En un an, l’aide aux pédophiles romands a fait ses preuves

PréventionOuvert il y a une année, l’Espace Dis No est venu en aide à dix abuseurs potentiels. Un bilan jugé encourageant

François Boillat, fondateur de l’Espace Dis No, à Monthey, et sa collaboratrice Lisa Ancona sont à l’écoute des personnes ayant des tendances pédophiles mais qui ne sont pas passées à l’acte.

François Boillat, fondateur de l’Espace Dis No, à Monthey, et sa collaboratrice Lisa Ancona sont à l’écoute des personnes ayant des tendances pédophiles mais qui ne sont pas passées à l’acte. Image: CHANTAL DERVEY

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Prévenir les actes pédophiles en s’adressant aux abuseurs potentiels plutôt qu’aux enfants. C’est l’approche novatrice suivie par l’Espace Dis No, une structure créée en avril 2014 à Monthey (VS). Elle cherche à atteindre un public largement ignoré jusqu’ici en Suisse romande: les personnes préoccupées par des fantasmes ou des pulsions sexuelles concernant des enfants, sans jamais être passées à l’acte. Et qui veulent demander de l’aide avant qu’il ne soit trop tard.

En un an, dix individus troublés par de tels penchants ont pris contact avec l’Espace Dis No. Neuf hommes et une femme. Huit de ces demandes ont pu être traitées par e-mail ou par de brèves conversations téléphoniques. Les deux autres ont nécessité un dialogue plus poussé, allant jusqu’à une rencontre en face à face. «Ces gens vivent de vraies souffrances, explique François Boillat, cheville ouvrière du projet. Nous les écoutons et les orientons vers des thérapeutes pouvant les prendre en charge.» Un réseau qui s’étoffe peu à peu, d’un canton à l’autre.

«Déjà une réussite»

Le bilan de ces douze premiers mois d’activité fait encore état d’une trentaine de demandes d’informations émanant de professionnels et du grand public. Des débuts encourageants, selon l’association valaisanne Dis No, qui a créé cet espace de soutien après avoir lutté pendant vingt ans contre les diverses maltraitances infligées aux enfants. Ses responsables tablaient sur des résultats légèrement supérieurs, sur la base de travaux similaires menés à l’étranger. «Mais si un seul passage à l’acte a pu être évité, c’est déjà une réussite», estime Christophe Bornand, chef du Service vaudois de protection de la jeunesse (SPJ). Pour ce spécialiste, la démarche de Dis No complète les mesures préventives existantes contre la pédophilie et correspond à un besoin. Vaud soutient d’ailleurs financièrement le démarrage de l’expérience, tout comme l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS).

«La demande ira en augmentant, prédit la psychologue vaudoise Thérèse Cuttelod, membre du comité pluridisciplinaire qui accompagne le projet. Pour les personnes concernées, il est très délicat d’appeler à l’aide. Cela prendra du temps.» Franchir le pas en n’ayant jamais rien fait de répréhensible, c’est déjà admettre que l’on a un sérieux problème, confirme François Boillat. Médiateur autodidacte, il tient avec une collègue la permanence téléphonique. «Tous nous disent la même chose. Si leur entourage apprend ce qui les amène à nous, socialement ils sont morts.» La plus stricte confidentialité est donc respectée. Seule exception possible: le cas où une personne avouerait au répondant avoir déjà abusé d’un enfant. Elle serait alors dénoncée à la justice.

Les ados aussi

«La pédophilie est une addiction. On ne peut pas en guérir, mais on peut viser l’abstinence en apprenant à contrôler ses pulsions au jour le jour», relevait l’an dernier le psychologue genevois Philip Jaffé, en saluant l’ouverture de l’Espace Dis No. D’où l’intérêt d’agir suffisamment tôt pour éviter le premier passage à l’acte. Le hic, c’est que certains groupes cibles – en particulier les adolescents – s’avèrent très difficiles à atteindre. «Nous allons essayer de corriger le tir en collaborant avec des institutions destinées aux jeunes et en diffusant nos informations sur des sites Internet», indique François Boillat.

Peut-on vraiment, avant même l’âge adulte, nourrir des pensées d’ordre sexuel impliquant des enfants? «Oui, soutient le responsable. Il y a quelques jours, j’ai répondu à une dame inquiète à propos de son fils de 15 ans. Il semble plus attiré par les petites filles que par les jeunes de son âge.» Ce phénomène, connu et documenté, est souvent lié au manque d’estime de soi et au sentiment d’isolement, selon Thérèse Cuttelod. Un suivi thérapeutique adapté peut alors être entrepris, avec de bonnes chances de succès. (TDG)

Créé: 28.06.2015, 17h41

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