Apprendre à gérer ses sous commence dès l'âge de 6 ans

EducationLes Alémaniques croient davantage que les Romands aux vertus éducatives de l’argent de poche. Une première étude révèle les contours de cette pratique hautement sensible.


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Combien faut-il donner d’argent de poche? Et à partir de quel âge? Doit-on fixer des règles pour l’usage de ce précieux pécule? Aucun parent ou presque n’échappe à ces questions, ô combien sensibles. Pour la première fois, une étude de grande ampleur a été réalisée en Suisse, par Credit Suisse et Pro Juventute. Avec quelques résultats très étonnants. Et tout d’abord l’existence d’un Röstigraben, dont l’ampleur a véritablement surpris les spécialistes de Pro Juventute.

La tradition de l’argent de poche est en effet davantage ancrée dans les mœurs outre-Sarine, et cela dès l’entrée à l’école primaire. Certains enfants reçoivent un petit pécule dès l’âge de 6 ans. Et à 8 ans la plupart des Alémaniques ont leur argent de poche. En Suisse romande en revanche, l’argent de poche reste une exception à l’école primaire. Il ne se généralise chez les enfants qu’à partir de 12 ans. Et encore: presque 30% des Romands n’en reçoivent pas du tout – une proportion qui chute à 10% outre-Sarine.

Une question de valeurs
L’explication est à trouver du côté des principes éducatifs des parents. En Suisse alémanique, plus de 90% d’entre eux font de l’apprentissage à l’argent un objectif fort de l’éducation. Et l’argent de poche est considéré comme une expérience indispensable. En Suisse romande, on y est un peu moins sensible. Seuls 62% des parents en font quelque chose d’important dans l’éducation. Ce que les parents souhaitent transmettre à leurs enfants? Trois choses: que l’argent ne tombe pas du ciel, qu’il ne faut pas vivre au-dessus de ses moyens, mais surtout qu’il n’y a pas que l’argent dans la vie.

Chez les personnes modestes, l’éducation financière est jugée comme primordiale, au contraire des familles aisées qui misent davantage sur la réussite et la culture générale. Enfin, les parents de droite sont plus attachés à l’apprentissage de l’argent que ceux de gauche!

Un apprentissage progressif
A 6 ans, les parents estiment que les petits peuvent comprendre à quoi sert l’argent. A 7 ans, ils sont jugés aptes à faire leurs premiers achats. A 8 ans, de disposer à leur guise de leur argent de poche. Deux ans plus tard, les parents leur laissent même disposer comme ils l’entendent de l’argent reçu à Noël ou aux anniversaires. Quant à la carte de crédit, elle n’est autorisée qu’à partir de 16 ans.

Les montants, eux, restent modestes. Pour les plus petits, 1 franc par semaine. A 10 ans, les enfants obtiennent en moyenne 14 francs par mois. Mais un quart des parents alémaniques, un tiers des Romands et 40% des Tessinois allouent plus de 20 francs par mois à leurs enfants. Un ado de 14 ans touche en moyenne 48 francs par mois. Curieusement, les filles touchent leur argent de poche un peu plus tard que les garçons. Mais globalement, elles ne sont pas défavorisées: entre 9 et 13 ans, elles touchent même 2 francs de plus.

La plupart des enfants peuvent disposer de cette somme à leur convenance. Mais seuls 17% d’entre eux dépensent tout leur argent à travers des achats spontanés. La grande majorité en met une partie de côté, sans véritable objectif d’épargne en vue. Parmi les motifs d’économie les plus fréquents, l’achat d’un appareil électronique, de Lego ou d’un deux-roues.

Ni un salaire ni une récompense
En matière d’argent de poche, les parents – et surtout les pères – se réfèrent beaucoup à leur propre expérience personnelle. Les mères sont davantage sensibles aux conseils éducatifs. La situation financière des familles joue un rôle. Mais à revenus équivalents, les parents d’origine étrangère sont les plus généreux.

L’argent de poche est-il un dû ou une récompense? Un dû, répondent deux tiers des parents, qui ne le lient pas à une quelconque prestation. L’argent de poche est vu comme un moyen de s’entraîner à gérer son argent, et non pas comme une monnaie d’échange. Pour la majorité des parents, les tâches domestiques n’ont d’ailleurs pas à être rémunérées. Ils rechignent également à récompenser financièrement les bons résultats scolaires. Tout comme les punitions passent très rarement par le porte-monnaie. Les montants sont jugés beaucoup trop faibles pour que leur suppression puisse avoir un véritable effet.

Les premières dettes
Et que faire si l’argent de poche ne suffit pas? Un problème qui se pose lorsque les enfants grandissent. Seule la moitié des parents refuse d’allouer une rallonge. Les 30% ouvrent leurs porte-monnaie en fixant des conditions, comme une tâche supplémentaire à effectuer. 13% accordent un crédit, et ancrent ainsi très tôt chez leurs enfants le principe de l’endettement. Quant aux 8% restants, ils délient leur bourse sans sourciller.

Un apprentissage indispensable

Depuis 7 ans, Pro Juventute fait de l’initiation à l’utilisation de l’argent un des points forts de son engagement éducatif, avec des soirées d’information pour les parents, ou encore de la documentation. L’institution estime que c’est un moyen de lutter contre l’endettement des jeunes. «L’argent de poche est un formidable outil qui permet aux enfants de faire leurs premiers pas dans la gestion de leur argent. Ils réalisent que tous les souhaits ne peuvent pas être immédiatement concrétisés, relève Kathia Wiesendanger, sa directrice. En inculquant à leurs enfants des compétences financières, les parents jouent un vrai rôle de modèle et les influencent. Mais l’école a elle aussi son importance: c’est là que les enfants peuvent comparer avec d’autres enfants la façon dont ils gèrent leur argent.»

Pas une récompense

Si l’argent de poche permet aux enfants de comprendre à quoi sert l’argent tout court, il n’est pas lié à l’accomplissement d’une tâche familiale - débarrasser la table ou ranger sa chambre. De la même manière, il ne sert pas à récompenser les enfants ou à la sanctionner. La plupart des parents estiment que punir un enfant en le privant d’argent de poche ne fonctionne pas: les montants en jeu ne sont pas assez importants pour avoir un quelconque effet dissuasif. (TDG)

Créé: 12.07.2017, 22h51

Vos témoignages

Véronique Berthet-Conconi: «Nous n’avons jamais donné d’argent de poche. Qui dit argent de poche dit plus rien dès que le pécule est dépensé»

Anita Schmid Pouly: «Mes fils ont reçu de l’argent de poche à 12 ans. On double l’âge, ça fait 24 francs. Et cela jusqu’à la fin de la scolarité obligatoire. Ensuite, un budget à gérer, avec fringues, repas à midi, etc.»

Kateryna Gans: «J’ai toujours eu de l’argent de poche. Parfois peu, parfois plus. J’ai appris à économiser.»

Pamela V.: «Mon fils a bientôt 11 ans et n’a jamais eu d’argent de poche. Il en reçoit parfois à son anniversaire. Et en fonction de ses résultats en fin d’année scolaire. On avait fait ça avec moi et ça m’a bien motivée.»

Sandra Burger: «Pour que notre fils de 7 ans puisse comprendre gentiment la valeur de l’argent, nous allons instaurer des tâches à faire à la maison. Et si,
à la fin de la semaine, elles ont été accomplies, il recevra 1 franc.
Ça lui permettra d’avoir de l’argent de poche pour les vacances.»

Gladys Safa: «C’est bien d’en avoir un peu et de l’augmenter avec l’âge s’il comprend bien la gestion. Après on peut lui donner l’argent des vêtements par exemple et vers 12 -15 ans, lui apprendre à tenir son budget. Ainsi à 18 ans, il ne court pas les crédits!»

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