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Le Conseil islamique suisse muselé à Istanbul

Le CCIS a vu sa conférence perturbée par la police, qui est allée jusqu'à couper l'électricité dans la salle prévue à cet effet.

Le président du CCIS, Nicolas Blancho, avait dénoncé le manque de liberté en Suisse lorsque l'association n'avait pas pu organiser sa conférence à Zurich.
Le président du CCIS, Nicolas Blancho, avait dénoncé le manque de liberté en Suisse lorsque l'association n'avait pas pu organiser sa conférence à Zurich.
Keystone

Le Conseil Central Islamique Suisse (CCIS) avait annoncé haut et fort sa volonté de déplacer sa conférence «Longing for peace» (Aspiration à la paix) à Istanbul. Une décision qui devait mettre en relief «l'islamophobie» de la Suisse après que le Canton de Zurich et sa caisse de pension lui eurent refusé leurs locaux au World Trade Center d'Oerlikon.

Istanbul revêtait également une forte signification symbolique, car la ville a été la capitale du califat durant des siècles. Mais la conférence au Wyndham Grand Hotel ne s'est pas passée comme prévu, raconte le Tages-Anzeiger dans son édition du 12 mai 2017. Le CCIS ne disposait pas des autorisations nécessaires, ce dont la police turque s'est aperçue. Elle a informé la direction de l'hôtel la veille de l’événement.

Des autorités inflexibles

A la plus grande tristesse de la porte-parole du CCIS, Janina Rashidi, qui s'est plainte de cette attitude. «Nous nous attendions à un peu plus de flexibilité de la part des autorités turques», a-t-elle déploré dans un courrier électronique.

Un témoignage de première main sur la pression exercée par Ankara a été donné par le comique américain Aman Ali, qui avait été invité à la conférence, d'abord en Suisse puis en Turquie. «J'ai presque été arrêté la semaine passée en Turquie parce que je disais des plaisanteries. Oui, des plaisanteries», a-t-il raconté sur sa page Facebook.

La police coupe le courant

La police est même allée encore plus loin, comme il l'a souligné. «Des organisateurs m'ont dit qu'il y avait des problèmes avec le son. J'ai appris par la suite que les forces de l'ordre essayaient de mettre un terme à l’événement en ordonnant à la direction de l'hôtel de couper l'électricité dans la salle où devait avoir lieu la conférence.»

Le CCIS avait en effet promis à ses membres qui ne pouvaient se rendre sur les bords du Bosphore que la manifestation serait retransmise en direct sur internet, ce qui n'a pas été possible en l'absence de courant.

Selon Aman Ali, les autorités turques ont été averties par la Suisse. Interrogée à ce sujet, la porte-parole du Service de renseignement de la Confédération (SRC), Isabelle Graber, a déclaré ne pas pouvoir s'exprimer sur les communications avec des services secrets partenaires.

Le CCIS connu des autorités turques

Mais un fonctionnaire du Ministère turc de la Justice, qui a demandé à garder l'anonymat, s'est montré plus explicite. Il a laissé entendre que la Turquie n'avait pas besoin de l'aide de la Suisse. «Nous savons qui voyage dans notre pays.» Et les intervenants du CCIS ne sont pas des inconnus pour l'administration turque. Le responsable de la communication du CCIS, Qaasim Illi, a été contrôlé en 2013 avec deux autres membres de l'association.

La police avait trouvé dans la voiture du trio des équipements militaires, mais pas d'armes, et les forces de l'ordre, bien que convaincues que le groupe se rendait vers la frontière syrienne, avaient laissé les trois personnes libres à cette occasion, a ajouté le fonctionnaire turc.

Une Turquie islamophobe?

La police est donc intervenue dans l'hôtel, menaçant même le comique Aman Ali d'une arrestation s'il poursuivait son spectacle. Les forces de l'ordre ont souligné que les activités du CCIS n'étaient pas autorisées en Turquie. Une partie de la conférence a quand même pu avoir lieu, sur le bateau que l'association avait loué pour un voyage sur le Bosphore, ainsi que l'a raconté la porte-parole Janina Rashidi.

Ankara est devenue particulièrement vigilante envers les expressions d'islam politique, ayant déjà interdit plusieurs rassemblements d'organisations islamistes. On ne sait pas encore si le CCIS, si prompt à accuser la Suisse d'islamophobie, fera de même avec la Turquie. La porte-parole Janina Rashidi n'a pas voulu répondre à cette question.

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