«Améliorer l’embauche des séniors, c’est un casse-tête»

ChômageUne initiative veut unifier le taux de cotisation LPP pour aider les aînés sur le marché de l’emploi. Une idée qui reste difficile à appliquer.

L'association Workfair 50+ a lancé mardi à Berne la récolte de signatures pour son initiative qui demande un taux unique de LPP.

L'association Workfair 50+ a lancé mardi à Berne la récolte de signatures pour son initiative qui demande un taux unique de LPP. Image: Keystone

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On évalue à 60 000 le nombre de travailleurs âgés qui sont à l’aide sociale. Pour les seniors, la recherche d’un emploi peut rapidement se transformer en parcours du combattant. Une initiative veut changer la donne. La récolte des signatures a été lancée ce mardi à Berne.

Le but du texte est simple. Les initiants veulent un taux unique de cotisations au deuxième pilier (LPP) – évalué entre 12,5 et 13% – quel que soit l’âge de l’assuré, et ce dès 18 ans. Un véritable changement de paradigme. Actuellement les cotisations débutent dès 25 ans, et elles progressent avec l’âge: 7% de 25 à 34 ans, 10% de 35 à 44 ans, 15% de 45 à 54 ans, et 18%, passé l’âge de 55 ans.

«Beaucoup de travailleurs âgés sont menacés par les licenciements en raison de charges élevées à partir de 45 ans», expliquent Pierre Bayerdörfer, président de Workfair 50+, l’association à l’origine de l’initiative. Selon lui, les travailleurs de plus de 50 ans sont souvent confrontés à un phénomène de remplacement. «On préfère employer des personnes qu’on présente comme qualifiées, mais qui sont surtout plus jeunes et meilleur marché.»

Prétérité les jeunes

Avec cette initiative, Workfair 50+ pousse les politiques à se positionner, alors que la prévoyance vieillesse est à nouveau en discussion à Berne. «Ce texte est très intéressant, réagit Philippe Nantermod (PLR/VS). Nous n’échapperons pas à une réforme du deuxième pilier. Tout le monde doit être soumis à la LPP. Il faut cotiser dès 18 ans, mais aussi dès le 1er franc.»

Son collègue Jean-François Rime (UDC/FR) se montre plus prudent. «C’est un dossier extrêmement compliqué. Si on baisse le taux de cotisation pour les seniors, on devra l’élever pour les jeunes. Or ce sont eux qui ont les salaires les plus bas, avec en parallèle davantage de charges familiales.» Il reconnaît une responsabilité des employeurs face à l’embauche des seniors. «Cette situation doit les interpeller. Mais il faut aussi réfléchir à un âge de la retraite variable, calqué sur les années de cotisations.» Et de conclure: «Améliorer l’embauche des seniors, c’est un casse-tête.»


«C'est un dossier extrêmement compliqué»
Jean-François Rime, président de l'USAM


La réaction de l’Association suisse des institutions de prévoyance (ASIP) navigue entre ces deux prises de position. «Si on devait repartir de zéro, ce changement serait envisageable, explique Yves-Marie Hostettler, représentant de la Suisse romande. Il ferait même sens. Le modèle actuel est basé sur une vision de la société qui a évolué. D’ailleurs certaines caisses de pension procèdent déjà de la sorte.» Il reconnaît toutefois que ce passage d’un système à l’autre poserait de gros défis pour la génération transitoire.


«Si on devait repartir de zéro, ce changement serait envisageable»
Yves-Marie Hostettler, Association suisse des institutions de prévoyance


Bureaucratie colossale

Ce dernier point est ce qui a fait capoter toutes les propositions similaires à Berne (lire encadré). En 2012, le Conseil fédéral se basait sur un rapport pour expliquer qu’une unification des taux ne permettrait pas d’améliorer «substantiellement» les perspectives d’emploi des seniors. Surtout, il évoquait les coûts qu’engendrerait cette transition: 1 milliard par année durant vingt ans. Accompagnée d’une bureaucratie colossale, car deux systèmes cohabiteraient durant cette période. «Oui, il y aura du boulot, assume Pierre Bayerdörfer. Mais ce n’est pas pour cela qu’il faut renoncer à empoigner le problème.»


«Sur le principe, l'idée est intéressante»
Jacques-André Maire, conseiller national (PS/NE)


L’association est prête à foncer, quitte à être seule. Ce qui surprend le conseiller national Jacques André Maire (PS/NE). «Sur le principe, l’idée est intéressante. Lorsqu’on parle avec des employeurs, l’importance des charges revient souvent sur le tapis. Mais j’ai du mal à comprendre pourquoi cette association a voulu partir sans soutien politique. Je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure manière d’arriver au but», explique celui qui est vice-président de Travail.suisse

«Nous ne voulions justement pas être l’otage de la gauche ou de la droite, rétorque Pierre Bayerdörfer. L’embauche des seniors est un thème de société, il n’appartient à aucun parti. Mais si des élus veulent nous rejoindre, c’est volontiers.» L’objectif du texte est avant tout de faire pression sur le parlement, et pourquoi pas obtenir un contre-projet acceptable.


«Nous ne voulions pas être l’otage de la gauche ou de la droite»
Pierre Bayerdoerfer, initiant


(TDG)

Créé: 10.07.2018, 22h04

Un serpent de mer de la politique fédérale

Comment mieux protéger ou intégrer les travailleurs âgés? La question revient régulièrement à Berne. Depuis 2015, le Conseil fédéral – sur demande du parlement – organise chaque année une conférence nationale sur ce thème. Un exercice qualifié de décevant par certains participants.

Entre associations patronales et syndicats, il est difficile de trouver un terrain d’entente. Ainsi, en avril dernier, et pour la première fois, deux associations de seniors ont décidé de ne plus prendre part à ce qu’il qualifie de «farce». «Nous avons participé trois ans à cet événement. On nous écoute, mais rien ne bouge», déplorait alors Loretta Rothstein de l’association 50etplus.

Avant ce boycott, certaines mesures avaient toutefois émergé des discussions. Par exemple, les employeurs publics et privés se sont engagés, dans une déclaration commune, à ne pas indiquer de limite d’âge dans les offres d’emploi lorsque cette indication n’est pas pertinente. Le Conseil fédéral refuse d’aller jusqu’à une interdiction légale de mentionner cette limite, alors que cela se fait déjà ailleurs en Europe. «Ce serait une entrave à la liberté entrepreneuriale», expliquait-il l’an dernier. Le gouvernement préfère jouer la carte de l’encouragement.

«Afin d’éliminer les préjugés qui existent à l’égard des travailleurs seniors, la Confédération, les cantons et les partenaires sociaux misent sur la sensibilisation des entreprises, des travailleurs et de l’opinion publique dans le cadre du programme visant à combattre la pénurie de personnel qualifié.»

À noter enfin que l’idée de baisser le taux de cotisation LPP, avancée ce lundi, n’est pas nouvelle. Plusieurs propositions similaires ont déjà échoué à Berne. La dernière en date lors de la réforme Prévoyance 2020, refusée l’an dernier par le peuple. Lors de son élaboration, le parlement avait envisagé de niveler ces taux, avant d’y renoncer.

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