L’avocat de Claude D. fustige l’internement à vie

LivreMe Loïc Parein publie des réflexions critiques alors que l’audience d’appel approche.

Après le jugement du 24 mars, à la sortie du tribunal, à Renens: Me Loïc Parein, avocat de l'homme qui tué Marie Schluchter. Il vient de publier un livre sur l'internement à vie à la suite du procès.

Après le jugement du 24 mars, à la sortie du tribunal, à Renens: Me Loïc Parein, avocat de l'homme qui tué Marie Schluchter. Il vient de publier un livre sur l'internement à vie à la suite du procès. Image: PHILIPPE MAEDER

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A peine sorti de l’arène du procès d’une des plus dramatiques affaires de l’histoire criminelle vaudoise, l’avocat de Claude D. se livre publiquement. Me Loïc Parein, défenseur commis d’office du récidiviste qui a assassiné Marie Schluchter, 19 ans, en mai 2013, vient de publier Le premier jour du condamné aux Editions de l’Hèbe.

L’avocat vaudois âgé de 33 ans raconte les pensées qui l’ont habité pendant les douze jours qui se sont écoulés entre sa plaidoirie et le jugement. Qu’est-ce qui le hantait? La perspective de voir son client subir l’internement à vie, cette institution voulue par le peuple en 2004. Elle assure que le condamné reste à jamais enfermé, sauf si une percée scientifique laisse entrevoir une nouvelle possibilité de traitement psychiatrique. Aucun espoir de sortie, contrairement aux autres dispositions du Code pénal. Claude D. n’y a pas échappé le 24 mars dernier face au Tribunal criminel de la Broye et du Nord vaudois.

Le non des Vaudois

Me Loïc Parein était pourtant persuadé que la mesure la plus sévère de la législation du pays ne serait pas prononcée: «A la veille du verdict, la confiance me gagne. Mais je cherche naïvement des signes positifs dans le déroulement de la journée. Je me souviens soudain que le canton de Vaud a voté contre l’initiative pour l’internement à vie. A une courte majorité, mais contre quand même. Le seul canton au côté de Bâle-Ville», écrit-il.

Il était même confiant. «Je suis convaincu que le tribunal parviendra à la conclusion que l’internement à vie est contraire aux engagements internationaux de la Suisse, ce qui le conduira à renoncer à cette sanction. Si un tribunal ne veille pas au respect des droits fondamentaux, qui le fera?» En réalité, les juges ont refusé de se prononcer sur la question des accords internationaux.

Me Parein assure qu’il n’a pas écrit une «plaidoirie après la plaidoirie». Mais n’est-ce pas plutôt une «plaidoirie avant la plaidoirie», celle qu’il prononcera devant la Cour pénale du Tribunal cantonal, lors de l’audience d’appel programmée les 1er et 2 septembre? Il s’en défend: «Le tribunal a convoqué la volonté populaire pour justifier son jugement. Je souhaite m’adresser à cette opinion publique pour lui dire qu’elle n’a en réalité pas été respectée. L’internement à vie a en effet été prononcé alors que les conditions votées n’étaient pas réunies.»

Peu avant le procès, la justice avait nommé, aux côtés de Me Parein, une deuxième avocate d’office, la combative genevoise Yaël Hayat. L’homme de loi vaudois a-t-il voulu, au moyen de son livre, montrer qu’il reste le fer de lance de la défense? Il réfute. Depuis le procès de mars, il prépare l’au­dience d’appel avec sa consœur. Ce qui le frappe surtout personnellement, c’est «l’esprit de vengeance» qui a entouré le procès. Il a reçu des commentaires virulents visant Claude D.: «Il ne méritait pas un procès. La peine de mort sans jugement… ce n’est pas un être humain… c’est un animal.»

Ni «diable» ni «monstre»

On dit aussi de Me Parein qu’il est «l’avocat du diable», ou «l’avocat d’un monstre». Il n’entre tout simplement pas en matière: «Monstre ou diable, ces expressions sont des signaux d’alarme annonçant une dynamique d’élimination de celui qui n’est alors plus un hom­me. Il est pourtant question de justice.» Une dynamique également dénoncée, dans la postface du livre, par Robert Badinter. «Nos sociétés ont refusé la justice d’élimination», assène l’homme qui a obtenu l’abolition de la pei­ne de mort en France. (TDG)

Créé: 21.06.2016, 17h43

Dossiers

Réactions entre le silence et l'approbation

La publication de ce livre, à deux mois de l’audience d’appel, provoque des réactions contrastées. L’avocat de la famille de Marie Schluchter, Me Jacques Barillon, n’a pas lu l’ouvrage et ne fait aucun commentaire. Le procureur général, Eric Cottier, entend rester sur le terrain strictement judiciaire: «Je suis bien sûr au courant de la publication de ce livre, que je n’ai pas lu. Ce n’est pas un élément du dossier de la cause. Dans la phase séparant le jugement de première instance de l’audience d’appel, il n’appartient à coup sûr pas au Ministère public, astreint à un certain devoir de réserve, d’émettre quelque appréciation que ce soit sur une prise de position publique d’un avocat d’une des parties. Le procès doit se faire devant la Cour, et non dans les médias.» Est-il juste, pour un avocat, de publier ses pensées sur une procédure qui n’est pas terminée? Pour la bâtonnière des avocats vaudois, Me Antonella Cereghetti, la démarche se justifie dans ce cas: «Me Parein part d’un événement qui a été suivi attentivement par le public pour prendre position sur l’internement à vie qui est un vrai problème sociétal et politique. Sa démarche me paraît compréhensible dans le contexte de cette affaire hypermédiatisée. Le fait de revenir sur ce procès en lui donnant du sens ne me choque pas.» Me Cereghetti ne croit pas que cette publication peut influencer la procédure: «La prise de position de Me Parein ne va pas surprendre les juges d’appel. Il s’agit plutôt d’un échange d’idées assez musclé.» PH.M.

Le premier jour d’un condamné
Loïc Parein, postface de Robert Badinter
Les Editions de l’Hèbe, 158 p.

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