Audacieux pari d'un hôtelier à Martigny

IntégrationDeux employés sur trois de ce 3 étoiles souffrent de handicap mental.

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«Pardon, je n’ai pas bien compris. Pourriez-vous répéter plus lentement?» nous demande le serveur du bar, un brin gêné. On s’exécute: «Un café, un expresso décaféiné et une eau gazeuse, s’il vous plaît.» Rassuré, il va préparer les consommations, sous l’œil attentif d’une collègue. Nous serons servis un peu moins vite qu’ail­leurs. Mais avec le grand sourire de Johnny en prime.

Ce jeune Valaisan est l’un des trente collaborateurs handicapés du Boutique Hôtel de Martigny, un trois-étoiles supérieur de 52 chambres, qui ouvre ses portes aujourd’hui. Instigatrice du projet, la Fondation valaisanne en faveur des personnes handicapées mentales (FOVAHM) a mis les bouchées doubles pour construire en un an et demi ce bâtiment devisé à près de 15 millions de francs (lire ci-contre). A la tête de l’établissement, Bertrand Gross, un Valaisan de 37 ans de retour au pays après avoir vécu dix ans au Pérou. «Oser mettre les personnes les plus vulnérables au centre de la société, c’est exceptionnel», apprécie ce professionnel du tourisme.

Tous sont volontaires

Les trente employés «intégrés» – sur un effectif total de 44 personnes – sont répartis en six équipes, placées chacune sous la responsabilité d’un maître socioprofessionnel (MSP). Deux s’activent en cuisine, deux autres au service, les deux dernières effectuant le nettoyage et la mise en place des chambres. A terme, quatre ou cinq handicapés accompliront le travail d’un professionnel. Au restaurant, une équipe parviendra ainsi à gérer les 6 à 8 tables que prend en charge un serveur. «On n’y est pas encore tout à fait, note Bertrand Gross. Mais la formation se passe très bien.»

L’enthousiasme se lit sur les visages. «Tous ont été volontaires pour rejoindre l’hôtel. Pour eux, travailler constitue le plus beau moment de leur journée», confie le directeur. A la blanchisserie, dix personnes handicapées travaillent en compagnie de leur MSP, Béatrice Dorsaz, et de deux lingères. «Nous avons dû adapter nos pratiques en fonction des besoins de l’hôtel, qui est notre principal client, indique la responsable. Le pliage des serviettes, par exemple, exige une grande précision, ce qui représente beaucoup d’efforts.» En passant, elle corrige gentiment le geste d’une employée rayonnante.

Cette belle aventure humaine ne constitue pas moins un défi économique, souligne Bertrand Gross en nous faisant pénétrer dans l’une des deux «junior suites» du dernier étage. «C’est un vrai hôtel, qui devra être rentable», souligne le directeur. Au­cune subvention étatique n’est attendue. Le Boutique Hôtel devra même faire face à des charges supplémentaires, engendrées par sa mission d’intégration. S’ils sont tous au bénéfice d’une rente complète de l’assurance-invalidité, les collaborateurs handicapés recevront en effet un montant correspondant à leur travail. «Nous pouvons le faire grâce à des partenariats intéressants conclus avec nos fournisseurs. L’engouement pour ce projet est incroyable.»

Un vrai supplément d’âme

Reste donc à attirer suffisamment de clients pour faire tourner le onzième hôtel de Martigny. A 160 francs pour une nuit en chambre double, petit-déjeuner inclus. Malgré la crise du franc fort qui pénalise le tourisme, Bertrand Gross y croit dur comme fer. Il entend miser sur la clientèle d’affaires et les séminaires régulièrement organisés dans la région.

Et l’objectif social de l’établissement? L’hôtelier n’en fera pas un argument de marketing, mais pense qu’il sera bénéfique. «On critique souvent la qualité de l’accueil en Suisse. Ici, les sourires sont naturels et communicatifs. Côtoyer des personnes handicapées mentales a quelque chose de très apaisant.» Un vrai supplément d’âme.

(TDG)

Créé: 01.10.2015, 08h11

Une première en Suisse romande

Le Boutique Hôtel de Martigny constitue une première en Suisse romande. Outre-Sarine, plusieurs hôtels ont des collaborateurs en situation de handicap. «Mais jamais en si grand nombre. Et ce sont surtout des personnes souffrant de difficultés psychiques ou d’apprentissage», souligne Jean-Marc Dupont, directeur de la FOVAHM.

L’institution compte plusieurs ateliers protégés dans tout le Valais romand, occupant 360 personnes handicapées mentales. Elles y fabriquent notamment des biscuits et des confitures, qui sont désormais en vente à l’hôtel de Martigny.

Ce projet d’envergure aura coûté 14,8 millions de francs. La FOVAHM a obtenu le crédit bancaire nécessaire en complétant ses 6 millions de fonds propres par un prêt sans intérêt de la promotion économique valaisanne et un crédit hôtelier. S’y ajoute un parrain de cœur, Léonard Gianadda, qui a offert les affiches et les reproductions d’œuvres qui ornent les 52 chambres de l’établissement.

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