«L’avenir de l’humanité mérite que la loi soit dépassée»

JusticeLes avocats de la défense ont livré une partition à l’unisson pour demander l’acquittement des douze activistes du climat.

L'ancien bâtonnier Me Christian Bettex fait partie des douze avocats qui défendent gratuitement les activistes.

L'ancien bâtonnier Me Christian Bettex fait partie des douze avocats qui défendent gratuitement les activistes. Image: Keystone

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Treize voix différentes pour une même plaidoirie. Ce mercredi matin, à Renens, pour la reprise du procès des douze activistes du climat jugés pour une action dans les locaux de Credit Suisse fin 2018, c’est à un exercice un peu particulier que se sont livrés les treize avocats qui les défendent: une longue plaidoirie en forme de polyphonie argumentaire.

Pour comprendre, il faut rappeler que les treize avocats sensibles à la cause, parmi lesquels des ténors du barreau, ont accepté de défendre les jeunes militants gratuitement, pro bono. L’armada, dont les conclusions déposées en une fois valent pour l’ensemble des prévenus, défend ainsi plus l’action des activistes qu’un militant particulier.

«Nous devrions les protéger, pas les juger»

L’ancien bâtonnier Christian Bettex ouvrait les feux. Contrairement à ses confrères qui ont chacun plaidé autour d’un thème spécifique, ce dernier a ratissé large, dressant un vaste et sombre tableau de la situation. Louant les activistes pour leur courage et la prise de conscience que leurs actions devraient provoquer dans l’opinion avant qu’il ne soit trop tard, l’homme de loi s’étonne presque de leur présence sur le banc des accusés. «Nous devrions les protéger, pas les juger.»

Les autres chapitres de la plaidoirie se sont articulés autour de grandes thématiques. Celui de Me Marie-Pomme Moinat s’est notamment concentré sur les dangers liés au réchauffement climatique. «Certains seront ravis de boire un jus d’orange local en terrasse à Lausanne un 31 décembre en prenant des comprimés contre la malaria», ironisait l’avocate, avant d’agiter le spectre des conflits que ne manqueront pas de causer les quelque 280 millions de réfugiés climatiques annoncés, qui devront bien être déplacés quelque part.

«La Suisse est hors la loi»

En assénant que ce n’est pas une violation de domicile (l’une des infractions retenues) mais bien l’avenir de l’humanité qui se joue, Me Charles Munoz proposait une variation sur le même thème. «Dans certaines circonstances, la loi doit être dépassée. Et qu’est-ce qui le mérite plus que l’avenir de l’humanité?»

De leur côté, Mes Aline Bonard et Raphaël Mahaim ont fustigé la place financière helvétique, «septième pollueur mondial» pour investir à coups de milliards dans l’exploitation des énergies fossiles. Mahaim: «La Suisse et avec elle sa place financière sont hors la loi. Elles ne respectent pas le cadre contraignant des Accords de Paris, dont les règles ont la même valeur que les lois nationales. Ce constat n’est pas militant, il est juridique.»

Plainte pas recevable?

Dans ce vaste argumentaire, la question de la désobéissance civile, principe au cœur du dossier, n’a évidemment pas été oubliée. Rappelant les fauchages de maïs OGM de José Bové, «trois fois blanchis», ou convoquant l’image de Rosa Parks, Afro-Américaine, icône du mouvement des droits civiques pour avoir refusé de céder sa place à un Blanc dans le bus en 1955, Me Irène Wettstein, soulignant le courage des militants, interroge la Cour: «Ces jeunes méritent-ils d’être sanctionnés? Ils ont violé un domicile, mais on viole leur planète!»

Tendant à prouver l’état de nécessité licite, qui justifie une action illégale sous certaines conditions, Me David Raedler s’est attelé à démontrer que toutes les conditions étaient réunies: le danger est imminent et les atteintes à un bien juridique collectif – le climat – comme individuels – la vie - sont avérées.

Beaucoup plus formel, Me Olivier Boschetti considère de son côté que la plainte de la banque n’est pas recevable. La raison? «La procuration fournie par la banque pour le dépôt de la plainte pour violation de domicile doit être assortie de deux signatures de personnes inscrites au Registre du commerce. Or une ne l’est pas!»

Respectant l’usage, les prévenus ont eu le dernier mot. Parlant au nom de tous les militants, une jeune femme s’est adressée à la Cour. «L’urgence n’est pas à venir, elle est là! À quand une prise de conscience de la justice? Le monde du droit doit se remettre en question. Ce système qui nous vole notre jeunesse est à réformer.» Verdict lundi prochain.

Créé: 08.01.2020, 19h13

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