À Berne, Maillard s’en prend aux revenus des médecins

Coûts de la santéClash spectaculaire entre le conseiller d’État vaudois et Michel Matter, président de l’Association des médecins genevois.

Pierre-Yves Maillard lors de la Conférence nationale sur les coûts de la santé.

Pierre-Yves Maillard lors de la Conférence nationale sur les coûts de la santé. Image: Keystone

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Tout a commencé tranquillement. Normal, c’est Alain Berset qui tient le crachoir en ouverture de la Conférence nationale Santé2020 lundi dans l’immense Kursaal de Berne. Le président de la Confédération n’est pas connu pour ses coups de gueule mais plutôt pour ses discours lisses comme son crâne. Pourtant, même lui ne cache pas une certaine irritation face à l’explosion des primes maladie et «la situation intenable» pour les familles.

L’attaque en règle est partie d’ailleurs. De Genève et de Vaud. Lundi, les deux conseillers d’État chargés de la Santé, Mauro Poggia à la radio et Pierre-Yves Maillard à la Conférence nationale, ont trouvé les mêmes boucs émissaires: les médecins spécialistes et l’absence de leur volonté de limiter leurs revenus. Ce ne sont donc plus les assureurs qui sont montrés comme les seuls «méchants» du système.

Ce changement était perceptible lors du premier débat contradictoire de la conférence, qui réunissait différents acteurs de la santé. Le thème? L’introduction de plafonds financiers pour endiguer les coûts de la santé. Le conseiller d’État vaudois Pierre-Yves Maillard y croit dur comme fer. «C’est une solution simple et efficace. Assureurs et fournisseurs de soins négocient les tarifs des prestations. Mais, et c’est ça qui est nouveau, ils prennent en compte le volume des prestations. Si ces dernières dépassent l’enveloppe fixée, les tarifs baissent.»

Hors de question, lui répond Michel Matter, le président de l’Association des médecins du canton de Genève et membre du Comité central de la FMH. «Les plafonds financiers, c’est la porte ouverte au rationnement des soins et à une médecine à deux vitesses. Au nord de l’Allemagne, vous attendez 71 jours pour voir un cardiologue si vous êtes à l’assurance de base contre 19 si vous êtes en privé. En France, 100% des gynécologues sont en dépassement d’honoraires. Je ne peux pas concevoir sélectionner les patients.»

Maillard rétorque que les enveloppes financières existent partout ailleurs à l’État que ce soit pour les écoles, les transports publics, etc. «Pourquoi cela serait-il impossible pour la santé? D’autant plus que les hôpitaux genevois et vaudois pratiquent déjà avec succès un tel plafonnement des coûts.» Riposte de Matter. «Vous y arrivez parce que vous exportez vos prestations dans l’ambulatoire.» Et d’enfoncer le clou: «Non, les budgets globaux, cela ne marche pas. Je pense aux patients et aux gens qui souffrent».

Poggia et les chirurgiens millionnaires
C’est la phrase de trop. Pierre-Yves Maillard explose comme une grenade. «Arrêtez de jouer au défenseur de la veuve et de l’orphelin. Ce que vous défendez surtout, c’est votre salaire!»

Le conseiller d’État genevois Mauro Poggia, présent dans la salle, doit bien se gondoler. À la Radio romande, le matin même, il y allait aussi de son couplet sur les chirurgiens de la main qui s’estiment insuffisamment défrayés. «Ils ne doivent pas prendre les patients en otage pour dire qu’ils ne les opèrent pas. Il faut regarder les chiffres d’affaires de certaines professions. Je ne pense pas que les médecins soient à plaindre, en tout cas pas les spécialistes. Nous estimons les revenus des chirurgiens proches du million de francs au minimum.» Et d’ajouter la phrase qui tue: «Certains dans ce milieu disent même: «Si on ne gagne pas 1 million, c’est qu’on n’a pas réussi sa carrière.» Sur l’estrade, Maillard avertit les médecins qu’ils creusent leur propre tombe. «Si vous n’acceptez pas une modération des tarifs et continuez à cautionner des prix abusifs comme ce médecin en privé qui facture 9000 francs pour la pose de trois stents, soit deux heures de travail, vous le regretterez.» En gros, la population fera sauter l’obligation aux assureurs de rembourser tous les médecins.

Michel Matter ne se laisse pas impressionner par la menace. «Nous verrons bien en votation. Le peuple tient à la liberté du choix de son médecin. Il a aussi nettement refusé le système du managed care (soins intégrés) qu’on voulait lui imposer». Le blocage semble donc assuré. Un scénario qui fait frémir Alain Berset. Dans son discours aux participants, il déclarait: «Depuis des années, les coûts médicaux augmentent plus vite que les salaires. Ce n’est pas moi qui fais cette constatation aujourd’hui mais le Conseil fédéral qui l’affirmait déjà en… 1991.» La situation a empiré et désormais les primes maladie peuvent représenter dans certains cantons 18% du salaire disponible d’un ménage.

Pour Berset, il s’agit d’une faillite collective. Conseil fédéral, parlement, cantons, assureurs, hôpitaux, médecins et patients sont coresponsables de dysfonctionnements comme l’a d’ailleurs montré un récent rapport d’experts internationaux. 20% des traitements sont superflus. Mais très vite on retrouve le Berset typique, d’une prudence de Sioux face aux lobbies en embuscade (voir encadré). Pas question de désigner un coupable ou de décréter une mesure choc. Il promet cependant que le Conseil fédéral dévoilera des mesures prioritaires d’ici le printemps. (TDG)

Créé: 29.01.2018, 20h16

Les lobbies s'achètent le parlement

Ignazio Cassis a été élu au Conseil fédéral. Il a donc dû abandonner la présidence de Curafutura, le bras armé des grandes caisses d’assurance-maladie. Ces dernières allaient-elles se retrouver sans relais au cœur du parlement? Qu’on se rassure. Le remplaçant a été immédiatement trouvé. Il s’agit de Josef Dittli, conseiller aux États (PLR/UR). Il touchera 140'000 francs par année pour deux jours de travail par semaine. «Je ne me suis pas fait acheter», clame le nouveau président dans la «NZZ». On est parfaitement libre de le croire.

Le problème, c’est que Dittli siège comme par hasard dans la Commission de la santé des États. Là donc où s’élaborent les lois et les règlements qui touchent l’assurance-maladie. Dittli, en tout cas, aura de la compagnie. Comme le relève le magazine alémanique «Bilanz »dans sa dernière édition, les deux commissions parlementaires de la santé sont truffées d’élus avec un fil à la patte. On dénombre 90 mandats dans le domaine de la santé sur les 38 élus. Les caisses maladie, les hôpitaux, les patients, les instituts de recherche, les pharmas figurent en bonne place.

Beat Rieder, conseiller aux États PDC valaisan, souhaite qu’on cesse ces liaisons dangereuses, qui d’ailleurs concernent nombre d’élus de son parti. «Les parlementaires ne devraient pas accepter de nouveaux mandats importants qui sont en rapport avec la commission où ils siègent», déclare-t-il à «Bilanz». Il est douteux cependant qu’une telle proposition passe la rampe.

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