Dans la Berne fédérale, un tampon hygiénique et un fossé politique

Grève des femmesLa grève des femmes suscite l’enthousiasme à gauche. À droite, on se montre réservé voire, hostile à l’UDC. Reportage.

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«D’habitude on range, aujourd’hui on dérange». Vendredi à 9h30, la Valaisanne Margot est encore un peu seule avec sa pancarte sur la place Fédérale. Mais soudain un cortège d’une centaine de femmes, issues du milieu culturel, fait irruption. Elles chantent, elles sifflent et l’une d’elles brandit un calicot: «Les tampons ne sont pas un produit de luxe».

Un autre groupe débarque tenant justement un énorme ballon gonflable sous forme d’un tampon usagé. Des rires joyeux fusent. Au premier rang, sous le ballon, quatre femmes et un homme. Un intrus? Pas du tout. Le conseiller national Jacques-André Maire (PS/NE) n’a certes pas de problèmes de règles. Mais il ne s’en tamponne pas pour autant. Il a déposé une motion qui demande que le taux de TVA pour les produits hygiéniques féminins baisse de 7,7 à 2,5%. «La motion a été acceptée par le Conseil fédéral et le Conseil national, se réjouit-il. Aujourd’hui, nous remettons une pétition de 11'400 signatures pour que le Conseil des États suive le mouvement.»

On pénètre sous la Coupole. Le contraste est total. Autant la place Fédérale était lumineuse et bruyante, autant la lumière dans le Palais est tamisée et l’ambiance feutrée. Dans les annexes du Conseil national s’entassent des piles de journaux du jour provenant de toute la Suisse. La grève des femmes barre la une de presque tous les titres. Seule la «NZZ» met l’échec du Gripen en nouvelle principale.

Au Conseil national, le fossé politique est marquant. À gauche, tous les élus arborent un vêtement ou un signe violet. À droite, la sobriété habituelle règne. Le conseiller national PS Beat Jans porte carrément un bandana violet. «Grotesque», lâche une huile PLR dans la salle des pas perdus.

La présidente du Conseil national, Marina Carobbio (PS/TI), et sa vice-présidente Isabelle Moret (PLR/VD), arborant un foulard violet, suspendent la séance vers 11 h pour aller saluer les femmes grévistes. Elles descendent les marches du Palais et sont rejointes par la conseillère fédérale Viola Amherd, qui porte un haut violet. Le trio, suivi d’une cohorte d’élues de gauche, sort sur la place Fédérale. Des milliers de femmes, arrivées entre-temps, leur font un triomphe. Applaudissements, cris, rires, la foule chavire de bonheur. «Toutes ces femmes, c’est un signal énorme pour l’ensemble de la population», commente, ravie, la conseillère nationale Isabelle Chevalley (Vert’lib/VD). «C’est bien plus intense que je ne pensais», déclare Marina Carobbio. «Il est temps d’abolir les discriminations hommes/femmes.» Isabelle Moret se dit très touchée de voir autant de monde. Elle estime que le combat des femmes dépasse le clivage gauche-droite.

Pourtant, à l’intérieur du Palais, il y a des élus qui n’en peuvent plus de ce «cirque». Comme Barbara Steinemann (UDC/ZH), qui ne s’estime pas discriminée, ni représentée par cette «grève de gauche». «Leur revendication pour quelques centimes en moins sur les tampons, c’est ridicule. Le vrai problème, ce sont les violences faites aux femmes qui émanent souvent d’étrangers à la culture patriarcale.» Céline Amaudruz ne s’associe pas non plus à la grève. «Je préfère travailler et défendre les femmes au parlement et dans mon quotidien», confie l’élue UDC genevoise.

À midi, la place Fédérale se transforme en grande kermesse politique. Le conseiller national Corrado Pardini (PS/BE) grille des burgers derrière son tablier rouge où on peut lire: «Sans les femmes, pas de révolte». Plus l’après-midi avance, plus la foule se densifie et plus les clameurs s’élèvent. À 17h, la place Fédérale déborde de partout. En Suisse, il n’y a pas à dire, on fait surtout la grève après le boulot.

Créé: 14.06.2019, 22h26

«C’est un signal énorme pour l’ensemble de la population»



Isabelle Chevalley, conseillère nationale Vert’lib/VD

«Je préfère travailler et défendre les femmes au parlement»



Céline Amaudruz, conseillère nationale UDC/GE

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