de nos interlocuteurs versent aussi au dossier la défiance que leur inspirent les conseillers fédéraux PLR chargés de faire avancer la négociation européenne. «Nous devons avant tout défendre les travailleurs de ce pays, et je n’ai aucune confiance en Ignazio Cassis et Johann Schneider-Ammann dans les négociations», affirme Manuel Tornare. Fabian Molina: «Les négociations ont très mal évalué à cause des propos d’Ignazio Cassis et de la maladresse de Johann Schneider-Ammann.» Carlo Sommaruga: «Ignazio Cassis n’a pas de colonne vertébrale. Quant à Johann Schneider-Ammann, le terme mesures d’accompagnement lui fait mal au ventre.» Éléments de langage ou réelle rupture de confiance? À un an des élections fédérales, la question agite aussi le Landerneau politique. (TDG)

Créé: 10.08.2018, 07h33

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