Passer au contenu principal

Le CICR imagine des robots humanitaires

L'institution explore plusieurs pistes de son temps pour améliorer ses interventions sur le terrain.

Selon Peter Maurer, l'aide humanitaire sera touchée comme les autres secteurs par les technologies.
Selon Peter Maurer, l'aide humanitaire sera touchée comme les autres secteurs par les technologies.
Keystone

Il y a 100 ans, le 10 décembre 1917, le CICR recevait le Prix Nobel de la Paix alors que l'aviation faisait irruption dans les conflits. Un siècle plus tard, son président Peter Maurer n'exclut pas que des robots soient déployés d'ici vingt ans aux côtés de ses délégués et voit une indispensable adaptation des Conventions de Genève aux «guerres composées» du futur, mi-conventionnelles et mi-numériques.

«Je peux très bien m'imaginer que des robots auront une fonction dans l'assistance et la protection humanitaire», affirme le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dans un entretien accordé à l'ats à l'occasion de ce centenaire. Sans pour autant remplacer les êtres humains.

Selon lui, l'aide humanitaire sera touchée comme les autres secteurs par les technologies. Rien qu'en 2017, «beaucoup de gens en début d'année n'auraient pas imaginé un potentiel de changement» aussi important pour l'ensemble de la société.

Au sein d'un laboratoire humanitaire mondial, le CICR planche avec d'autres sur ces nouveaux outils. Il a aussi nommé une directrice de l'innovation, qui est entrée en fonctions début novembre.

Des impressions 3D, notamment des stéthoscopes à bas prix, sont déjà testées «de manière élargie»au Kenya. Mais elles restent pour le moment des «prototypes avancés» et la production massive n'est pas imminente.

Drones pas prévus

A l'avenir, M. Maurer estime envisageable que le CICR puisse par exemple lui-même fabriquer les pièces de rechange de ses milliers de véhicules par ce procédé. Côté prothèses, l'organisation n'a pas attendu la 3D pour fabriquer avec l'EPFL des objets plus adaptés aux terrains instables dans lesquels vivent les victimes. «Innovation ne signifie pas forcément haute technologie», insiste le président.

Autre possibilité, les drones sont exclus par le Bernois. Ils ne résolvent pas le besoin d'un «consensus» auprès des belligérants pour un accès aux zones compliquées. Et 80% des opérations du CICR ont lieu auprès de populations en conflit.

Les nouvelles technologies vont aussi changer la manière de se faire la guerre et les instruments pour protéger les victimes. «Les Conventions de Genève ne seront plus adéquates face à la nouvelle réalité», admet M. Maurer. L'organisation n'a pas tranché entre adaptation de leur interprétation ou nouveau traité comme certains le souhaitent.

Un siècle après le Prix Nobel, les personnes qui ont «porté l'histoire» du CICR seraient «certainement déçues de constater le nombre de conflits». L'organisation était censée résoudre un problème «temporaire», souligne M. Maurer.

Financement lié à un impact

En revanche, ces personnes seraient «plutôt contentes» de «l'état» du Comité, son adaptation et ses efforts, dit-il. «Nous sommes 17'000 personnes dans les pires endroits du monde. Et nous gardons une possibilité d'action considérable». Et de conclure que le nombre de collaborateurs tués pourrait être plus élevé qu'il ne l'est dans un tel contexte.

Côté financement, le «modèle traditionnel» du CICR «atteint des limites par rapport aux besoins exponentiels», affirme M. Maurer. «Tous les facteurs» incitent à penser que les laissés-pour-compte seront plus nombreux dans un monde qui s'annonce durablement «fragmenté».

Le CICR teste depuis septembre le financement lié à un impact. Des obligations doivent lever 26 millions de francs pour trois centres de réadaptation physique dans trois pays africains pendant cinq ans.

Vers une assurance contre la guerre

Ce mécanisme devrait être plus fréquent à l'avenir. De même qu'une aide directe en liquidités aux populations pour les émanciper. Et il faut se demander aussi si un système d'assurance pourrait être appliqué aux situations de guerre pour «partager les risques», ajoute M. Maurer.

Occasion également pour le président du CICR, ardent défenseur des partenariats avec le secteur privé, de renvoyer dans les cordes ses détracteurs après ses déclarations sur les marchés qui s'ouvrent aux entreprises actives dans l'humanitaire. Dont d'anciens ou d'actuels délégués. «L'économie n'est pas l'ennemi de l'humanitaire», même si «nous n'avons pas toujours les mêmes motifs», affirme le président.

Là où l'organisation incarnait 100% de l'humanitaire il y a un siècle, elle n'est qu'une parmi d'autres dans l'«écosystème» actuel. Pour autant, M. Maurer n'estime pas que le secteur privé ou la société civile devraient être associés aux décisions du Mouvement de la Croix-Rouge.

(ats)

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.