À Bruxelles, Maillard invoque l’Europe sociale

Suisse-UELe président de l’Union syndicale suisse a répété jeudi son opposition à un accord-cadre qu’il juge dangereux car trop libéral.

Selon Pierre-Yves Maillard, président de l’Union syndicale suisse, l’inquiétude gronde dans la population.

Selon Pierre-Yves Maillard, président de l’Union syndicale suisse, l’inquiétude gronde dans la population. Image: DR

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«La Suisse n’a pas envahi la Crimée, quand même!» Pierre-Yves Maillard n’en démord pas: le procès en mauvaise volonté que l’Union européenne (UE) fait à la Suisse au sujet des mesures de protection du marché du travail n’a pas lieu d’être. Non seulement l’Union syndicale suisse (USS), qu’il préside, ne fait que défendre son territoire, mais, à l’entendre, elle agirait aussi au bénéfice de tous les travailleurs du continent. «La question n’est pas pour ou contre l’Europe, mais quelle politique économique et sociale nous voulons», a-t-il expliqué lors d’une rencontre avec la presse à Bruxelles.

Le Vaudois s’exprimait depuis la capitale de l’UE, où il se rendait pour la première fois depuis son élection. Pour l’USS, l’accord-cadre actuel est à renégocier. Et pourtant, en dépit du climat particulièrement tendu avec Berne ces dernières semaines, aucune discussion avec des députés européens ou des responsables de la Commission (tous partis au G20 à Osaka, au Japon) n’était prévue. Que des échanges avec les camarades de la Confédération européenne des syndicats (CES), dont il est membre du comité exécutif! Cette «méga-organisation», qui regroupe 89 organisations issues de 39 pays représentant 45 millions de membres, soutient très explicitement l’USS.

«L’harmonisation juridique semble être devenue le principal objectif (ndlr: de l’UE). C’est étonnant car dans les années 1990, on avait l’impression d’une plus grande flexibilité», explique le président de l’USS. Avec ses alliés, Pierre-Yves Maillard aimerait recadrer la discussion sur les relations bilatérales. Et d’espérer qu’un «débat sur l’orientation de l’UE soit lancé», suite aux élections de mai, car «c’est le moment de faire l’Europe sociale».

La question n’est pas tant pour lui de pinailler sur le délai accordé aux syndicats pour contrôler la légalité du détachement des travailleurs étrangers en Suisse ou de revoir le niveau de la caution que les entreprises doivent déposer pour y avoir recours. «Tout ce que l’on a raconté sur le fait qu’il ne s’agissait que de la règle des huit jours est une fable», dit-il. Le ver serait dans le fruit de l’accord-cadre en raison de la reprise dynamique d’un droit européen trop libéral et de l’instauration d’un contrôle dit «de proportionnalité» par la Cour européenne de Luxembourg sur les mesures de sauvegarde.

«Un jeu dangereux»

«Ceux qui veulent faire passer cet accord en force jouent un jeu dangereux» en tentant de précipiter sa signature, assure Pierre-Yves Maillard, car l’inquiétude gronde, selon lui, dans la population. «Les débats de ces derniers mois sont en train de faire monter un risque lors du vote sur l’initiative UDC» sur la libre circulation, soumise à référendum au printemps 2020, dit-il. Toute concession à Bruxelles dans le cadre de la demande de «clarifications» exigées par Berne risquerait donc… de mettre la libre circulation elle-même en danger.

Dans ce contexte, le mieux à espérer serait de sauver les relations bilatérales en l’état, en attendant de «gagner» le référendum du printemps 2020, autrement dit de battre l’UDC. Une mission qui revient aux pro-Européens et certainement pas aux syndicats. Pas question pour ces derniers de venir négocier quoi que ce soit à Bruxelles, comme ils avaient pourtant tenté de le faire en octobre 2018. «On a eu l’impression que les négociateurs suisses ont orienté les concessions sur la protection des salaires… Elles auraient pu avoir lieu sur certains droits sociaux liés à la directive sur la citoyenneté ou sur les fonds de cohésion», deux autres points chauds des discussions entre Berne et Bruxelles, selon Pierre-Yves Maillard.

Le fonds de cohésion

Ce serait à présent aux partis «bourgeois» de prendre leurs responsabilités, en militant pour que le parlement vote en septembre le déblocage des fonds que la Suisse confie à l’UE au titre de la «cohésion» (l’aide aux pays d’Europe centrale). «Ceux qui disent que nous sommes face à une question existentielle (ndlr: l’avenir des relations avec l’UE) devraient éviter l’escalade de la tension et voter l’alimentation du fonds de cohésion», conclut Pierre-Yves Maillard.

Créé: 28.06.2019, 11h51

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