L’Arabie saoudite devient-elle un partenaire gênant pour la Suisse?

Exportation d'armesLe Conseil fédéral somme Pilatus de cesser ses activités avec Riyad. L’interdiction fait suite à plusieurs autres mesures.

Pilatus ne doit plus s’occuper de la maintenance des PC-21 des Forces aériennes saoudiennes, sur ordre du DFAE.

Pilatus ne doit plus s’occuper de la maintenance des PC-21 des Forces aériennes saoudiennes, sur ordre du DFAE. Image: KEYSTONE/URS FLUEELER

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«Pilatus analysera la portée de cette décision et la commentera en temps utile.» Ne vous détrompez pas, la réaction laconique du constructeur d’avions helvétique est à l’opposé de la bombe lancée ce mercredi par le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Il donne nonante jours à l’entreprise pour cesser toutes ses activités en Arabie saoudite et dans les Émirats arabes unis. Il accuse Pilatus de ne pas l’avoir dûment informé de ses activités.

En 2017, Pilatus concluait un contrat de maintenance pour la flotte de PC-21 des Forces aériennes saoudiennes. L’entreprise estimait alors avoir les autorisations nécessaires puisqu’il s’agissait d’un renouvellement de contrat passé en 2014 et qu’elle avait reçu le feu vert du SECO.

L’analyse n’est pas la même pour le DFAE. Il faut dire qu’en trois ans les choses ont changé puisque Riyad est actif dans la guerre au Yémen. Le Conseil fédéral, bien sûr, ne le dit pas comme tel, mais le DFAE constate «que les activités de Pilatus dans ces pays ne sont pas compatibles avec les objectifs de la politique étrangère de la Suisse».

Dénoncé au Ministère public

L’entreprise a-t-elle fauté? La justice tranchera puisque le Conseil fédéral l’a dénoncée auprès du Ministère public de la Confédération. Mais derrière cette bataille d’arguments se dessine surtout une nouvelle appréciation des relations avec l’Arabie saoudite. Si le Conseil fédéral tape du poing sur la table, c’est parce qu’il se trouve sous une double pression: interne et externe.

«Je suis profondément convaincu que l’initiative de correction – déposée mardi – a joué un rôle», réagit Carlo Sommaruga (PS/GE), qui soutient ce texte qui veut empêcher la Suisse de vendre des armes à des pays en conflit interne ou qui ne respectent pas les droits de l’homme. «Ce texte a un écho extrêmement important auprès de la population et des politiques, poursuit le conseiller national. Le Conseil fédéral essaie sans doute de déminer le passage, en faisant un pas vers les buts de notre initiative, mais sa décision montre surtout que la pression est en train de porter ses fruits.»

Le gouvernement avait déjà fait marche arrière en novembre, en stoppant l’exportation de pièces de rechange d’armes vers l’Arabie saoudite. Plus récemment, on apprenait qu’Ueli Maurer, président de la Confédération, renonçait à sa visite officielle à Riyad. , L’affaire Kashoggi, du nom de ce journaliste mort dans des conditions dramatiques à l’intérieur du consulat d’Arabie saoudite en Turquie, n’est pas non plus étrangère à ces décisions.

«Marcher sur des œufs»

Car la pression externe est indéniable dans ce dossier. «C’est surtout le contexte international qui a changé, explique le sénateur Olivier Français (PLR/VD). La tension monte entre les États-Unis et l’Iran. On voit en parallèle les volontés expansionnistes de l’Arabie saoudite. Des armes vendues comme défensives sont désormais utilisées dans les conflits.»

Riyad est-il devenu un partenaire gênant? «Encombrant», corrige Hasni Abidi, spécialiste du monde arabe. Pour lui, la Suisse a attendu que des grandes puissances haussent le ton avant d’agir. «Elle s’est rendu compte qu’en tant que dépositaire des Conventions de Genève, la vente d’armes dans un pays qui ne respecte pas les droits de l’homme, ça devenait contre-productif.»

Pour François Nordmann, ancien ambassadeur, le Conseil fédéral signe surtout un retour à la normale. «Il prend conscience que l’Arabie saoudite est en guerre, et que ce n’est pas compatible avec la politique des droits de l’homme. Il profite d’une occasion pour corriger la décision prise quelques années plus tôt par ce même collège de vendre des armes dans ce pays.»

Mais le Conseil fédéral ne coupe pas pour autant les ponts avec Riyad. Car à l’image d’Olivier Français et Hasni Abidi, François Nordmann rappelle que la Suisse marche sur des œufs dans ce dossier. Berne représente en effet les intérêts de l’Iran en Arabie saoudite, de l’Arabie saoudite en Iran. Et pour compliquer la donne, également ceux des États-Unis en Iran.

Créé: 26.06.2019, 21h57

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