Benoît Genecand, nouvel ennemi public des Verts

PortraitOpposant acharné aux initiatives des écologistes, le PLR genevois est aussi un amoureux de la nature. Paradoxe?

Pour Benoît Genecand, l’action de l’Etat doit se résumer à poser un cadre.

Pour Benoît Genecand, l’action de l’Etat doit se résumer à poser un cadre. Image: Paolo Battiston

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Tiré à quatre épingles dans les couloirs du Palais fédéral; en mode baba cool, les écouteurs vissés sur les oreilles, au bord du Rhône. Il y a quelque chose de déroutant chez Benoît Genecand. Le conseiller national PLR genevois est à la fois un ex-banquier et un amoureux de la nature.

Ces dernières semaines, on l’a vu partout à Berne. Au front pour contrer «Economie verte», il était aussi sur le podium mardi pour fustiger l’initiative «Pour une sortie programmée du nucléaire». Il a même servi d’alibi libéral à l’UDC lors du lancement du référendum contre la Stratégie énergétique 2050. Une année après son entrée sous la Coupole, le Genevois se taille l’image d’ennemi public No 1 des Verts.

«Ce n’est pas un rejet de l’écologie», corrige-t-il tout de suite. Celui qui, à 52 ans, est déjà quatre fois grand-père ne veut pas laisser une planète «bousillée» aux générations futures. Mais, selon lui, l’Etat n’est pas toujours la meil­leure solution pour arriver au but fixé. «Avec la Stratégie énergétique, on se lance dans une politique industrielle pour promouvoir les énergies renouvelables. Et tout cela sur le dos des gens.»

Libéral pur sucre

Pour ce libéral pur sucre, l’action de l’Etat doit se résumer à poser un cadre. Il prend l’exemple du CO2. «La taxation des émissions de gaz carbonique, c’est la meilleure solution pour améliorer la santé de la planète. Un vol pour Barcelone, ça ne peut pas coûter 20 francs, quand on connaît l’impact sur l’environnement.» Il met toutefois une condition: tout le monde doit jouer le jeu.

Autant l’esprit de Benoît Genecand tourne vite lorsqu’on parle de politique, autant il se calme lorsqu’on évoque ses loisirs. Il assume sans problème un côté casanier. «J’adore marcher. J’ai même rallié Berne depuis Genève. Quand on marche, on a une vraie notion des distances. Une notion qui se perd avec l’avion. On va d’un bout à l’autre de la planète, sans coûts, sans effet.» Son dernier vol remonte d’ailleurs à 2006, si on met de côté un petit tour au-dessus des Alpes. Etonnant? «Ce qui est étonnant, c’est que, dans notre société, il est plus facile d’avouer qu’on se convertit au bouddhisme que de dire qu’on ne prend plus l’avion.»

Aller à contre-courant, Benoît Genecand assume. «Je déteste les consensus mous où tout le monde est d’accord, sans se demander si on dilapide ou non l’argent des citoyens.» Et de fustiger le soutien aux grands barrages, qu’il avait qualifié de «débile» au parlement.

Provocateur? «J’aime le côté «fun» du débat. On a besoin d’oxygène au fond de l’étang.» Il ne s’offusque pas lorsqu’on le qualifie d’anarchiste. «Je suis d’accord, si c’est dans le sens d’être sceptique sur le rôle de l’Etat.»

«Je ne fais pas de la politique en ayant en tête ma réélection»

Pour comprendre cette liberté de ton, un détour par ses origines est nécessaire. Fils d’un boulanger PDC – qui a été un des premiers à poser des panneaux solaires en France voisine, sourit-il –, Benoît Genecand est entré très tard en politique. C’était en 2008 à Genève pour la Constituante. Il adhère au PLR en 2012, soit après la fusion des libéraux et des radicaux. Ce libre-penseur n’a pas envie de perdre du temps dans une politique politicienne: «Je ne fais pas de la politique en ayant en tête ma réélection.»

Durant son passage au Grand Conseil genevois, il n’a déposé aucune proposition. Et il n’a aucune intention de le faire au National. «Je me vois comme un joueur de fond de court. Mon rôle, c’est de renvoyer les projets qui ne vont pas.» Dans sa bouche, les balles, ce sont toutes ces idées gourmandes en temps ou en argent que les autres déposent. Critiquer et ne rien proposer, ce n’est pas un peu facile? «Au contraire, nous sommes peu à le faire.»

Electron libre

Parfois électron libre, Benoît Genecand se défend de tout manque de loyauté envers son parti. «Sur les thèmes financiers, je suis la ligne du PLR.» Quitte à fâcher certains collègues qui estiment que l’agriculture ou la recherche devraient être épargnées par la rigueur budgétaire. «C’est vrai, parfois je me sens plus proche des Alémaniques.»

Pourrait-il s’acoquiner avec l’UDC? «Sur toutes les questions de société, je suis à l’opposé de ce parti. Mais je ne fonctionne pas par ostracisme.» Celui qui s’est retrouvé assis entre Christoph Blocher et Albert Rösti, président de l’UDC, pour contrer la Stratégie énergétique rappelle qu’il a aussi pris la défense du loup. «Sur ce dossier, j’étais allié avec Silva Semadeni (PS/GR), présidente de Pro Natura.» (TDG)

Créé: 19.10.2016, 08h24

Non à une sortie précipitée du nucléaire

Les partis bourgeois font front contre l’initiative des Verts, soumise au vote le 27 novembre. En débranchant de manière précipitée trois des cinq centrales nucléaires à partir de 2017, la production indigène d’électricité diminuerait de 15%. Cela correspond à la consommation de 1,6 million de ménages, estime le comité de droite. Se passer de l’atome menacerait la sécurité de l’approvisionnement. Cela entraînerait une hausse massive des importations et une dépendance accrue envers l’étranger, estime le comité qui parle d’une solution «hypocrite». La Suisse devrait s’approvisionner auprès des centrales à charbon allemandes ou des centrales nucléaires françaises, mettant à mal le bilan écologique du pays. Autre possibilité: tirer son électricité du gaz, qui provient principalement de Russie. En se tournant vers cette source énergétique, il serait plus difficile d’atteindre les objectifs en matière d’émissions de CO2, arguent les opposants.

Par ailleurs, en limitant la durée de vie des centrales pour des motifs purement politiques, les exploitants pourraient réclamer des dommages-intérêts de plusieurs milliards, coûts qui devraient être pris en charge par les contribuables.

L’initiative des Verts «Pour la sortie programmée de l’énergie nucléaire» veut débrancher les centrales nucléaires après 45 ans et remplacer le courant qu’elles produisent par des énergies renouvelables. Si le peuple dit oui, Beznau I devrait être arrêtée l’année prochaine, tout comme les centrales de Beznau II et de Mühleberg. Gösgen devrait être arrêtée en 2024 et Leibstadt en 2029.

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