Des communes résistent aux bus longue distance

TransportsDomo Reisen veut exploiter trois lignes à travers la Suisse. Nyon, Vevey et Bulle refusent qu'elle s'arrête chez elles.

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Les bus longue distance se heurtent à la résistance de plusieurs communes. A Vevey, à Nyon et à Bulle, Domo Reisen n’a pas encore trouvé de lieu pour faire une halte. Ces villes ont refusé la demande de la compagnie pour un arrêt sur leur terrain. L’autocariste zurichois souhaite en effet exploiter trois lignes intérieures, et cela dès le changement d’horaire du 10 décembre.

Une telle offre serait une première en Suisse. Les lignes iraient de Coire à Sion (via Zurich, Berne, Fribourg, Bulle et Vevey), de Saint-Gall à Genève (via Yverdon-les-Bains et Nyon) et de Zurich aéroport à Lugano, via l’aéroport de Bâle. Des tests ont été effectués pour vérifier les itinéraires et les horaires. Sur ce point, tout a bien fonctionné, assure Patrick An­gehrn, responsable du réseau de transport national de Domo Reisen.

L’entreprise attend encore le feu vert de l’Office fédéral des transports (OFT). Elle a déposé en décembre 2016 une demande de concession et l’administration devrait y répondre ces prochaines semaines. «Nous avons mené une consultation et nous sommes en train d’effectuer des analyses, notamment pour vérifier que les exigences légales sont remplies», confirme Gregor Saladin, porte-parole à l’OFT. Une condition pourrait poser problème: «Pour obtenir sa concession, l’entreprise doit nous démontrer qu’elle a les permis nécessaires pour s’arrêter là où elle l’a prévu.»

«Encourager le train»

Les négociations sont en cours pour trouver de telles haltes. La compagnie a notamment essuyé le refus de Nyon. «La proposition d’arrêt était très proche de la plate-forme gare. Nous avons de nombreuses correspondances CFF entre Nyon et l’aéroport et encourageons les voyageurs à rejoindre Cointrin en train, explique la municipale en charge du dossier, Roxane Faraut Linares. Nous n’avons pas proposé d’alternative car nous ne voulons pas augmenter ce type de trafic sur notre réseau routier urbain.»

Refus, aussi, à Vevey. «Cette offre pourrait intéresser les pendulaires en direction de Berne, mais les horaires proposés ne correspondent pas à leurs besoins, ajoute le municipal Jérôme Christen. Le bilan carbone des trains est cinq fois meilleur que celui des bus. Et même si ces trajets étaient meilleur marché, il faudrait compter une heure de plus qu’avec le train pour aller à Zurich.»

Comme l’a révélé le journal La Gruyère, le Conseil communal de Bulle juge également que sa desserte en transports publics est suffisante. Il laisse toutefois une petite ouverture en n’excluant pas que sa position évolue en cas d’élément nouveau. Chez Domo Reisen, Patrick Angehrn regrette ces décisions: «Nous parlons de quatre arrêts de cinq minutes par jour. Cette offre serait aussi utile pour les citoyens et les touristes de ces villes, qui pourraient voyager moins cher.» Et maintenant, que va-t-il se passer? «Soit nous traverserons ces communes sans nous arrêter, soit nous trouverons une solution avec des privés.»

Négociations nécessaires

Selon Patrick Angehrn, des solutions se dessinent dans toutes les cités alémaniques. Certaines communes n’ont pas voulu de la halte initialement proposée, mais des négociations sont en cours pour trouver des emplacements, sur l’espace public ou privé. Selon un sondage du Syndicat du personnel des transports (SEV, opposé au projet), plusieurs villes ont toutefois fait part de leur scepticisme dans le cadre de la procédure de consultation menée par la Confédération.

La concurrence avec les chemins de fer est mentionnée. Le Canton de Bâle et la Ville de Zurich expriment aussi des craintes pour le trafic régional, précise le syndicat. Ainsi, la seconde n’accepte une halte que si Domo Reisen n’offre pas de liaisons à l’intérieur de sa communauté tarifaire. Elle mentionne le trajet de la ville à l’aéroport, où un arrêt est prévu.

La compagnie assure qu’elle ne veut pas concurrencer le trafic régional et ne proposera pas de lignes à l’intérieur de ces réseaux. Si elle essuie des échecs, elle compte aussi des partisans. Parmi eux, le conseiller national Philippe Nantermod (PLR/VS) critique les communes résistantes. «Elles n’ont pas d’obligation de mettre un espace à disposition de l’entreprise, mais ce n’est pas très malin de ne pas le faire, commente-t-il. Pour les citoyens, le plus utile serait de pouvoir s’arrêter à proximité des gares. Manifestement, des communes leur compliquent la vie pour des motifs idéologiques.»

Créé: 29.09.2017, 09h07

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Et les autres villes romandes?

Lausanne a accepté un arrêt sur son territoire, sur le site du Vélodrome, où stoppent déjà d’autres cars. Domo Reisen visait la place de la Gare. Mais les autorités ont jugé qu’elle était déjà suffisamment occupée, d’autant que des chantiers y sont annoncés. «Nous tolérons cette arrivée, mais nous avons signifié notre désaccord de principe à l’octroi d’une concession qui ferait concurrence aux CFF, dont l’offre est plus écologique et durable», explique Alain Gonin, responsable de la division mobilité à la Ville de Lausanne.

Les bus pourront s’arrêter devant la gare d’Yverdon-les-Bains. A Montreux, les autorités proposent en revanche une solution vers la sortie d’autoroute, et non au centre comme demandé.

Quant à la Ville de Genève, elle n’a pas été directement approchée. «Dans tous les cas, si Domo Reisen souhaite desservir notre Municipalité, elle devra obligatoirement faire son arrêt à la gare routière de la place Dorcière, comme l’ensemble des lignes de transports régionales et/ou internationales», déclare Anaïs Balabazan, déléguée à l’information au Département des constructions et de l’aménagement.

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