Compenser les voyages, oui, mais faut-il les taxer?

AvionLes Suisses compensent toujours plus leurs vols en avion. La gauche y voit le signe qu’ils sont prêts pour une taxe.

Selon la fondation Myclimate, la quantité d’émissions de CO2 compensées financièrement 
par les Suisses a augmenté de 70% entre 2017 et 2018.

Selon la fondation Myclimate, la quantité d’émissions de CO2 compensées financièrement par les Suisses a augmenté de 70% entre 2017 et 2018. Image: Keystone

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L’avion n’a pas bonne presse dans les milieux écologiques. Et face à l’urgence climatique, toujours plus de personnes semblent gênées de l’utiliser. En tout cas, la quantité d’émissions de CO2 compensées financièrement auprès de la fondation Myclimate a augmenté de 70% entre 2017 et 2018. La «SonntagsZeitung» et «Le Matin Dimanche», qui révèlent cette évolution, estiment que ce flight shaming (la honte de voler) pourrait même faire mal au secteur de l’aviation s’il conduisait des gens à revoir leurs habitudes.

«Cette taxe est essentielle»

«Cette tendance montre la prise de conscience de la population», se réjouit la conseillère nationale Lisa Mazzone (Les Verts/GE). Si l’écologiste n’a pas pris l’avion plus de cinq fois dans sa vie, Christian Lüscher est un passager plus fréquent. «Je compense mes vols quand je pars en vacances mais pas lors de mes déplacements professionnels, précise le vice-président du PLR. Je n’ai pas le choix de faire autrement et ces voyages rapportent déjà de l’argent à l’État grâce aux impôts que je paie.» Le Genevois ajoute que «c’est une bonne chose que la population prenne conscience de cette question».

Roger Nordmann (PS/VD) encourage surtout les citoyens à faire un pas de plus, en se demandant si leurs voyages sont nécessaires. «En quinze ans, le nombre de kilomètres effectués en avion a triplé et nous ne sommes pas trois fois plus heureux.» À gauche, on rappelle que la Confédération continue de prévoir une croissance très importante du trafic aérien, qui représente déjà 18% de la contribution suisse au réchauffement climatique. Et on pointe du doigt les vols bon marché, devenus une mauvaise incitation pour le public.

Lisa Mazzone saisit la balle au bond. Elle appelle à développer les alternatives aux avions, en particulier les trains de nuit et à mettre fin aux vols intérieurs. Surtout, elle estime que si toujours plus de gens compensent volontairement leurs émissions, cela montre l’étendue de l’acceptation d’une taxe sur les billets dans la population. «Cette taxe est essentielle, car elle permet de corriger des avantages injustifiés dont profite l’aviation, en l’occurrence l’exemption de TVA et de taxe sur le kérosène.»

Pour mémoire, le Conseil national a écarté cette idée en décembre. Mais le Conseil des États doit se prononcer cette année et le vent climatique a tourné. La présidente du PLR, Petra Gössi, a annoncé que son parti ne s’y opposerait pas et qu’il consulterait ses membres sur le sujet. En février, une majorité du Grand Conseil vaudois a décidé de déposer une initiative à Berne en ce sens. Et les écologistes envisagent de lancer une initiative populaire si le parlement n’agit pas.

Une taxe est-elle efficace?

À droite, on marche sur des œufs. «Nous sommes prêts à prendre des mesures si elles sont efficaces, commente Christian Lüscher. Mais cette réflexion doit être globale: l’expérience des pays qui ont instauré des taxes dans leur coin montre que cela n’a pas réduit le nombre de vols.» Le conseiller aux États Beat Rieder (PDC/VS) appelle à la responsabilité individuelle. «De façon générale, chacun doit consommer en faisant preuve de bon sens. La taxe sur les billets d’avion est une mesure que je prends en considération et qui doit être évaluée sérieusement comme toutes les autres mesures.» Avant de l’adopter, il s’agit pour lui d’étudier scientifiquement son impact et ses conséquences sur le climat. «On veut se donner bonne conscience en instaurant une taxe mais il sera facile d’y échapper en commandant des billets à l’étranger. Les gens doivent plutôt changer de comportement», conclut le conseiller national Pierre-André Page (UDC/FR).

Créé: 17.03.2019, 21h51

«Compenser devrait être obligatoire»


Bertrand Piccard, parrain de la Fondation myclimate

Les Suisses se donnent-ils bonne conscience en compensant leurs voyages?

Heureusement que des gens veulent se donner bonne conscience! On ne peut pas le leur reprocher alors que la majorité des autres émet du carbone et s’en fiche. J’utilise moi aussi ce système, qui est bon marché par rapport aux effets qu’il peut avoir. Cette compensation devrait même être obligatoire. Ce n’est pas normal que nous puissions émettre autant de carbone sans devoir le compenser.

Êtes-vous favorable à l’instauration d’une taxe?

Oui, mais l’argent récolté ne devrait pas entrer dans les caisses de l’État, pour ne pas donner le sentiment d’un impôt déguisé. Une fondation devrait gérer ces sommes, avec la certitude qu’elles vont aller à des projets visant à faire baisser le CO2 à l’étranger et aussi chez nous en Suisse.

Le problème n’est-il pas que nous voyageons trop?

Il y a des exagérations, mais si nous les interdisons, nous risquons de voir les gens prendre l’écologie en grippe. Nous aurons plus de chances de réduire cette consommation avec des mesures compensatoires. Avec Solar Impulse, j’ai aussi montré qu’on peut se déplacer avec un impact réduit sur l’environnement. Nous devons limiter le gaspillage dans toutes nos activités, pas uniquement les voyages. Je pense que les avions seront les derniers à être neutres au plan carbone car ils ont besoin de beaucoup d’énergie. Mais je vous promets que, dans moins de dix ans, nous aurons des avions électriques avec 50 passagers.

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