L’avocat au Maroc de Kevin Z. demande le report de son procès

TerrorismeL’un des Suisses poursuivis pour le meurtre de deux touristes scandinaves doit comparaître ce jeudi à Rabat.

Cérémonie en souvenir des victimes scandinaves devant la cathédrale de Rabat

Cérémonie en souvenir des victimes scandinaves devant la cathédrale de Rabat Image: Keystone

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Le Genevois Kevin Z. se présentera ce jeudi devant la Cours antiterroriste de Salé, près de Rabat, au Maroc. Et il ne sera pas seul. À ses côtés, 23 coaccusés soupçonnés d’être impliqués dans le viol, le meurtre et la décapitation de Louisa Vesterager Jespersen et de Maren Ueland, dans la nuit du 16 au 17 décembre 2018, à Imlil. La Danoise et sa camarade norvégienne avaient planté leur tente au pied du Toubkal, le plus haut sommet d’Afrique du Nord, pour deux mois de randonnée dans l’Atlas.

Mais l’avocat de Kevin Z., Saad Sahli, est déterminé à obtenir le report du procès. «Je n’ai eu accès au dossier complet de l’accusation qu’il y a quatre jours. Auparavant, tout était placé sous le secret de l’instruction. Il est essentiel, pour défendre mon client, de connaître les déclarations des autres accusés. Je vais maintenant pouvoir préparer sa défense en recherchant les contradictions, les déclarations de chacun…» explique-t-il. L’homme de loi est le seul défenseur de Kevin Z. car son avocate genevoise n’a pas eu l’autorisation de le défendre au Maroc, faute de convention judiciaire avec la Suisse.

Liens avec les meurtriers

Contrairement aux quatre principaux accusés marocains, Kevin Z. n’est pas soupçonné d’avoir directement participé aux meurtres «mais il connaissait les auteurs. Ensemble, ils ont visionné des films de propagande de Daech. Il était en contact avec un opérationnel de Daech en Syrie via la messagerie Telegram. Cet homme, qu’il avait rencontré en Suisse, lui faisait passer des vidéos de décapitations», avait expliqué à ce journal le directeur du Bureau central d’investigation judiciaire (BCIJ) marocain, Abdelhak Khiame, début janvier.

Surtout, il aurait envisagé d’autres actions djihadistes contre les services de sécurité marocains ou des touristes. «Il a amené certains membres à s’entraîner au tir dans un champ avec des cartouches à blanc et a même recruté des Subsahariens avec lesquels il projetait de rejoindre les branches de Daech au nord du Mali», selon Abdelhak Khiame. Autant d’accusations qui placent Kevin Z. sous le coup de la loi antiterroriste marocaine adoptée en 2003, suite aux attentats meurtriers de Casablanca, et renforcée à plusieurs reprises. L’aboutissement dramatique d’une vie chaotique.

Mère espagnole, père suisse

Né à Genève, dans un milieu populaire d’une mère espagnole et d’un père suisse, il multiplie les frasques dès sa prime adolescence. Quand il entre pour la première fois dans le centre de détention pour mineurs La Clairière, en 2006, il n’a que 12 ans. Délinquant récidiviste, il sera condamné à plusieurs reprises pour infraction à la loi sur les stupéfiants, vol, cambriolage, dommages à la propriété, agression et même violence conjugale.

C’est là, au centre de détention pour mineurs, en 2008, qu’il lit le Coran et découvre l’islam. Il se convertira trois ans plus tard à la mosquée du Petit-Saconnex au contact de deux imams français convertis qui seront plus tard expulsés pour leurs propos appelant à la haine. En parallèle, il accède à l’assurance invalidité pour ses troubles psychologiques.

L’émir, tête pensante

En 2015, il décide de partir vivre dans un pays musulman et opte pour le Maroc. Après avoir recherché en vain une école coranique dans le sud du royaume, il s’installe à Marrakech.

«Par la suite, il s’est rapproché d’un imam qui officie dans une mosquée anarchique dans la banlieue de Marrakech. C’est là qu’il est entré en contact avec l’émir de la cellule djihadiste impliquée dans l’assassinat des deux étudiantes. C’est d’ailleurs ce même émir qui a décapité l’une des deux victimes», a pu établir Abdelhak Khiame.

L’émir en question est Abdessamad el-Joud, dont le procès commence également ce jeudi. Tête pensante de la petite cellule djihadiste, il avait déjà été condamné à 13 mois de prison au Maroc pour avoir tenté de partir combattre en Syrie.

Tous les proches de Kevin Z. assurent que le jeune homme, depuis, s’était rangé et avait renoncé à tout discours djihadiste. Marié au Maroc et père d’un petit garçon, il rentre en Suisse le 15 décembre 2018 avec sa femme et son fils. «Ils y sont restés jusqu’au 19 décembre. Ils voulaient renouveler des papiers pour qu’ils puissent continuer à venir en Europe», souligne la mère de Kevin. En retournant au Maroc aussi rapidement, Kevin Z. ne se doutait visiblement pas de ce qu’il risquait. Il a été arrêté par la police dix jours plus tard.

Le 11 avril, la justice marocaine avait déjà condamné Nicholas P., autre citoyen suisse et connaissance de Kevin Z., à 10 ans de prison pour participation à une association terroriste, apologie du terrorisme et non-dénonciation de crimes. Son avocat a depuis fait recours.

Créé: 01.05.2019, 19h56

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