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Les cinq commandements de Cassis à la coopération

La Suisse va investir 11,3 milliards pour son aide extérieure. Le chef du DFAE la veut plus efficace. Voici ses cinq commandements.

Le conseiller fédéral Ignazio Cassis veut que les 11,3 milliards soient plus «ciblés».
Le conseiller fédéral Ignazio Cassis veut que les 11,3 milliards soient plus «ciblés».
Keystone

On a vraiment changé d’époque. Fini les grands discours sur la solidarité envers le tiers-monde, bonjour la «novlangue» managériale. C’était frappant d’assister, jeudi à Berne, à la présentation du plan fédéral 2021-2024 en faveur de la coopération internationale. La Suisse se prépare à investir 11,3 milliards, soit un poil plus que lors du précédent plan quadriennal. Mais elle en veut pour son argent. La coopération doit être plus «ciblée», plus «efficace», plus «souple» et servir «les intérêts de la Suisse».

Ignazio Cassis, le chef du Département fédéral des affaires étrangères, dirigeait pour la première fois les opérations. Le nouveau plan porte sa marque. Voici en résumé les cinq commandements du conseiller fédéral PLR.

1) Fais en sorte que l’aide serve aussi les intérêts suisses

«Être solidaire, ce n’est pas aller à l’encontre de nos intérêts», martèle sans complexe Cassis. Voilà pourquoi il a fait de l’emploi et de la migration des thèmes prioritaires de l’aide au développement. Concrètement, la Suisse soutiendra des projets dans certains pays d’Afrique pour diminuer la migration en général, et la migration vers le sol helvétique en particulier. Une majorité de droite souhaitait conditionner l’aide uniquement aux pays qui s’engagent à reprendre leurs citoyens dont l’asile a été refusé en Suisse. Là, Cassis met son veto. D’accord de mettre le sujet franchement sur la table mais pas question d’en faire une condition impérative. «Cela créerait plus de problèmes que cela n’en résoudrait.»

2) Concentre tes moyens sur les régions prioritaires

Cassis veut moins de dispersion dans les moyens engagés. «Si la Norvège fait du bon travail dans un pays, inutile de faire la même chose. Engageons nos moyens ailleurs, où nous avons une expertise particulière.» Voilà pourquoi le nombre de pays aidés va diminuer de 46 à 34. La Confédération a aussi défini quatre zones prioritaires: l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, l’Afrique subsaharienne, l’Asie centrale, du Sud et du Sud-Est, ainsi que l’Europe de l’Est. Conséquence? La DDC (Direction du développement et de la coopération) ne lancera pas de nouveaux projets bilatéraux en Amérique latine. Elle se retirera progressivement de la Bolivie, du Honduras, du Nicaragua, de Cuba et d’Haïti. Cela ne veut pas dire que la Suisse sera absente de l’Amérique latine. L’aide humanitaire d’urgence ou des actions de promotion de la paix resteront toujours possibles.

3) Travaille en bonne intelligence avec les privés

Manuel Sager, le directeur de la DDC, a parfaitement intégré les nouvelles recettes de son chef politique. Il a chanté jeudi les louanges des partenariats avec les entreprises privées. «Nous en avons 45 et nous en voulons davantage. Ils nous apportent des finances supplémentaires et une capacité d’innovation.» Il a bien sûr souligné que la DDC ne se laissait pas dicter ses projets par les privés mais qu’elle acceptait qu’ils gagnent de l’argent. Un des buts de la DDC est «de renforcer l’entrepreneuriat local dans les pays». Un discours qui aurait hérissé le poil des soixante-huitards, autrefois tout-puissants à la DDC.

4) Évalue bien les projets et reconnais quand tu échoues

Ignazio Cassis veut que la coopération suisse rende des comptes clairs et intelligibles sur son action. Il a demandé qu’on affine les critères de pertinence, d’efficience et d’efficacité des projets. Pour mieux couper des têtes ensuite? Au contraire. «Il faut que nous ayons le courage de dire ouvertement quand un projet a fait faillite. Personne n’est un génie et on peut se tromper. Pour l’instant, ce courage a manqué.» À propos de la viabilité des projets de développement, le Secrétariat de l’économie affiche des taux qui ne sont pas mirobolants. Explication de sa cheffe, Marie-Gabrielle Ineichen-Fleisch: «La viabilité est le critère le plus difficile à remplir. Il dépend de la nature du projet. Ce n’est pas la même chose de s’engager à construire une école ou à réformer des institutions. Le financement, avec ou sans partenaire, joue aussi un rôle. Enfin, on travaille dans des pays à risques.»

5) Sors de ta tour d’ivoire et n’aie pas peur des critiques

Cassis veut que la coopération suisse sorte de sa tour d’ivoire. Il a forcé son administration à faire un rapport concis sur ses priorités et son travail. Il met pour la première fois en consultation publique le plan de coopération sur 4 ans. Il en espère des critiques constructives. Il ne va pas être déçu. L’UDC trouve que l’on consacre trop d’argent à la coopération et pas assez à l’AVS. Quant aux ONG, elles estiment au contraire que la Suisse ne se montre pas assez généreuse en regard de son produit intérieur brut.

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