La centrale de Mühleberg tire la prise nucléaire avec fierté

EnergieDans trois mois, l'installation nucléaire sera définitivement arrêtée. Mais la désaffectation va coûter cher.

Image: Keystone

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«Nous sommes les premiers en Suisse à arrêter et à désaffecter une centrale nucléaire. Nous sommes des pionniers.» Suzanne Thoma, directrice de BKW, a bombé le torse vendredi à Berne, trois mois jour pour jour avant la mort de Mühleberg. Elle a raconté comment son entreprise BKW s’y est prise suffisamment à l’avance pour que tout fonctionne comme sur des roulettes: l’arrêt, la désaffectation, le financement et la réaffectation du personnel.

Comment tout cela va-t-il concrètement se dérouler. Résumé en cinq points.


Une désaffectation qui s’étendra sur quatorze ans

Vendredi 20 décembre à 12h30 pile, on appuiera sur les deux boutons qui arrêteront définitivement la centrale. Elle perdra rapidement de sa puissance. On laissera passer les fêtes de fin d’année et, le 6 janvier, les travaux de désaffectation commenceront immédiatement. Pour qu’il n’y ait pas de mauvaise surprise, BKW a acquis une société allemande qui est spécialisée dans la radioprotection. En 2024, tous les éléments combustibles auront été retirés. En 2031, la radioactivité sur le site aura été éliminée. En 2034, l’emplacement pourra être utilisé à d’autres fins. Comme c’est dans quatorze ans, donc pas demain la veille, BKW n’a aucune idée de ce qu’elle fera du site.


Le personnel réaffecté ou à la retraite

La fermeture de la centrale ne provoque pas une vague de licenciements massive. «Dès 2015, notre volonté a été de montrer au personnel qu’il y avait des perspectives pour lui, explique Martin Saxer, le directeur de Mühleberg. Les postes importants pour la désaffectation ont été pourvus par des collaborateurs internes.» La majorité des 300 personnes ont pu être recasées à la centrale ou dans les entreprises de BKW. Ce qui facilite aussi les choses, c’est qu’une centaine de personnes partiront à la retraite d’ici à 2030.


Les coûts se chiffrent en milliards de francs

Arrêter une centrale nucléaire, ça coûte bonbon. La désaffectation va engloutir près de 1 milliard de francs. Et ce n’est pas fini. La gestion des déchets coûtera encore plus, soit près de 1,5 milliard. «Nous avons évalué les coûts de façon très généreuse pour ne pas avoir de mauvaise surprise», relève Suzanne Thoma.


Les déchets radioactifs évacués à Würenlingen

Le matériel radioactif sera évacué le plus rapidement possible de Berne en Argovie, au centre de dépôt intermédiaire de Würenlingen. Ce dernier, ouvert en l’an 2000, a été conçu pour permettre le refroidissement des assemblages combustibles usés et des déchets hautement radioactifs. Depuis son exploitation commerciale en 1972, Mühleberg aura produit plus de 120 milliards de kilowattheures d’électricité. L’arrêt de la centrale représente dès 2020 une perte de 25% d’électricité pour BKW. L’entreprise entend compenser cela avec une production plus forte à l’étranger. Elle investit notamment dans l’énergie éolienne.


Les autres centrales vont-elles tirer la prise?

Pour l’instant, Leibstadt, Beznau et Gösgen n’entendent pas tirer la prise. Toutes ces centrales bénéficient d’une autorisation d’exploitation illimitée. À la condition bien sûr que l’État considère qu’elles respectent les normes de sécurité. Ces normes, qui sont de plus en plus coûteuses pour les exploitants de centrales, ont signé l’arrêt de mort de Mühleberg. BKW n’avait plus envie d’investir des centaines de millions de francs dans sa vieille centrale. Suzanne Thoma a lancé un avertissement à peine voilé aux autorités en leur demandant d’être attentives aux conditions-cadres pour les producteurs d’énergie, sous peine que ces derniers se désengagent de plus en plus de la Suisse. Cinquante pour cent de l’électricité produite par BKW seront désormais issus de l’étranger.

Créé: 20.09.2019, 17h27

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En milliards de kilowattheures, c’est la quantité d’énergie électrique produite par Mühleberg depuis le début de son exploitation commerciale en 1972. L’arrêt de la centrale signifie une perte de 25% d’électricité pour l’entreprise BKW

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