L’alcool au volant tue, mais il ne fait plus peur

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

On appelle cela le retour de balancier. Autre appellation pour un mouvement bien connu qui consiste à changer ses priorités politiques. Le retour de balancier touche cette fois la sécurité routière, et en particulier l’alcool au volant.

Au parlement, le combat contre les tués de la route ne fait plus recette. Et il est de bon ton désormais d’assassiner Via sicura, le vaste chantier destiné à sécuriser les usagers du trafic. Un chantier volontariste, ouvert par le Conseil fédéral, et pourtant ratifié par les Chambres en 2012.

Sur fond de philosophie libérale, et de discours sur la responsabilité personnelle, c’est un véritable travail de sape qu’est en train d’accomplir le parlement. En septembre, le Conseil des Etats a donné son feu vert à une motion du Conseil national réclamant la fin de l’interdiction de vendre de l’alcool dans les boutiques et les restaurants des aires d’autoroute.

Que les passagers – qui, rappelons-le, n’ont pas besoin d’être sobres – se réjouissent. Ils n’auront bientôt plus à subir cette intense torture qui consiste à avaler le plat du jour à l’eau minérale! Dans ce débat presque surréaliste, l’argument le plus hallucinant a sans doute été celui de la statistique: l’interdiction de vendre de l’alcool sur les autoroutes serait inutile, puisque la majorité des accidents mortels impliquant l’alcool ont lieu sur les routes principales et dans les localités – où l’on peut bien sûr s’enivrer tant et plus.

L’affaire devrait être rondement menée, Doris Leuthard étant elle-même convaincue du bien-fondé de la mesure, pour ne pas dire de son urgence. Pour la ministre, les comportements vis-à-vis de l’alcool ont changé. Il n’est donc plus nécessaire de continuer un combat qui a mis des années à porter ses fruits!

Pourtant, l’alcool au volant continue de tuer. Il est impliqué dans un peu plus d’un accident sur cinq, et on a dénombré 38 morts dans un accident dû à l’alcool en 2015. Mais force est de constater qu’il ne fait plus peur. En tout cas plus à nos autorités.

Le Conseil fédéral envisage d’ailleurs de renoncer à introduire l’éthylomètre antidémarrage obligatoire pour les automobilistes qui se sont vu retirer leur permis suite à des problèmes d’alcool. La mesure fait partie du programme Via sicura. Elle a été approuvée par le parlement et aurait dû entrer en vigueur après 2019. Mais elle serait trop chère. Et tant pis pour les cinq morts que la mesure pourrait éviter, selon les calculs du BPA.

Certes, la Suisse – comme beaucoup d’autres pays – peut se réjouir de ses progrès en matière de sécurité routière. On est aujourd’hui très loin du pic de mortalité du début des années 70, où l’on dénombrait 1500 tués, et 33 500 blessés en moyenne chaque année. Et c’était largement considéré comme une fatalité. Les innovations techniques y sont pour beaucoup dans la réduction drastique du nombre d’accidents. Mais les mesures éducatives, les multiples campagnes de prévention et la sévérité croissante de la justice à l’égard des chauffards ont joué un rôle non négligeable.

Et les résultats sont probants. Si le nombre d’accidents et de blessés reste à peu près stable depuis quelques années, le nombre de tués, lui, a sensiblement reculé avec l’introduction des nouvelles mesures de sécurité routière décidées en 2012. On dénombrait 339 morts cette année-là. Il y en a eu 253 en 2015. Et 216 l’an dernier! Mais le virage pris au parlement pourrait bien inverser la tendance. Et briser le cercle vertueux de la prévention routière. (TDG)

Créé: 13.10.2017, 09h44

Publicité

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Berne offre un milliard à Sion 2026
Plus...