Le cancer du col de l'utérus est trop souvent testé

PréventionLes frottis effectués pour prévenir cette maladie sont efficaces. Mais près d’un million de tests seraient faits en trop chaque année.

Coupe de l'appareil génital féminin: ovaire, utérus, vagin.

Coupe de l'appareil génital féminin: ovaire, utérus, vagin. Image: Illustration/M. Dutruit

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Après la polémique sur le dépistage du cancer du sein, celle sur le cancer du col de l’utérus? Selon une enquête de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) révélée jeudi dernier par le Tages-Anzeiger, près de deux tiers des femmes de 25 à 49 ans effectuent un frottis chaque année.

Cet examen, dont l’efficacité n’est plus à démontrer, permet de détecter des lésions précancéreuses. Et pourtant, la fréquence annuelle ne réjouit pas les spécialistes. Le problème? Souvent, elle n’est pas nécessaire. Depuis 2010, les gynécologues romands recommandent ainsi un frottis Pap tous les deux ans entre 21 et 29 ans, puis tous les trois ans jusqu’à 70 ans. La société suisse de gynécologie (SGGG) a suivi en 2012. Ces conseils, qui sont valables s’il n’y a pas de risque particulier, correspondent à la pratique internationale.

70 millions de francs en trop
En extrapolant cette statistique aux 2,5 millions de femmes âgées de 21 à 69 ans, le Tages-Anzeiger arrive à la conclusion qu’environ un million de frottis sont effectués en trop chaque année en Suisse. Le surcoût en examens de laboratoires coûterait quelque 70 millions de francs. Sans oublier les interventions ou des inquiétudes non justifiées, puisque les anomalies peuvent aussi disparaître d’elles-mêmes, surtout chez les jeunes femmes.

Le sondage de l’OFSP ne surprend qu’à moitié Michael Mueller, médecin-chef en gynécologie à l’Hôpital de l’Ile, à Berne. Si le monde scientifique appelle à mettre la pédale douce, la pratique ne suit pas. Et cela à plusieurs niveaux. «Swissmedic exige par exemple un examen approfondi annuel pour toutes les femmes sous traitement hormonal et un contrôle régulier pour toutes celles sous pilule, illustre le docteur. Et lorsque je dis à mes patientes de revenir dans deux ans, je les revois l’année suivante.»

Eh oui, les femmes sont disciplinées et tiennent à ces examens – pour elles comme pour leurs filles. Difficile, dans ces conditions, de changer les mœurs! «Il faut plus de temps pour leur expliquer qu’un frottis annuel n’est pas nécessaire que pour l’effectuer», commente Martine Jacot-Guillarmod, médecin associé au CHUV. Le monde médical doit lui aussi changer. «Nous devons davantage informer le public et améliorer la formation des médecins dans ce domaine», résume Jean Dubuisson, médecin adjoint en gynécologie opératoire aux HUG. La question est délicate à plus d’un titre. Les médecins veulent éviter les examens inutiles tout en protégeant leurs patientes. Et sans prendre le risque que certaines baissent totalement la garde. «Dans le même temps, nous voulons atteindre les femmes souvent socialement défavorisées qui ne se font jamais examiner, ajoute Jean Dubuisson. Nous menons d’ail­leurs une étude à Genève pour mieux les comprendre.» Il faut dire que, depuis l’introduction des frottis dans les années 1970, le nombre de cancers du col a diminué de deux tiers. Et la Suisse est un des pays les moins concernés par cette maladie, avec 4,7 femmes diagnostiquées sur 100 000 chaque année.

Recommandations revues
L’assurance de base rembourse le dépistage Pap les deux premières fois à intervalle d’un an, puis tous les trois ans, sauf cas particuliers. Des assureurs se montrent-ils parfois plus larges? L’OFSP va en discuter avec eux. Quelle est l’attitude idéale? Pour les médecins, la réponse change d’une patiente à l’autre – suivant son âge, sa situation affective ou ses antécédents médicaux. En cas de maladie, l’examen peut même être effectué plusieurs fois par an.

La SGGG est justement en train de réviser ses recommandations en la matière. Dans ce contexte, il faudra aussi tenir compte du vaccin contre plusieurs souches du papillomavirus humain (HPV), une famille de virus sexuellement transmissibles dont certains sont à l’origine du cancer du col de l’utérus. Aujourd’hui, cette vaccination est recommandée pour les jeunes filles de 11 à 14 ans. Et si des frottis restent nécessaires pour celles qui sont vaccinées, les choses pourraient encore évoluer avec les progrès de la médecine.

Créé: 15.07.2015, 08h20

Et les contrôles annuels?

Pour beaucoup de femmes, la visite annuelle chez un gynécologue est la règle. Mais est-elle vraiment utile? «Même si les frottis ne doivent pas être faits à chaque fois, nous effectuons d’autres contrôles, répond Thomas Eggimann, secrétaire général de la SGGG et gynécologue. Des visites régulières sont donc nécessaires.» Selon lui, leur fréquence doit être discutée au cas par cas. «Il faut tenir compte des facteurs de risque, de l’âge de la patiente, de ses traitements et du fait que, pour beaucoup de femmes, nous sommes devenus les médecins de premier recours», renchérit Martine Jacot-Guillarmod. Dans certaines situations, un contrôle tous les deux à trois ans pourrait même être suffisant. Là encore, c’est un changement de dogme, tant pour les femmes que pour les médecins, dont certains pourraient aussi craindre de ne plus avoir suffisamment de patientes.

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