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SecretAsile: l'étrange accord de la Suisse avec l’Éthiopie

Berne a conclu avec Addis-Abeba un accord inédit de réadmission des requérants déboutés, avec l'aide des services secrets éthiopiens.

Alors que la situation humanitaire en Ethiopie est jugée catastrophique, le nombre de renvois forcés augmente.
Alors que la situation humanitaire en Ethiopie est jugée catastrophique, le nombre de renvois forcés augmente.

La Suisse a conclu début mars un étrange «deal» avec l’Éthiopie dans le domaine de l'asile. Berne, qui n'a pas d'accord de réadmission pour les requérants éthiopiens déboutés, s'est en effet jointe à un accord secret entre l'Union européenne (UE) et ce pays de la Corne de l'Afrique, révèlent le Tages-Anzeiger et le Bundjeudi.

L'UE a en effet négocié en toute discrétion en décembre dernier un accord avec Addis-Abeba qui lui permet les expulsions forcées des ressortissants éthiopiens. Dans la balance: les milliards d'euros du fonds d'aide européen. L'accord a été conclu fin janvier. Hic: ni le Parlement européen, ni le public n'ont été informés. Contrairement à la Suisse qui a suivi ces négociations depuis le début, expliquent les journaux.

Accord depuis début mars

Berne est même impliquée depuis le début du mois de mars dans cet accord. Une information confirmée par le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) qui écrit: «A l'occasion du dialogue politique avec l’Éthiopie du 1er mars 2018, il a été décidé que l'accord entre l'UE et l’Éthiopie s'appliquera également à la Suisse.»

Cet accord n'est pas un accord de réadmission en soi, mais il a le même effet, précisent les journaux alémaniques qui ont pu le lire. La procédure de «retour volontaire et involontaire» des ressortissants éthiopiens en séjour irrégulier en Europe y est réglementée dans les moindres détails.

Avec les services secrets éthiopiens

Reste que le contenu de l'accord est explosif, soulignent le Tages-Anzeiger et le Bund. Car il prévoit une étroite collaboration entre les autorités migratoires européennes et les services secrets éthiopiens (NISS). Des services dont les pouvoirs sont grands, connus en outre pour violer les droits humains et persécuter les opposants au régime, critiquent Amnesty International et Human Rights Watch.

Concrètement, l'accord conclu prévoit que si la Suisse veut expulser un requérant éthiopien, les autorités helvétiques devront envoyer toutes les données en leur possession aux services secrets éthiopiens. Et si celles-ci s'avèrent insuffisantes, Berne pourra amener le requérant à l'ambassade d’Éthiopie à Genève qui décidera si la personne est éthiopienne ou non. La Suisse pourra même faire venir un fonctionnaire du NISS directement d'Addis-Abeba pour ces entretiens.

Accord problématique

Du côté d'Amnesty International, on s'étonne du rôle central donné au NISS et on estime que cette coopération aussi étroite avec les services secrets d'un État répressif est à la fois «extraordinaire» et «problématique». Car Addis-Abeba, connu pour ses activités d'espionnage d'envergure, pourra ainsi facilement obtenir des informations sur les activités politiques de ses opposants en exil.

Pour le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) en revanche, cet accord «ouvre à la Suisse la perspective d'améliorer la situation dans le domaine de l'exécution des expulsions». Il faut dire que l'Éthiopie figure depuis des années sur la liste noire des États non coopératifs du SEM. Selon les statistiques, plus de 1500 Éthiopiens sont engagés dans un processus d'asile en Suisse. Quelque 300 expulsions sont en attente.

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