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«C’est normal que la qualité change si le prix est dix fois plus petit»

Nos appareils durent moins longtemps. Interview de Jürg Berner, de l’Association suisse des fabricants d’appareils électrodomestiques.

Photo d'illustration
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Nos appareils ne durent plus assez longtemps: c’est l’appel qu’ont lancé hier les Verts suisses, en proposant une série de mesures pour limiter cette consommation. Qu’en pensent les producteurs? Les réponses de Jürg Berner, de l’Association suisse des fabricants et fournisseurs d’appareils électrodomestiques. Les producteurs font-ils exprès de limiter la durée de vie de certains appareils ou, en d’autres termes, l’obsolescence programmée existe-t-elle? Je n'ai pas connaissance d'un tel cas ou la preuve d’une telle pratique ces 10 dernières années. Sans qu’elle soit planifiée, la durée de vie des appareils a malgré tout diminué ces dernières années. Pourquoi ? Il n'est que partiellement juste que la durée de vie des produits a diminué de manière générale. La fréquence des innovations, les exigences écologiques et économiques ont nettement augmenté. Elles influencent beaucoup les besoins et la nécessité d’un changement plus rapide de produits. En plus, le marché et le comportement des consommateurs ont changé. Jusqu’au début des années 2000, ils exigeaient une grande qualité et étaient prêts à payer pour cela. Aujourd’hui, ils cherchent de plus en plus des appareils présentant un rapport optimal entre la performance et le prix: c’est normal que la qualité n’est pas la même si le prix est dix fois plus petit! Et les consommateurs eux-mêmes veulent changer plus fréquemment d’appareil pour profiter de fonctionnalités plus efficaces. Vous admettez qu’il y a une baisse de qualité? Il n’y a aucune preuve à ce sujet, même si vous trouverez toujours des cas isolés d’appareils qui fonctionnent mal. Surtout, ces problèmes sont moins importants en Suisse qu’à l’étranger: la qualité de nos produits est supérieure. Cela a d’ailleurs un prix, on nous le reproche souvent! Selon vous, faut-il augmenter cette durée de vie? Est-ce un souci des fabricants? Non. Si on veut profiter des progrès technologiques et des améliorations écologiques, une durée de vie moyenne de 10 à 15 ans est raisonnable. Les fabricants ne dépendent que de la compétition, de la demande des marchés et du règlement politique en Europe. Les Verts proposent notamment de prolonger la garantie des appareils de deux à cinq ans. Qu’en pensez-vous? Une telle prolongation va inévitablement entraîner une hausse des prix. De façon générale, si la Suisse met en œuvre ses propres solutions et devient une île, le niveau des prix par rapport à l’Europe va considérablement augmenter. Et l’idée d’inscrire sur les produits leur durée de vie: n’est-ce pas une bonne idée de mieux informer les clients? L’Europe travaille actuellement à la prochaine génération d’étiquettes énergie. Celles-ci devraient fournir des informations sur les critères liés à la durée de vie des appareils. Mais une fois de plus, une initiative individuelle de la Suisse serait difficile à réaliser: cela créerait des obstacles au commerce en Europe. Une autre piste est d’instaurer une taxe de réparation anticipée sur les nouveaux appareils. Votre avis? En Suisse, tous nos membres offrent des services de réparation et les pièces de rechange sont disponibles durant douze ans. Cette prestation est exceptionnelle en Europe. Rappelons aussi qu’il existe de nombreuses normes et règlements pour le recyclage, le démontage et la décomposition des appareils.

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