Berne n’interdit pas le Roundup malgré les craintes pour la santé

GlyphosateUne agence de l'OMS considère le célèbre désherbant comme probablement cancérigène. Le Conseil fédéral appelle au calme.

Image: Frank Mentha

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Il élimine les plantes sur lesquelles il est appliqué sans demander d’effort. Mais aujourd’hui, le glyphosate, commercialisé notamment sous la marque Roundup, est au cœur d’une polémique. A fin mars, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l’Organisation mondiale de la santé, l’a classé parmi les «cancérogènes probables», provoquant la colère de Monsanto, qui exige que la transparence soit faite sur la manière dont l’étude du CIRC a été menée.

Mais la bombe Roundup était lancée. Les interventions se multiplient pour l’interdire. La France a annoncé la fin de sa vente en libre-service dès 2016. En Suisse, ces dernières semaines, une série d’interventions ont été déposées par les socialistes et les Verts, qui se demandent si «l’Administration ne tient pas davantage compte des intérêts de l’industrie agrochimique que de la sécurité de la population». Greenpeace, les Médecins en faveur de l’environnement et la Fédération romande des consommateurs ont lancé à la mi-mai une pétition exigeant une interdiction.

Commercialisé depuis 1975 par Monsanto, le glyphosate est aujourd’hui le désherbant le plus utilisé au monde. En Suisse, il se trouve dans plus de 70 produits. Il est autorisé, mais ne peut être employé sur les surfaces imperméables afin d’éviter le ruissellement. Faut-il aller plus loin et l’interdire? Dans un avis rendu vendredi, le Conseil fédéral estime que cela n’est pas nécessaire.

Conforme aux normes

Selon lui, le glyphosate répond aux exigences de protection de l’environnement et n’est classé dans les substances cancérogènes ni en Suisse ni en Europe. «Il a été évalué plusieurs fois au cours des dernières années par différentes autorités et par des comités d’experts nationaux et internationaux», détaille l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG). Et d’ajouter que le CIRC ne disposait pas de nouvelles études pour le déclassifier. «Nous attendons la publication du rapport complet pour savoir comment il arrive à ces conclusions», précise Olivier Felix, responsable du secteur protection durable des végétaux.

300 tonnes par année

Trois cents tonnes de glyphosate ont été vendues dans notre pays en 2013. Par mesure de précaution, Coop et Migros l’ont retiré de leurs rayons en mai. Les habitudes sont-elles en train de changer? Dans l’agriculture, l’herbicide est employé dans des procédés culturaux sans labour (qui préservent le sol), pour lutter contre des mauvaises herbes particulières comme le chiendent ou encore sous les lignes de vigne.

«On ne peut pas comparer notre utilisation à celle de pays où les OGM sont autorisés», plaide le conseiller national Guy Parmelin (UDC/VD), également viticulteur. La majorité des semences transgéniques tolèrent en effet le glyphosate, ce qui permet de pulvériser les cultures. En Suisse, tant les OGM que l’usage du glyphosate peu de temps avant la récolte sont interdits.

Espaces verts prudents

Les CFF en consomment environ 2 tonnes par an pour traiter quelque 3000 kilomètres le long des voies. «Nous le faisons avec le plus de retenue possible, là où c’est nécessaire pour des questions de sécurité», précise le porte-parole Jean-Philippe Schmidt. Le but est d’éviter que la végétation pousse devant des feux de circulation ou des indications de sécurité, mais l’entreprise cherche des alternatives.

Les responsables des espaces verts adoptent le même ton. La Ville de Lausanne, qui n’en utilise plus guère, a prévu de renoncer dès 2016 à tout emploi dans les parcs, les cimetières et à l’établissement horticole. Genève annonce une consommation de quelques litres par année. Si les mauvaises herbes sont enlevées mécaniquement, la renouée du Japon résiste à cet arrachage. «C’est une plante invasive et, selon les directives cantonales, nous devons tout mettre en œuvre pour la combattre, conclut Cédric Waelti, porte-parole du Département de l’environnement urbain et de la sécurité. Mais nous faisons des recherches pour y arriver avec des méthodes naturelles. Nous nous attendons aussi à ce que, tôt ou tard, le glyphosate soit interdit.» (TDG)

Créé: 22.06.2015, 22h40

Plantes résistantes

A cette polémique s’ajoute le problème de la résistance au glyphosate. Dans les pays où il est le plus utilisé, le produit n’a plus d’effet sur une trentaine de mauvaises herbes, précise l’OFAG. Les Etats-Unis seraient les plus touchés. Selon la NZZ am Sonntag, environ 24 millions d’hectares de terre y ont été attaqués par les super-mauvaises herbes. Il faut dire que l’utilisation du glyphosate a explosé avec les plantes génétiquement modifiées, qui y sont tolérantes. En Suisse, les OGM sont interdits. Mais une graminée, la raygrass d’Italie, a aussi développé une résistance. Le phénomène, constaté pour la première fois en 2013, concerne trois parcelles de vigne dans la région d’Aubonne. «Pour éviter cela, il faut alterner les matières actives, précise Olivier Félix, de l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG). En l’occurrence, aucune substance n’a le rayon d’action du glyphosate: il faut donc en mélanger plusieurs.» C.Z.

«C’est du glyphosate?»

«Les agriculteurs ne peuvent pas utiliser le glyphosate sans formation, mais ce n’est pas le cas des particuliers», note Jacques Bourgeois, conseiller national (PLR/FR) et directeur de l’Union suisse des paysans. Comment les privés manient-ils les herbicides? «Rien que dans les villes, leur usage est important. On en retrouve dans nos rivières et nos lacs», regrette Jean-Pierre Pralong, responsable du secrétariat romand de la fondation pour la pratique environnementale Pusch. Selon lui, les particuliers sont toujours plus sensibles à ces questions. Mais, trop souvent, ils connaissent mal les traitements, en emploient trop ou les manient sans protection.

Aux jardins familiaux de Villars, à Genève, deux femmes expliquent avoir renoncé au glyphosate, qu’elles utilisaient notamment pour éliminer des ronces sur un chemin. «J’ai entendu que cela pouvait poser problème, raconte l’une d’elles. Maintenant, j’emploie de l’eau chaude… Et de l’huile de coude.» Ici, on préfère le bio. «Comme ça, on sait ce qu’on mange!» s’exclame José. «On récolte ce qui pousse, c’est tout», renchérit Jean-Jacques.

Quelques plates-bandes plus loin, un jardinier tient le même discours. Mais lorsqu’on lui demande comment il élimine les mauvaises herbes entre les dalles, il sort un spray. «C’est du glyphosate? Je ne savais pas! Je l’utilise de façon exceptionnelle, et pas dans le jardin même. J’ai essayé de mettre des cailloux, cela ne marche pas. J’ai vu des personnes brûler les mauvaises herbes, mais ils vident des bonbonnes de gaz sans réussir à éliminer les racines.»

La Fédération genevoise des jardins familiaux précise sur son site Internet que les herbicides sont interdits dans les jardins. A Lausanne, l’association des jardins familiaux les déconseille «vivement». Selon son président, Jean-Marie Brodard, les produits phytosanitaires sont «beaucoup trop» consommés. «Nous avons dû intervenir certaines années, car des produits coulaient dans des jardins voisins. Nous essayons de sensibiliser les gens… Mais on ne peut pas changer les habitudes d’un coup de baguette magique.»

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