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«C’était osé de la part du conseiller fédéral de choisir cette image pour des vœux»

Sortant du lot des cartes postées du Palais fédéral, celle d’Alain Berset est l’œuvre d’un ancien de l’ECAL, Jean-Vincent Simonet.

L’image choisie pour les voeux d'Alain Berset, président de la Confédération 2018, fait partie de la série «Would you like to live deliciously»
L’image choisie pour les voeux d'Alain Berset, président de la Confédération 2018, fait partie de la série «Would you like to live deliciously»
JEAN-VINCENT SIMONET

La Suisse… On ne demande pas à Jean-Vincent Simonet de décliner ses intérêts – il les signe dans sa photo, choisie pour accompagner les vœux du conseiller fédéral Alain Berset – mais plutôt une image qui la définirait. Une vision descriptive. Ou un trait proéminent. Mais impossible, le Lyonnais de 26 ans, vivant et travaillant à Lausanne, ne peut se restreindre, ni se limiter à une seule image, le photographe les donne, comme il les fait. Multiples. Croisées. Superposées. Alors cette Suisse qui découvre sur une carte de vœux, son art atmosphérique, cette Suisse prête à débattre de la hardiesse d’un choix ou à dire son incompréhension, lui la pensait «assez similaire à la France». Sauf qu’en même temps que son ticket d’entrée à l’ECAL, le jeune homme la découvre singulière dans «son souci du détail». Il la suit ensuite «sur son respect de la précision, gage de son haut niveau de compétence». Et une fois photographe indépendant, rayonnant des scènes institutionnelles aux pages des magazines de mode entre Lausanne, Zurich, Paris et Londres, Jean-Vincent Simonet va l’aimer jusque dans ses contrastes. À la fois rigoureuse, surprenante et audacieuse comme lorsqu’elle fait valoir son travail sur un message officiel du président 2018 de la Confédération.

Même s’il arrive que les cartes de vœux sortent des rails de la tradition, là le choix d’une image dense, à plusieurs niveaux de lecture, est fort…

Et plus encore! D’abord, j’avoue que je n’ai pas immédiatement compris de quoi il s’agissait lorsque j’ai reçu le téléphone du Département de l’intérieur. J’étais au Japon, travaillant sur un ouvrage autour de la ville comme entité organique qui devrait sortir fin 2018, moyennant le tri d’à peu près 4000 images. On m’a alors expliqué que le choix se faisait parmi les lauréats des Prix suisses du design, et qu’après un intérêt pour le travail des graphistes, le tour des photographes était venu. Très honoré, j’ai en plus été surpris par la latitude laissée. Il n’y avait pas de prescriptions, j’ai pu envoyer une sélection d’images, des fleurs, mais également des choses plus nerveuses. Et… c’est ce qui a retenu l’attention.

Pour quelqu’un qui se plaît dans la subversion de la réalité, voir son travail interagir et intervenir dans un domaine pour lequel il n’était pas fait doit être assez jubilatoire?

C’était osé de choisir cette image et pour moi qui suis les infos, pour me tenir au courant mais sans y passer plus de temps que ça, intervenir tout d’un coup dans ce domaine était effectivement très intéressant. En plus d’y découvrir, à la fois, l’envie d’une recherche plastique et cette volonté de sortir des esthétiques traditionnelles des cartes de vœux. Comme je travaille souvent dans une esthétique du chaos où rien n’est figé, ni défini, peut-être que c’est ce qui les a intéressés? Mais je ne sais pas, je n’ai pas encore eu l’occasion de discuter avec eux sur l’interprétation qu’ils ont eue de mon image.

Et la vôtre?

Quand j’ai commencé mes études, il y a huit ans, ce métier existait encore mais on s’acheminait vers la transition, vers cette réalité d’un flux incessant neutralisant jusqu’au pouvoir de l’image. Entrer et persister dans cette voie était presque suicidaire mais si ce n’était pas immédiat, dès ma deuxième année à l’ECAL et dans un engagement presque politique pour le médium, j’ai commencé à manipuler et à intervenir physiquement sur le matériau photographique de base. Le collage. Les filtres. Les outils digitaux. Que ce soit avec des techniques anciennes ou les dernières technologies, je cherche par tous les moyens à arrêter le regard en l’éloignant du réel. J’aime faire appel à ce sens de la vue, mais pas comme une assurance qui dans 99,9% des cas reconnaît les formes et les choses, au contraire, il faut qu’il se perde. Il y a des jours où la recherche d’un résultat est jouissive. D’autres, douloureux, qui ne servent à rien! Reste une constante: que ce soit sous la forme d’une affiche dans la rue, dans un livre ou dans une expo, l’image finale doit avant tout donner du plaisir. Celle-ci a été faite à Rio en 2016. C’est un ami avec lequel j’ai fait la fête là-bas. Elle fait partie d’une série aux accents de journal intime, pour laquelle je projette un recueil, avec l’envie d’élever les scènes de la vie quotidienne dans une autre dimension.

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