Un boulevard s’ouvre pour l’élection d’un deuxième UDC

Conseil fédéralLe parti de Christoph Blocher ne pouvait rêver scénario plus favorable ni meilleur calendrier.

Eveline Widmer-Schlumpf avec les UDC Toni Brunner et Ueli Maurer.

Eveline Widmer-Schlumpf avec les UDC Toni Brunner et Ueli Maurer. Image: DR

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Le départ d’Eveline Widmer-Schlumpf est un cadeau de Noël avant l’heure pour l’UDC. Le parti a franchi hier une étape clé vers la reconquête d’un deuxième fauteuil 100% blochérien au Conseil fédéral. N’ayant plus à affronter la populaire Grisonne en duel, l’Union démocratique du centre a les mains libres et le temps nécessaire pour présenter son ticket de rêve à l’Assemblée fédérale, qui élira le nouveau ministre le 9 décembre. «Ce sera l’occasion d’être représenté par un conseiller fédéral défendant une ligne plus dure concernant l’asile et l’Europe», se réjouissait hier le président de l’UDC, Toni Brunner.

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Son petit sourire impénétrable l’a rendue énigmatique et l'éditorial de Pierre Ruetsch

En revanche, dans le camp opposé à la présence de deux UDC au gouvernement, c’est la sinistrose. «Pour gagner, l’UDC n’a même plus besoin de présenter l’un de ses membres modérés. Nous allons vers des temps très difficiles», craint le conseiller national Roger Nordmann (PS/VD). Désemparée, la gauche s’en remet au centre, le camp élargi d’Eveline Widmer-Schlumpf composé du PDC, du PBD et des Vert’libéraux. «La balle est maintenant dans le camp des partis du centre, qui sont légitimés à revendiquer ce siège. C’est une solution que l’on soutiendrait», affirme Adèle Thorens, coprésidente du Parti écologiste suisse.

«Nous sommes trop petits»

Mais l’hypothèse d’un centre assez uni pour réagir d’ici au 9 décembre semble peu probable. En tout cas, ce n’est pas le Parti bourgeois-démocratique, orphelin de sa première et unique conseillère fédérale, qui retournera au casse-pipe. «Nous sommes trop petits», dit son président, Martin Landolt. Soutiendrait-il une candidature PDC? «Nous en discuterons si une telle candidature est présentée.» Mais le PDC ne semble pas avoir l’intention de revendiquer le deuxième siège aujourd’hui en mains du centre. Dans un communiqué, il confirme «accepter la revendication de l’UDC au sujet d’un second siège» au Conseil fédéral. Suite logique après le lâchage d’Eveline Widmer-Schlumpf opéré par le président du PDC, Christophe Darbellay, dans la presse dominicale.

Seule la frange progressiste du parti n’a pas encore totalement lâché l’os. Le vice-président Dominique de Buman (PDC/FR) l’affirme: «La requête du centre d’être représenté par deux conseillers fédéraux reste légitime.» A deux conditions toutefois: la formation d’un groupe et l’entente sur un programme commun avec le PBD et les Vert’libéraux. Or, reconnaît Dominique de Buman, le temps presse pour y parvenir. Croit-il au scénario voguant parfois dans les travées bernoises d’une candidature surprise du PDC Filippo Lombardi, qui redonnerait au Tessin sa place au Conseil fédéral? Qui que ce soit, il faudrait au préalable une entente programmatique au centre, tempère Dominique de Buman.

Eviter les faux pas

Vu l’état d’impréparation du centre, la gauche baisse les bras. «Je préférerais que ce siège ne revienne pas à l’UDC, mais on ne peut pas avoir de l’ambition à la place du PDC, déplore la vice-présidente du Parti socialiste suisse, Géraldine Savary. Un deuxième siège au centre serait légitime, mais les centristes ne manifestent pas cette volonté. Par défaut, ce siège reviendra donc à un UDC.»

Un boulevard s’ouvre donc sous les pieds du premier parti de Suisse. Mais pour arriver à ses fins le 9 décembre, encore faut-il qu’il évite les faux pas. «Maintenant, tout le monde est curieux de voir ce que fera l’UDC», sourit en coin le président du PBD, Martin Landolt. Car si l’UDC veut prendre ses responsabilités, dans le camp adverse chaque formation pose ses conditions. Elles vont du fond à la forme, en se déplaçant de gauche à droite.

Pour le Parti socialiste, toute personne qui souhaitera siéger au Conseil fédéral doit remplir trois critères. «Nous attendons des candidats qu’ils s’engagent à respecter les accords bilatéraux, la Convention européenne des droits de l’homme, qui est le cœur de l’Etat de droit, et la collégialité», affirme Christian Levrat, le président du PS. Les Verts suisses articulent les mêmes attentes. Pour Roger Nordmann (PS/VD), les Bilatérales forment le point central de ces requêtes. «Comment fera-t-on pour sauver ces accords si on élit un deuxième UDC sur la ligne dure?»

Le PDC parle de l’importance de l’esprit de concordance et de la collégialité des papables UDC. «Le parti ne pourra plus se comporter comme il l’a fait ces derniers temps. Je serai intraitable à ce niveau-là», claque Dominique de Buman.

Le 20 novembre, étape clé

La collégialité est le maître mot au PLR: «Nous devons élire un deuxième UDC, c’est une évidence. Mais il faut que le parti nous présente quelqu’un qui respecte la collégialité, quelqu’un qui veut jouer le jeu. L’UDC doit nous aider», estime le vice-président du PLR, Christian Lüscher. Et le soutien aux Bilatérales est-il décisif pour celui qui se présente comme le «Parti des Bilatérales»? Christian Lüscher (PLR/GE): «Je suis plus libéral que certains membres de mon parti, car j’estime que le candidat UDC n’a pas à soutenir les Bilatérales. Il devra par contre les défendre au moment où il sera devenu conseiller fédéral, par respect de la collégialité.»

Membre influente du Parti libéral-radical, la sénatrice Karin Keller-Sutter ajoutait hier soir sur les ondes de la RTS: «Il ne faut pas dire qu’un deuxième UDC, c’est le diable», arguant qu’à cinq contre deux, le Conseil fédéral pourra toujours décider de poursuivre la voie bilatérale. La conseillère nationale Céline Amaudruz (UDC/GE) se veut conciliante: «L’UDC est aussi un parti gouvernemental. Une fois au Conseil fédéral, le candidat UDC saura prendre ses responsabilités et gouverner pour l’intérêt général.»

Prochaine étape clé, le 20 novembre. Le groupe parlementaire UDC désignera ses candidats pour la course au Conseil fédéral. Il s’agira vraisemblablement d'un ticket à deux noms, composé d’un Romand et d’un Alémanique, a annoncé hier le président Toni Brunner. Lui-même n’est «définitivement» pas candidat. (TDG)

Créé: 28.10.2015, 22h53

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