Des centaines de Suisses dévoilent ce qu’ils gagnent

EgalitéPour lutter contre les discriminations salariales, des syndicats lancent un site où chacun peut publier le montant de son salaire.

Petits et plus grands salaires, dentistes ou agriculteurs s’affichent sur la plateforme «Montre ton salaire».

Petits et plus grands salaires, dentistes ou agriculteurs s’affichent sur la plateforme «Montre ton salaire». Image: DR

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Accepteriez-vous de dévoiler publiquement le montant de votre salaire? Outre-Sarine, des centaines de personnes l’ont fait en publiant sur le site Zeig deinen Lohn! (Montre ton salaire) leur revenu accompagné d’indications sur leurs nom, âge, profession, taux de travail et d’un selfie. Dans un pays où dire combien on gagne relève du tabou, cet effeuillage collectif ne passe pas inaperçu.

«Nous voulons donner aux gens le courage de se dévoiler. Ce n’est qu’ainsi qu’on obtiendra un changement de culture»

À son origine, on trouve des syndicats zurichois et schaffhousois, soutenus par de nombreuses associations et des partis. Ils ont lancé la plateforme fin août. En moins de trois semaines, plus de 850 personnes se sont prêtées au jeu. Parmi elles figurent quelques Romands, alors qu’un site en français pourrait voir le jour. Une telle possibilité est à l’étude, indiquent les instigateurs de cette campagne.

«Nous voulons donner aux gens le courage de se dévoiler. Ce n’est qu’ainsi qu’on obtiendra un changement de culture», commente Isabelle Lüthi, responsable de campagne chez Unia. L’objectif de cette opération est de briser le tabou qui entoure le salaire en Suisse pour combattre les discriminations salariales. Car délier les langues permet d’attirer l’attention sur les inégalités. Et savoir ce que gagne son collègue ou son supérieur favorise aussi, argumentent les syndicats, les conditions de travail, la productivité et le climat de confiance au sein d’une entreprise, si tant est que cette transparence permet d’établir que son employeur pratique un système salarial équitable.

Au vu de du nombre d’inscriptions sur leur site, les syndicats estiment avoir touché un point sensible. Ils espèrent que les publications continueront d’affluer. Cela permettra de donner plus de poids à leurs revendications, qui seront présentées ce mardi, en vue d’une manifestation nationale pour l’égalité salariale le 22 septembre à Berne. Les inégalités, rappellent-ils, touchent avant tout les collaboratrices. Dans le secteur privé, les femmes touchent près de 20% de moins que les hommes – selon une étude de l’Office fédéral de la statistique pour l’année 2014. Mais les syndicats visent aussi à combattre les différences de traitement envers les employés à mi-temps ou les ressortissants étrangers.

Pas un outil statistique

Ce que l’opération ne vise pas, par contre, c’est à offrir un outil statistique de comparaison, comme le permet par exemple Salarium, un site de la Confédération. Les données publiées sur Zeig deinen Lohn! ne seront pas analysées. Elles ne suffiraient pas pour tirer des conclusions pertinentes, les montants soumis ne pouvant pas être vérifiés et des informations telles que la formation ou le lieu de travail faisant défaut. Parcourir la plateforme permet cependant de faire quelques observations. Isabelle Lüthi remarque que les hauts revenus sont moins nombreux à s’exposer. «La majorité des participants annoncent un salaire de 4000 à 7000 fr. Il y a par contre peu de personnes qui touchent 10 000 fr.» Par branche, le domaine des soins et de la santé est très représenté sur le site, qui recense également des femmes au foyer et des chômeurs.

Pascaline Sordet, corédactrice en chef de la revue «Cinébulletin», raconte ne pas avoir hésité à participer, convaincue par le fait que discuter ouvertement rémunération atténue le pouvoir des employeurs. «Je n’ai jamais eu de problème à parler de mon salaire et j’ai toujours demandé à mes collègues combien ils gagnaient. Ça peut s’avérer utile de pouvoir dire que tel collaborateur masculin est mieux payé lors de négociations avec son employeur.» Quant à Steven Pillet, aide infirmier à l’Hôpital Riviera-Chablais, il s’est inscrit pour aider à «réduire certaines inégalités». Que ses voisins et collègues sachent combien il gagne (voir l’illustration) ne l’inquiète guère. «Mais je peux imaginer que certaines personnes soient réticentes à livrer ce genre d’informations: leur employeur pourrait se sentir trahi.»

Le site fâche des hackers

Pour l’heure, ce sont des pirates informatiques inconnus qui ont exprimé leur désapprobation. Ils ont inondé la plateforme d’une centaine de fausses entrées, comme un profil du président russe, Vladimir Poutine. Isabelle Lüthi affirme que le site a été purgé de tous les faux comptes et que les quelque 850 inscrits à ce jour sont toutes de vraies personnes. Un système de vérification préalable a été mis en place. (TDG)

Créé: 11.09.2018, 07h12

La transparence des rémunérations au menu à Berne

La parité salariale se trouve au programme de cette session parlementaire. Le 24 septembre, le Conseil national débat d’un projet de loi visant à imposer aux entreprises de plus de 100 travailleurs – soit moins de 1% des employeurs du pays – de procéder à une analyse de l’égalité salariale tous les quatre ans et la faire vérifier par un organe indépendant.

Une initiative parlementaire sur le même thème pourrait aussi être discutée. La conseillère nationale Susanne Leutenegger Oberholzer (PS/BL) a déposé en mars dernier un texte combattant l’opacité des rémunérations. Partant du constat que la transparence des salaires facilite la mise en œuvre de l’égalité salariale entre hommes et femmes, elle demande une modification de la législation pour obliger les entreprises à publier les salaires de leurs employés ou à tolérer la publicité des salaires de manière générale. Il n’existe en Suisse aucune obligation générale de transparence salariale pour les entreprises privées; seules les rémunérations des dirigeants d’entreprises cotées et celles des personnels régis par le droit public sont soumises à une certaine transparence. Répondant à une motion similaire de l’élue l’an dernier, le Conseil fédéral a concédé que la publication des salaires faciliterait la mise en œuvre de l’égalité salariale. Mais il ne veut pas imposer cette transparence salariale, qu’il voit comme une «atteinte considérable à la liberté économique et contractuelle».

Professeure à la Faculté des sciences politiques et sociales de l’Université de Lausanne, Éléonore Lépinard explique que l’opacité des salaires représente pour les entreprises une «forme de gestion des ressources humaines» qui «incite les employés à négocier individuellement». Les femmes sont les perdantes de ce modèle, poursuit-elle, car elles n’ont pas été «sociabilisées à réclamer leur dû». «Il faudrait au moins publier des fourchettes. C’est pour cela qu’il y a moins d’écarts salariaux dans la fonction publique, où existent des barèmes.»

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