Le casse-tête de l’emploi des seniors bientôt résolu?

PrévoyanceL’initiative pour unifier le taux de cotisations LPP n’a pas abouti mais une solution pourrait venir du parlement.

L’association Workfair 50+ n’a pas pu collecter les 100'000 signatures nécessaires.

L’association Workfair 50+ n’a pas pu collecter les 100'000 signatures nécessaires. Image: KEYSTONE/Anthony Anex/Keystone

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Si 2019 s’est achevée avec le climat, 2020 sera, en politique, l’année des retraites et consacrera peut-être la fin d’un véritable serpent de mer: l’embauche des seniors. Il y a des signes d’espoir mais le chemin s’annonce ardu. Ainsi, l’initiative populaire de l’association Workfair 50+, qui demandait un taux unique de cotisation au deuxième pilier (LPP), n’a pas pu réunir toutes les signatures nécessaires à la date de son échéance, vendredi dernier.

Mais ce n’est pas une défaite pour autant. Le président du comité, Pierre Bayerdörfer, ne s’attendait pas à un autre résultat puisqu’il avait retiré le texte le 30 septembre. «Nous plaçons nos espoirs dans une motion, acceptée à l’unanimité au Conseil national en juin dernier, qui demande la même chose.» Lors des discussions sur Prévoyance 2020, il y a trois ans, le parlement avait refusé d’intégrer un taux unique. À chaque fois, c’est la crainte de voir toute une génération transitoire faire les frais de ce changement de système qui a eu raison du projet. Entre-temps, PV 2020 a été rejetée par le peuple et l’idée semble désormais séduire les élus.

Le Conseil des États doit encore se prononcer mais Pierre Bayerdörfer, qui est aussi membre du Parti socialiste, est confiant et ne croit pas à un geste électoraliste du Conseil national envers les seniors l’été passé. «Le résultat était net, qui plus est contre l’avis du Conseil fédéral, ce qui est assez rare pour être souligné.» Lors du débat, plusieurs élus des camps bourgeois disaient avoir soutenu la motion «pour envoyer un signal fort aux seniors».

Un ensemble de solutions

C’est notamment le cas de Benjamin Roduit (PDC/VS). Ce dernier est convaincu des chances du succès du texte. «Nous avons désormais aussi le projet de rente-pont qui est sur la table de la commission et je crois qu’il y a une chose très claire sur laquelle tout le monde s’accorde: 2020 doit être l’année où nous trouverons un compromis sur le dossier des retraites.»

À l’origine, le projet de taux de cotisation unique à la LPP devait permettre aux plus âgés de ne pas être pénalisés devant l’embauche parce qu’ils «coûtent trop cher» mais il s’impose désormais comme une des pierres angulaires de la réforme de la prévoyance vieillesse. «Car l’enjeu, résume Pierre Bayerdörfer, c’est d’arriver à la retraite en ayant cotisé un montant qui permette de vivre et pénaliser les seniors n’arrange personne.»

On rappellera que le taux de cotisation à la LPP s’élève aujourd’hui à 7% pour les 25-34 ans, à 10% pour les 35-44 ans, à 15% pour les 45-54 ans et à 18% pour les 55-65 ans, financés à parts égales par l’employeur et le salarié. La motion ne fixe pas de taux chiffré et au Conseil des États, plusieurs élus pourraient préférer se rallier au projet du Conseil fédéral de réforme de la prévoyance vieillisse.

«Tout ça peut très vite basculer»

Pierre Bayerdörfer
président de Workfair 50+

Parmi d’autres mesures, le texte prévoit, non pas un taux unique, mais un lissage des cotisations au-dessus de 45 ans avec un taux fixe à 14%. Cette version pourrait être préférée, notamment par le PLR – qui ne s’est jamais caché de soutenir cette version – et par les élus proches des milieux syndicaux qui craignent qu’un taux unique pénalise le pouvoir d’achat des jeunes.

Un compromis très fragile

Quant aux milieux patronaux, ils expliquaient le soutien unanime du Conseil national par un capital de sympathie élevé à l’égard des plus de 50 ans conjugué à un déficit d’information. À nos confrères de «La Liberté», Marco Taddei, membre de la direction de l’Union patronale Suisse, détaillait que «le lissage des taux impliquerait une période transitoire qui coûterait un milliard de francs, et ce pendant plusieurs années. Ce n’est par ailleurs pas la cotisation qui est déterminante lorsqu’il s’agit d’engager un collaborateur de plus de 50 ans.» Face à cet argument, Pierre Bayerdörfer sourit. «Ils ne peuvent évidemment pas assumer ouvertement que c’est pourtant le cas.»

Et si la version du Conseil fédéral devait être préférée à la motion, l’association Workfair 50+ s’en accommoderait également. «Ce projet est le fruit d’un accord entre partenaires sociaux et on pourrait donc s’en satisfaire, c’est un autre signal qui va dans le bon sens», concède le président.

Mais son optimisme pourrait être de courte durée car le compromis vacille, on l’a encore vu cette semaine avec le ton plus que pessimiste du président du PDC, Gerhard Pfister, à ce sujet. L’équilibre est fragile et, du côté de l’Union syndicale suisse, on prévoit déjà d’en appeler au peuple si les fronts se tendent encore, comme le rappelait le président Pierre-Yves Maillard dans nos colonnes la semaine dernière. «Tout ça peut très vite basculer», reconnaît Pierre Bayerdörfer.

Créé: 12.01.2020, 20h04

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