Berset livre la mère des batailles sur les retraites

Assurances socialesLe Fribourgeois joue son bilan sur Prévoyance 2020. La dureté de la campagne est à la hauteur des enjeux.

Il reste moins de deux mois à Alain Berset pour convaincre les Suisses d'accepter Prévoyance 2020.

Il reste moins de deux mois à Alain Berset pour convaincre les Suisses d'accepter Prévoyance 2020. Image: Keystone

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Pour les étudiants, le mois de juin rime avec examen. Alain Berset a lui aussi passé son grand oral. Mardi à Berne, le conseiller fédéral a officiellement lancé la campagne en faveur de Prévoyance 2020. Une réforme cruciale pour l’avenir des retraites, dont le sort se jouera le 24 septembre dans les urnes.

«La nécessité de mener une réforme est incontestable et incontestée, a déclaré le Fribourgeois. Il faut agir et corriger le système par petits pas.» Dans un discours emprunt de solennité, il a ajouté que seul un vrai compromis pouvait convaincre le peuple et les cantons. «Il faut savoir donner pour recevoir en retour.» Allusion aux 70 francs censés faire passer la pilule de la retraite des femmes à 65 ans et de la baisse du taux de conversion, qui restent en travers de la gorge de la droite.

«Les buts que nous nous étions fixés sont atteints. On solidifie et stabilise l’AVS ainsi que la prévoyance professionnelle, et le niveau des rentes est garanti»

Mettant ses adversaires face à leurs responsabilités, Alain Berset a souligné la longue genèse de la réforme. «Il a fallu sept ans de travaux intensifs. En cas de non, on ne pourra pas simplement tout remettre sur la table et réaliser une nouvelle mouture en quelques mois.» D’autant plus que la situation du 1er et du 2e pilier se sera aggravée. «Les défis seront plus grands encore.»

Comme pour enlever l’étiquette de gauche qui colle à la réforme, il a répété qu’il s’agissait d’un projet du Conseil fédéral. «Les buts que nous nous étions fixés sont atteints. On solidifie et stabilise l’AVS ainsi que la prévoyance professionnelle, et le niveau des rentes est garanti.» Mais il prévient. «Ce ne sera pas la dernière réforme. Même en cas de oui, l’ouvrage devra être remis sur le métier.»

Le ministre de l’Intérieur a attendu que toutes les questions soient épuisées avant de stopper sa conférence de presse. Une conférence menée majoritairement en allemand. Le Fribourgeois sait qu’il doit convaincre sur ce dossier, notamment de l’autre côté de la Sarine, où les organisations économiques défendent farouchement le non. Une réussite marquerait d’une pierre blanche son passage au Conseil fédéral, après plusieurs échecs dans ce domaine.

Terrain miné

Mais Alain Berset avance en terrain miné, attaqué aussi bien sur sa gauche que sur sa droite. Au parlement, tout était pourtant clair. L’alliance de centre gauche a pu compter sur le soutien in extremis des Vert’libéraux pour faire passer la réforme, alors que le PLR et l’UDC ont tenté de la torpiller jusqu’à la dernière minute. Depuis, les fronts se sont fissurés. La gauche alternative s’est emparée du référendum, une fronde à laquelle participe le PS genevois. Le camp du non enregistre aussi ses défections. Les milieux agricoles ne voient pas la réforme d’un mauvais œil; quant aux milieux économiques romands, ils ont pris le contre-pied des faîtières nationales.

A cette cacophonie s’ajoutent des polémiques. La NZZ a accusé le Conseil fédéral de ne pas avoir tout dit des coûts futurs de Prévoyance 2020. La récente décision du gouvernement d’interdire le retrait du 2e pilier une fois l’âge de la retraite atteint entraînerait un surcoût annuel de 200 millions.

Auparavant, c’est le Blick qui avait mis le feu aux poudres avec ce chiffre: 30% des retraités touchent leurs rentes à l’étranger. Un scandale, selon la présidente du PLR, Petra Gössi, ce qui lui a valu de vives passes d’armes avec ses homologues du PDC et du PS. Etonnant pour un parti libéral de vouloir imposer le lieu de vie des gens. Sans oublier que si des rentiers étrangers décident d’écouler leurs vieux jours dans leur pays d’origine, c’est avec une retraite qu’ils ont payée en travaillant ici toute leur vie.

Des camps divisés et une campagne houleuse qui démarre sur les chapeaux de roue. La bataille s’annonce rude. Et l’été d’Alain Berset très chaud. (TDG)

Créé: 27.06.2017, 19h31

Prévoyance 2020, c’est quoi?

Objectif Cette réforme vise à assurer l’avenir des retraites. Confrontée à l’augmentation de l’espérance de vie, l’AVS nécessite des moyens supplémentaires, alors que la prévoyance professionnelle souffre de la mauvaise santé des marchés financiers.

Comment consolider Pour faire face aux défis du 1er pilier, le projet veut augmenter l’âge de référence des femmes à 65 ans. La retraite sera toutefois plus flexible avec un départ possible entre 62 et 70 ans, assorti d’un système de bonus-malus. L’objectif est aussi d’allouer une part supplémentaire de TVA. Pour soulager le 2e pilier, le taux de conversion sera abaissé de 6,8 à 6%, ce qui diminuera d’autant le niveau des rentes.

Comment compenser Pour assurer le maintien du niveau des rentes, le projet compense la baisse des revenus dans le 2e pilier par un bonus AVS de 70 fr. pour les nouveaux rentiers.

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