Le corbeau démasqué lance la contre-attaque

VaudÀ visage découvert, Fabien Dunand maintient ses accusations. Selon lui, le groupe Orlatti pollue illégalement le site de Bioley-Orjulaz. Jacqueline de Quattro en prend pour son grade.

Le «lanceur d’alerte» (à droite) et son avocat (à gauche).

Le «lanceur d’alerte» (à droite) et son avocat (à gauche). Image: PHILIPPE MAEDER

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

C’est un polar qui se joue dans le Gros-de-Vaud, autour d’une décharge de Bioley-Orjulaz. Mercredi, Le Temps a conté cette histoire rocambolesque de dénonciations anonymes visant l’entreprise Orllati. Celle-ci a été accusée de polluer illégalement le site. Le tout sur fond de guerre entre un promoteur et un constructeur immobilier. Il en ressort une belle galerie de personnages. Nous avons le magnat excentrique de l’immobilier, Bernard Nicod, la discrète famille Orllati, une conseillère d’État, Jacqueline de Quattro et un ancien rédacteur en chef de 24 heures, Fabien Dunand, dans le rôle du corbeau.


L'édito: Vaud tient peut-être son affaire Giroud


Ce dernier se définit plutôt comme un «lanceur d’alerte». Le choix du vocable n’est pas anodin. À la suite de l’article du Temps, Fabien Dunand, a décidé de contre-attaquer en racontant sa version de l’histoire à une poignée de journalistes. Il a tenu à expliquer ses lettres anonymes, mais aussi pointé du doigt des «violations du droit de l’environnement», dénoncé la «cécité» de l’État de Vaud et suggéré une certaine proximité entre la conseillère d’État et l’entreprise Orllati.

Lors de cette entrevue, Fabien Dunand avait une importante pile de dossiers pour attester ses propos. Il était également accompagné par son avocat, Me Elkaim, puisque des procédures ont été lancées contre lui par le Département du territoire et de l’environnement (DTE) et la conseillère d’État Jacqueline de Quattro pour calomnie. «J’ai mené un acte civique en tant que citoyen indépendant», a-t-il expliqué. L’anonymat? «Cela permet de protéger mes sources, mais c’est aussi une manière de faire pression. Sinon l’affaire aurait été enterrée. J’ai cherché à briser cette loi du silence.»

Même démasqué, le corbeau maintient ses propos: «Le groupe Orllati ne respecte pas les règles auxquelles les entreprises de sa branche sont soumises, notamment les règles sur l’élimination des déchets de chantier.»

Ordonnance de classement

L’ancien homme de presse indique qu’il dispose de témoignages écrits. Ces derniers ont été transmis à la conseillère d’État Jacqueline de Quattro. «La cheffe du Département du territoire et de l’environnement, dûment alertée, s’en est lavé les mains et a tout fait pour minimiser l’affaire, assure Fabien Dunand. Elle a transmis le dossier, j’imagine après l’avoir examiné, au Ministère public. Et si elle l’a transmis après l’avoir lu, c’est qu’elle a estimé que son contenu n’était pas anodin. Alors pourquoi n’a-t-elle pas lancé une enquête interne sur les dysfonctionnements dénoncés?» Le parquet a classé l’affaire en mai dernier.

Plans et photos aériennes

Plans du cadastre et photos aériennes à l’appui, le «lanceur d’alerte» a aussi expliqué comment l’entreprise Orlatti, selon lui, déborde de sa parcelle sur le site de Bioley-Orjulaz et étale son activité sur celle de l’État classée en «zone naturelle protégée». «La commune et les services de l’État, notamment la Direction générale de l’environnement, font preuve depuis longtemps de cécité coupable à cet égard pour qu’il soit permis de se poser des questions», estime Fabien Dunand.

L’ex-corbeau enfonce le clou: «On peut d’ailleurs s’interroger sur le fait que Jacqueline de Quattro et l’entreprise Orllati se partagent les services d’un même personnage, Marc Comina, qui est de longue date le conseiller en communication de la conseillère d’État.» Contacté, Marc Comina ne souhaite pas s’exprimer sur cet aspect. Pour la magistrate, le responsable de la communication de son département nous a écrit: «Madame de Quattro ne souhaite pas commenter, une procédure étant toujours en cours.»

Cependant, les attaques en règle de Fabien Dunand ont tout de même provoqué une «note aux médias» de la part de l’État de Vaud en fin de journée: «Le DTE précise ne pas avoir été nanti d’éléments nouveaux en lien avec les allégations portées aujourd’hui par Monsieur Dunand devant la presse. Si des faits nouveaux devaient être formellement portés à sa connaissance, le DTE procéderait aux vérifications nécessaires et prendrait les mesures adéquates qui s’imposeraient.»

Les premiers chapitres de cette drôle d’histoire sont désormais écrits. Mais son épilogue semble encore loin.


L’enquête policière: Trahi par une trace laissée sur le site Internet de l’État

«Signe noir» L’identification du corbeau a révélé l’ampleur du conflit qui oppose le Groupe Orllati au groupe Bernard Nicod. Le journal Le Temps, qui a eu accès au dossier pénal de ce véritable thriller, a donc mis un nom sur le mystérieux lanceur d’alerte. Ses lettres anonymes à l’entête «Signe noir» dénonçaient des entorses réglementaires et des risques de pollution d’eau potable à ce jour non avérés.

Internet On apprend que Fabien Dunand s’est fait pincer non par des traces biologiques qu’il aurait laissées sur ses missives, mais par la sagacité des enquêteurs. Une de ses lettres reproduisait une page du site Internet de l’État de Vaud traitant des eaux souterraines et de l’eau potable. Il s’agit d’une rubrique assez rarement consultée. En listant les adresses des ordinateurs, donc celles des utilisateurs, qui s’y sont connectés en novembre 2016 et janvier 2017, la police a repéré une requête émanant de l’appareil du corbeau.

Perquisition Interrogé, l’intéressé a admis être l’auteur de ces lettres. Mais il aurait refusé d’indiquer la provenance de certaines informations confidentielles qu’elles contenaient. Une perquisition à son domicile a éclairé les enquêteurs sur ce point. Ils ont mis la main sur un téléphone dont le répertoire contenait sous les initiales BN les numéros de Bernard Nicod et de son directeur des gérances.

Détective Il est apparu que le directeur des gérances avait mandaté un détective pour notamment effectuer des prélèvements d’eau sur le site de Bioley-Orjulaz et qui aurait touché 60'000 francs. Ce cadre du promoteur a transmis ces informations à Fabien Dunand. Ce serait ensuite de son propre chef que l’ancien journaliste aurait commencé à envoyer ses lettres anonymes, sans être rétribué pour cela.

Procédure Selon Le Temps, Bernard Nicod lui-même n’est pas impliqué dans cette procédure pénale. Elle est dirigée contre son directeur des gérances. Le patron serait cependant poursuivi pour diffamation contre Orllati dans le cadre d’un autre épisode. Quant à Fabien Dunand, il est prévenu de calomnie, subsidiairement de diffamation, injure et tentative de menace alarmant la population. G.-M.B. (TDG)

Créé: 16.11.2017, 07h03

La tour végétalisée fait les frais du conflit

La guerre, désormais ouverte, entre Bernard Nicod et Avni Orllati compte en tout cas une victime collatérale. Et elle est de taille. En novembre 2015, les deux hommes étaient réunis à Chavannes-près-Renens pour présenter le visage d’une tour de 117 mètres prête à s’élever dans le quartier des Cèdres, au bord de l’autoroute. Imaginé par le bureau de l’architecte milanais Stefano Boeri, l’édifice, alors devisé à quelque 200 millions de francs, s’annonçait remarquable non seulement par sa hauteur, mais aussi par son design. Les terrasses et balcons de ses quelque 195 appartements doivent en effet être plantés d’arbres et de verdure, faisant de la tour des Cèdres une véritable «forêt verticale».

Deux ans après le concours d’architecture, force est pourtant de constater que le projet est toujours au point mort. Désormais, à couteaux tirés, les deux promoteurs n’arrivent pas à s’entendre sur la répartition des droits à bâtir sur l’ensemble du quartier, avec pour conséquence de bloquer la construction de la tour. Dans nos colonnes , le Groupe Orllati indiquait en posséder 80% tandis que 20% reviendraient à Bernard Nicod. Pour sa part, ce dernier en revendiquait 29%. De fait, les deux promoteurs se disputent actuellement une parcelle détenue par un autre propriétaire. Il reviendra donc à la justice de trancher avant que l’ambitieux projet puisse à nouveau aller de l’avant. C.BA.

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Articles en relation

Pollution fictive: c'est un complot de Bernard Nicod

Gros-de-Vaud De 2016 à 2017, le constructeur Orllati a été accablé par des accusations de pollution survenue à Bioley (VD). C'était en fait son rival Bernard Nicod qui manœuvrait pour l'éliminer. Plus...

Nicod-Orllati: le dénonciateur se défend

Vaud Fabien Dunand accuse le groupe Orllati de ne pas avoir respecté des règles environnementales sur le site de Bioley-Orjulaz (VD). Plus...

Publicité

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Russiagate: y a-il eu collusion entre Trump et Poutine?
Plus...