L’ancienne usine de Chavalon aux petits soins intensifs

Vouvry (VS)L'Usine qui appartient pour un petit quart aux SIG rêve toujours de brûler du gaz pour faire de l'électricité.

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La société Centrale Thermique de Vouvry (CTV SA), dont l’actionnariat regroupe divers partenaires de la branche dont les Services industriels de Genève, envisage de construire une usine à cycle combiné au gaz naturel sur le site de Chavalon. Le projet, s’il venait à être réalisé, «représenterait une production annuelle de 2 à 3 milliards de kilowattheures, correspondant aux besoins en électricité d’environ 500 000 ménages. Son coût global serait de l’ordre de 700 millions», indique Jean-François Pilet, directeur du projet. Centrale thermique au fuel, Chavalon a été construite en 1965 et a coûté 215 millions. Les activités ont pris fin pour absence de rentabilité (prix du marché trop élevés) en 1999.

L’assainissement du site, qui se trouve sur les hauts de Vouvry, à 825 m, est nécessaire pour opérer la transition. Depuis 2009 déjà, diverses interventions en ce sens ont été diligentées. Des équipes spécialisées sont intervenues pour traiter les deux chaudières, des citernes et des canalisations. Des opérations considérables de désamiantage à l’intérieur de l’usine ont été opérées. «Rien que pour chaque chaudière, nous avons découpé et évacué 120 km de tuyauterie», précise Nicolas Rist, géologue chez BG Conseils, en charge du projet d’assainissement.

L’impression visuelle est saisissante, et pas seulement grâce au point de vue imprenable sur la vallée du Rhône. De la salle des machines à celle des commandes en passant par les chambres «mortes», les bureaux et autres locaux désaffectés, les arcanes désossés projettent le visiteur dans un film de science-fiction… des années 1980.

Les opérations d’assainissement se poursuivent donc depuis lundi et dureront quatre mois. Elles concernent les quatre tours de refroidissement, visibles loin à la ronde. Une poignée d’ouvriers s’affairent sur place pour démonter leur intérieur, de même que leurs parois externes, truffées de kilomètres de plaques de fibre ciment de type Eternit (contenant de l’amiante fortement aggloméré). Chaque jour, un camion évacue les composants extraits vers une décharge spécialisée. Seule leur ossature perdurera et servira pour la future centrale à cycle combiné au gaz naturel, si elle voit le jour. Le projet de construction prévoit en effet de réutiliser ces tours de refroidissement, recouvertes d’un nouveau revêtement. Mais ce n’est pas pour demain…

De nombreux obstacles

L’avenir de la future centrale est en effet quelque peu obscurci. Tout d’abord, des procédures administratives sont en cours devant le Tribunal fédéral pour obtenir le droit de construire à la fois un gazoduc, destiné à alimenter la centrale en combustible, et une ligne électrique à très haute tension pour acheminer le courant produit. Récemment, l’instance fédérale a débouté sur un autre dossier les concepteurs, qui voulaient obtenir des droits d’émissions de CO2 dans l’atmosphère. Au niveau valaisan, le Tribunal cantonal doit encore valider le permis de construire communal.

Par ailleurs, les concepteurs du projet font face à une situation conjoncturelle défavorable: les prix de l’électricité sur le marché aujourd’hui sont très bas. Or la plupart des grandes centrales hydrauliques et au gaz naturel ne sont plus rentables à cause de leurs coûts de production largement supérieurs. Plusieurs projets de production européens du même type sont actuellement gelés. «Nous allons nous donner trois à quatre ans de réflexion avant de nous déterminer sur l’avenir de la future centrale», conclut Jean-François Pilet.

Créé: 19.11.2015, 10h54

Et si on tirait la prise?


C’était au tournant du siècle. Cela fait désormais quinze ans que les automobilistes allant et revenant du Valais ne voient plus la fumée sortir des quatre tours de refroidissement de l’ancienne centrale thermique de Chavalon. Construite sur un alpage à chèvres, l’usine fut une hérésie financière qui perdait quelque 14 millions de francs par an sur la fin. Une hérésie écologique aussi.

Car, si en 2000 on parlait bien peu de changement climatique, nul doute que brûler du mazout de la raffinerie Tamoil en contrebas ne devait pas faire grand bien à la couche d’ozone.

«A choisir, on préfère encore les utopies éoliennes ou solaires d’un Christian Constantin»

Depuis, Chavalon a connu d’autres destinées. On y a stocké le chanvre que Bernard Rappaz utilisait illégalement pour garnir ses fameux «coussins thérapeutiques». Les curieux visitent l’endroit tel le témoin révolu d’un secteur secondaire en décrépitude dans le Chablais. Et les photographes comme Matthieu Gafsou ou Martin Becka se délectent de son architecture soviétique dans la mouvance d’un postindustriel devenu à la mode.

Mais d’autres lui revoient un véritable avenir électrique. Une centrale à gaz pour assurer la transition énergétique postnucléaire. Une solution transitoire devisée à quelque 700 millions de francs. Auxquels il faut ajouter le coût du désamiantage. Et surtout l’idée pour le moins passéiste à quelques jours de la COP21 de compenser les émanations de CO2 par des certificats de droit à polluer. A choisir, on préfère encore les utopies éoliennes ou solaires d’un Christian Constantin.

Reste la portée symbolique de ce site désaffecté. Les contours de cette beauté monstrueuse d’acier et de béton, véritable musée à ciel ouvert, comme pour nous rappeler que, si renoncer au nucléaire est désormais incontournable, on avance décidément bien peu dans le domaine des solutions alternatives. En la matière, l’usine à idées est en manque cruel de carburant politique.

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