Attaque frontale de Pro Natura contre les pesticides agricoles

AgricultureUne affiche enflamme la controverse sur les produits chimiques. Mais la discorde va bien au-delà des produits phytosanitaires.

L'affiche accusatrice de Pro Natura provoque la fureur des milieux agricoles.

L'affiche accusatrice de Pro Natura provoque la fureur des milieux agricoles. Image: Florian Cella

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Un tracteur qui épand des produits chimiques au bord d’un ruisseau et l’inscription «Beaucoup de rivières sont polluées par des pesticides agricoles». Les affiches de Pro Natura apparues depuis quelques jours sur nos murs sont éloquentes et désignent clairement les coupables. Tout comme le dossier dénonçant l’«agriculture industrielle» dans le dernier numéro de Pro Natura Magazine. De fait, les échanges de courriers acides ont déjà commencé entre l’Union suisse des paysans (USP) et l’association de protection de l’environnement.

«Nous sommes surpris par cette attaque de Pro Natura, réagit Jacques Bourgeois. C’est un affront pour les familles de paysans.» Le directeur de l’USP est d’autant plus choqué que le dialogue n’a jamais été rompu avec Pro Natura et que les dirigeants des deux associations se rencontrent régulièrement. «Avec un tracteur sur l’affiche, le message est très clair», poursuit le conseiller national (PLR/FR). Qui rappelle au passage que les mesures de revitalisation des cours d’eau interdisent tout épandage d’engrais chimiques ou naturels et de pesticides aux abords des ruisseaux.

«Nos eaux ne vont pas bien»

Selon Nicolas Wüthrich, porte-parole romand de Pro Natura, cette campagne n’est pas dirigée contre les paysans mais contre l’agriculture intensive. «Nous voulons informer le public que, contrairement à une idée reçue, nos eaux ne vont pas si bien que ça.» En outre, il s’agit de défendre la politique agricole actuelle (PA 2014-2017), «qui est attaquée de toutes parts», et de faire pression sur le Conseil fédéral, qui doit présenter cet été un plan d’action contre les produits phytosanitaires (PPh).

«Les critiques de Pro Natura font peu de cas des efforts des paysans pour employer de manière plus ciblée pesticides et engrais»

«Nous voulons remettre en cause un système aveugle de production intensive qui se poursuit et que l’on veut même renforcer.» Nicolas Wüthrich fait ainsi allusion à l’initiative «Pour la sécurité alimentaire» lancée par l’USP, qui demande un accroissement de l’approvisionnement en denrées issues d’une production indigène diversifiée et durable. «Nous sommes étonnés par la réaction de l’USP, qui préfère présenter les paysans comme des victimes plutôt que de se demander pourquoi il y a tant de pesticides dans la nature.»

Se remettre en question

Pour Pro Natura, le fait que les conditions de production soient parfois pires à l’étranger ne dispense pas la Suisse de se remettre en question. «Beaucoup de pays, ainsi que l’Union européenne, ont renforcé leur législation, explique Nicolas Wüthrich. La Suisse ne fait plus figure d’élève modèle.» Selon l’association écologiste, le système actuel tend vers plus d’intensification. «Les incitations au niveau fédéral doivent pousser à la baisse de la consommation de PPh», ajoute le porte-parole, qui préconise une agriculture moins intensive.

«Les critiques de Pro Natura font peu de cas des efforts des producteurs pour respecter l’environnement et utiliser de manière beaucoup plus ciblée pesticides et engrais», réagit Jacques Bourgeois. Et de souligner que l’agriculture a déjà amorcé un virage vers l’extensification. «Tout est question d’équilibre, la PA 2014-2017 prévoit des contributions pour la biodiversité et le paysage, et ce dispositif fonctionne bien.» D’ailleurs, une analyse de l’institut Agroscope présente des conclusions nuancées concernant l’emploi des PPh dans l’agriculture (lire ci-contre).

Le directeur de l’USP souligne aussi que les paysans n’évoluent pas dans un milieu hors sol: ils sont tributaires des prescriptions légales et des conditions environnementales, sociales mais aussi économiques. «Les familles d’agriculteurs doivent pouvoir vivre de leur production, elles sont sensibles à la préservation de l’environnement et au bien-être de leurs animaux.» La production verte? D’accord, mais il y a déjà eu surproduction de lait bio par le passé. «Il faut aussi que les consommateurs suivent et soient prêts à payer davantage.»

Entre deux feux

Chez Pro Natura, on admet que les paysans sont pris entre deux feux, avec les partisans de l’ouverture des frontières aux produits agricoles et d’une baisse des prix d’une part et les défenseurs de l’environnement et d’une production durable d’autre part. «L’USP veut produire plus, mais elle doit réaliser que l’agriculture suisse ne sera jamais concurrentielle par rapport à des nations comme la Russie ou le Canada», conclut Nicolas Wüthrich.

Pour Jacques Bourgeois, une augmentation de la production est inévitable vu l’évolution démographique: «Mais il ne s’agit pas d’intensifier à tout va. Au contraire, nous menons des réflexions au sein de notre association en vue d’une intensification plus durable, plus respectueuse de l’environnement. D’ailleurs, des recherches agronomiques sont aussi menées dans cette direction.» (TDG)

Créé: 23.05.2016, 08h27

L'élevage dans le collimateur

Outre l’usage des produits phytosanitaires, Pro Natura critique dans son magazine la consommation de viande en Suisse. Chaque année, quelque 70 millions d’animaux sont abattus (dont 66 millions de poules, de canards, d’oies ou de dindons), auxquels s’ajoutent près de 100'000?tonnes d’importations. «La consommation de viande est toujours encouragée en Suisse, alors que sa production n’est écologiquement pas favorable», affirme Nicolas Wütrich, porte-parole de l’association.

Pour autant, Pro Natura n’est pas totalement opposée à l’élevage. Sans cette activité, les régions de montagne et les pâturages seraient en grande partie recouverts de forêts et de broussailles, reconnaît-elle. Et il n’y a pas de méthode plus efficace pour transformer l’herbe en protéines animales que de recourir à des vaches, des moutons ou des chèvres. «Il faut faire un choix entre un élevage extensif et les usines à viande qui engraissent des animaux ultrasélectionnés avec des aliments concentrés importés», martèle Nicolas Wüthrich, porte-parole de Pro Natura.

De son côté, l’Union suisse des paysans (USP) souligne que la production de viande est sévèrement réglementée en Suisse. A des coûts que tous les consommateurs ne sont pas prêts à payer. «Nous serions heureux d’élever tous nos animaux en plein air, dans des conditions idéales, mais ce n’est pas possible pour toutes les espèces aux prix du marché», fait remarquer Jacques Bourgeois.

La guerre des chiffres

Le Conseil fédéral devrait présenter cet été un plan national d’action contre les pesticides. Alors que des voix s’élèvent depuis plus d’une décennie contre ces produits phytosanitaires (PPh), il a fallu attendre 2012 pour que le gouvernement réponde à un postulat demandant qu’une telle stratégie soit élaborée. Au préalable, l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) a été chargé d’établir un inventaire des mesures déjà prises.

Même si d’aucuns jugent cette procédure bien lente, le rapport de l’OFAG recèle quelques comparaisons avec l’étranger qui nuancent les affirmations de Pro Natura. Avec 4,5 kilos de pesticides par hectare, la Suisse utilise 87% de plus de PPh que l’Autriche, 65% de plus que l’Allemagne et 15% de plus que la France. Ce, en prenant en compte uniquement les surfaces agricoles actives, sans les pâturages. Mais une analyse plus fine réalisée par Agroscope sur mandat de l’OFAG montre que, si la culture céréalière suisse consomme plutôt moins de PPh qu’en Allemagne, c’est la fruiticulture et la viticulture qui font grimper les statistiques. L’institut conclut donc que l’affectation des surfaces agricoles joue un rôle important dans la vente et, partant, la consommation de pesticides en Suisse.

De son côté, Pro Natura oppose d’autres chiffres, ceux de la hausse des ventes entre 2006 et 2013: 13% pour les fongicides et 40% pour les insecticides. Seuls les herbicides enregistrent une baisse de 1% durant cette période.

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