Coronavirus: des analyses devront dire qui a été infecté ou pas

SantéUne immunité collective sera atteinte quand une certaine proportion de la population aura été touchée. Mais il faudra le vérifier.

L’épidémiologiste Antoine Flahault ne serait «pas surpris d’apprendre que beaucoup d’enfants ont été infectés».

L’épidémiologiste Antoine Flahault ne serait «pas surpris d’apprendre que beaucoup d’enfants ont été infectés». Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Jusqu’à quand devra-t-on limiter les contacts? Malheureusement, il n’est pas possible à l’heure actuelle de répondre à cette question. Selon Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale à l’Université de Genève, nous serons réellement tranquilles lorsque notre société aura atteint ce qu’on appelle une immunité grégaire. En clair: faute de vaccin, il faut attendre que suffisamment de gens aient été infectés et aient développé des anticorps pour résister à la maladie.

Une autre option pourrait être que le virus perde en virulence avec l’arrivée des beaux jours, comme le font beaucoup de virus respiratoires, et notamment celui de la grippe. Mais si l’immunité collective n’est pas suffisante, il faudra rester sur ses gardes vis-à-vis du risque d’une seconde vague dès l’automne. Et si un vaccin est développé, en disposer d’une quantité suffisamment grande pour affronter une nouvelle vague.

Immunité collective

Antoine Flahault estime que cette immunité collective sera atteinte lorsque 50 à 60% de la population aura été touchée par le virus, qu’elle ait développé des symptômes ou pas. Comment saura-t-on que c’est le cas? Pour l’expert, il est important d’avoir une vue d’ensemble du nombre de personnes réellement infectées. Il lance un appel: «Quand les choses se calmeront, dès le mois de mai ou de juin espérons-le, il faudra mener des enquêtes de séroprévalence pour savoir si l’immunité collective est suffisante. Et il faut s’y préparer dès maintenant.»

Les tests menés actuellement permettent de détecter la présence du virus chez le patient. Avec les analyses de séroprévalence, on peut révéler la présence d’anticorps chez celles et ceux qui ont guéri, et donc savoir par qui le virus est passé. «Je ne serais par exemple pas surpris d’apprendre que beaucoup d’enfants ont été en réalité infectés», note Antoine Flahault.

Ces études de séroprévalence nécessitent un prélèvement de sang capillaire (on vous pique le bout du doigt pour récolter une goutte de sang). De telles analyses ne sont pas encore disponibles sur le marché. «Mais les choses commencent à bouger. Une start-up genevoise propose notamment cette solution à partir d’un test élaboré en Chine», poursuit Antoine Flahault. Le plus important, selon lui, est de préparer le dossier administratif et d’obtenir rapidement le feu vert du comité d’éthique. Car si une telle étude était lancée, il faudrait la conduire dans certains groupes de la population pour ensuite faire des extrapolations au niveau national.

Distanciation nécessaire

Si l’objectif est au final d’atteindre une immunité collective, ce mouvement doit se faire le plus lentement possible pour absorber le choc. C’est tout l’objectif des mesures de distanciation sociale: il s’agit, en éloignant les malades des personnes non infectées, d’éviter que le pic de malades se produise trop brusquement et trop intensément et mette en danger le système sanitaire. Ce lundi matin, Antoine Flahault appelait d’ailleurs les autorités fédérales à durcir encore le ton, en interdisant notamment toute visite dans les EMS et en imposant le port du masque tant pour les résidents de ces établissements que pour le personnel qui en a la charge.

Comme d’autres épidémiologistes, le Genevois cite en exemple la Corée du Sud, pays démocratique qui a instauré des cordons sanitaires et pris des mesures drastiques. L’épidémie y est déjà en recul. Ne va-t-elle pas rapidement revenir, puisque cette fameuse immunité grégaire n’a pas été atteinte? «On ne sait pas combien de temps il faudra appliquer ces mesures, répond Antoine Flahault. Mais la Corée du Sud est parvenue à absorber le premier choc. Cela prouve que, comme dans les épidémies du passé, même en l’absence de vaccins, les quarantaines et la distanciation sociale sont des mesures qui peuvent fonctionner.»


Lire aussi: Coronavirus: trois scénarios pour la Suisse

Créé: 17.03.2020, 09h32

Les personnes guéries sont immunisées

Les personnes qui ont été infectées et qui ont guéri sont immunisées, nous expliquait il y a quelques jours Benjamin Meyer, virologiste au centre de vaccinologie de l’Université de Genève. «Il faut compter deux à trois semaines jusqu’à ce que notre système immunitaire produise des anticorps.»

Et combien de temps nous protègent-ils? «D’après ce que nous savons des autres coronavirus, je m’attends à ce que cette immunité dure deux à trois ans. Et après cette période, je suppose que les réinfections seront moins graves que les infections primaires. Mais il ne s’agit pour l’instant que d’une hypothèse.»

Antoine Flahault estime lui aussi que cette immunité existe. «Il ne semble pas possible d’être réinfecté une seconde fois après. Les quelques cas rapportés évoquent plutôt des erreurs de laboratoire lors du premier ou du second test.»

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