«Je n’aimerais pas envoyer l’armée aux frontières»

100 joursLe conseiller fédéral parle de sa nouvelle vie à Berne, de rapports inquiétants sur l’asile et du futur avion de combat. Interview.

Le nouveau conseiller fédéral évoque sa nouvelle vie, qu’il juge passionnante et intense.

Le nouveau conseiller fédéral évoque sa nouvelle vie, qu’il juge passionnante et intense. Image: Patrick Martin

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Cela fait 100 jours que Guy Parmelin a endossé son costume de conseiller fédéral. Il nous a accordé sa première interview en toute décontraction dans un bureau dépouillé et fonctionnel.

Secrétaire générale remplacée, chef de l’armée mis à la retraite anticipée, projet de défense sol-air suspendu, vous faites le ménage?

Non, c’est un concours de circonstances. La secrétaire générale était à un an de la retraite. On a rapidement convenu que, pour les deux, son remplacement était la meilleure solution. Pour le chef de l’armée, en poste depuis huit ans et proche de la retraite, se posait un problème de suivi de la mise en œuvre de la réforme de l’armée, qui va prendre trois ou quatre ans.

Vous avez nommé comme secrétaire générale une Vaudoise UDC. Cette proximité était indispensable pour vous sentir à l’aise?

Non. Nathalie Falcone est certes vaudoise mais elle a surtout des compétences extraordinaires et une grande expérience de l’Administration fédérale. Elle a travaillé pour Delamuraz, Couchepin, Deiss, Leuthard et Schneider-Ammann, donc pour des gens et des départements très différents. Elle a été ma vice-présidente à l’UDC vaudoise entre 1999 et 2003. J’avais donc son nom dans la tête en arrivant. Je n’ai pas eu besoin de faire d’appel d’offres car c’était la personne qu’il me fallait. Je suis assez fier car nous sommes le seul département à avoir actuellement une femme à ce poste.

Vous êtes élu pour quatre ans. Quel est votre principal objectif au DDPS?

D’abord prendre en main ce département qui est un gros paquebot à manœuvrer, avec ses 12 000 personnes. Je vais aller à la rencontre des collaborateurs. Le chef ne doit pas rester à Berne mais aussi avoir des contacts avec ses gens sur le terrain. On sent ce qui ne va pas et on récolte de nouvelles idées.

Un contact rapproché avec la base, c’est votre marque de fabrique?

Oui. J’aime faire confiance aux gens. Mais elle doit être méritée. J’ai horreur qu’on me cache des choses. J’ai dit à mon chef de communication: «Ma porte est toujours ouverte. Je préfère apprendre la mauvaise nouvelle immédiatement que la découvrir dans la presse.»

Prendre en main votre département, ce n’est pas votre seul objectif, non?

Je veux de bons projets priorisés et maîtrisés. Et surtout instaurer beaucoup plus de transparence pour les commissions politiques. Lors du débat sur le Duro (ndlr: les camions dont la modernisation a été soumise aux Chambres), j’ai été frappé par la mauvaise information dont disposaient les élus et le public. Quand on a mis tout sur la table, les critiques ont pratiquement cessé. Il faut que la grande muette communique plus. Mais à bon escient!

Et le développement de l’armée?

J’espère que son application se passe bien. Mon souci est qu’on parvienne toujours à mettre les bonnes personnes au bon endroit. Il faut que le nouveau chef de l’armée puisse suivre cela de A à Z.

Comment allez-vous faire pour que le choix d’un nouvel avion de combat ne tourne pas au fiasco?

D’abord, si une armée n’a pas d’avions, elle perd toute crédibilité. J’ai lancé une procédure d’acquisition car le temps presse. Nos F/A-18 seront obsolètes en 2030. Pour éviter un fiasco, j’ai mis sur pied un groupe d’experts et une commission d’accompagnement politique comme «poil à gratter», si j’ose dire.

Une leçon de l’échec du Gripen?

Oui. Il faut que l’on soit d’accord sur le concept et les exigences dès le départ. Lors de la campagne du Gripen, les exigences ont plusieurs fois changé selon les critiques que j’entends. La commission d’accompagnement doit se poser des questions de fond: veut-on un système de défense complet ou faire uniquement de la police aérienne? J’ai discuté avec mon homologue italienne. Leur armée a des Eurofighters pour la police aérienne. Mais comme avion de combat, l’Italie a opté pour le futur F-35 américain. Veut-on cela? En a-t-on les moyens? Tout cela doit être abordé par la commission. Et ensuite le département tranchera.

Vous avez suspendu le projet de défense sol-air. Vous gardez votre pleine confiance dans le commandant des forces aériennes?

Il y a une enquête administrative en cours. Elle va durer entre quatre et cinq mois. En fonction des résultats, on fera une appréciation de la situation. Pour le moment, l’équipe de projet et les chefs de l’armement, de l’armée et de l’aviation gardent ma confiance. Je n’ai pas l’habitude de juger avant d’avoir tous les éléments en main.

Les 20 milliards pour l’armée ces quatre prochaines années sont-ils un must selon vous?

C’est un plafond, pas une autorisation de dépenser. Cela donne une marge de manœuvre supplémentaire à l’armée. Mais tout le monde devra faire des efforts pour économiser, l’armée y compris. On sera peut-être en dessous de 5 milliards en 2017 mais la possibilité de compenser existe pour les années suivantes. Cela dit, rien n’est acquis. Le parlement peut toujours refuser un projet.

Le nombre de requérants est en forte hausse en début d’année. Aura-t-on besoin de l’armée aux frontières ou l’inquiétude est-elle exagérée?

Le Conseil fédéral doit réfléchir à tous les scénarios. Les rapports que l’on reçoit des services compétents sont relativement inquiétants. Même si la route des Balkans est fermée, on s’attend à un afflux en provenance de la Méditerranée. Je ne l’espère pas, mais on doit être prêt.

On ne sait toujours pas ce que fera exactement l’armée à la frontière.

Un éventuel engagement aux frontières nécessite une coordination entre le Secrétariat aux migrations, l’armée et les gardes-frontière qui se trouvent dans trois départements différents. Sans oublier les cantons. Ce qui est sûr, c’est que chaque personne qui entre dans ce pays doit être enregistrée. Mais pas question que j’envoie de ma propre initiative l’armée aux frontières. Le Conseil fédéral arrêtera ses décisions d’ici quinze jours.

Vous souhaitez cette intervention de l’armée aux frontières pour démontrer aussi son utilité?

Non. A titre personnel, je n’aimerais pas devoir envoyer l’armée aux frontières. Mais si c’est nécessaire pour la sécurité intérieure et celle de la population, je veux qu’on soit prêt et efficace. C’est ma responsabilité.

Deux ministres UDC, cela change quoi au Conseil fédéral?

On peut se concerter avec Ueli Maurer, que je côtoie depuis l’époque où il était président de parti. Par ailleurs, j’entretiens d’excellentes relations avec tous les autres conseillers fédéraux.

Quels sont vos rapports avec l’UDC?

Je vais aux assemblées du parti. Je mange avec mon groupe quand il y a des séances de commission de politique de sécurité. J’ai des contacts téléphoniques réguliers avec le secrétariat UDC et mon ancien chef de groupe, Adrian Amstutz, que j’apprécie. C’est le courant normal de ce qui se passe dans tous les partis.

Christoph Blocher a votre nouveau numéro de portable?

Lui, je ne sais pas, mais moi je n’ai pas le sien.

Créé: 09.04.2016, 12h57

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«Ma femme me rejoint à Berne le mercredi soir»

Passionnant et très intense. C’est ainsi que Guy Parmelin décrit sa nouvelle vie. Exit Bursins, où il ne se rend désormais plus que le week-end «pour se ressourcer et travailler au calme». Le nouveau conseiller fédéral habite désormais la semaine à Berne. Un deux-pièces et demie en vieille ville, près de la fosse aux ours.

«Je me lève plus tôt qu’avant. Je viens au bureau à pied, ça me fait un petit exercice.» Ce changement de vie impacte la vie du couple, désormais séparé une partie de la?semaine. «Mon épouse enseigne encore à 50% à l’école primaire de Gland, jusqu’à la fin de l’année scolaire. Elle a congé le mercredi après-midi et le jeudi, ce qui fait que, en général, elle me rejoint à Berne le mercredi soir. Et parfois, le jeudi, quand tout va bien, on arrive à manger ensemble ou à se voir un moment. Mais elle a pris la décision d’arrêter de travailler pour être plus souvent à Berne», raconte-t-il.

En attendant, son épouse a commencé son apprentissage de femme de conseiller fédéral. Première visite d’Etat, «qui l’a stressée un petit peu mais qu’elle a apprécié», un déplacement dans les Grisons. Son rôle s’annonce plus discret que celui de Mme Burkhalter. «Elle ne va pas tout le temps venir avec moi. Généralement, on ne voyage pas beaucoup dans mon département. Il y a davantage de sorties de représentation le week-end, pour des manifestations sportives. Et là, mon épouse est ouverte à la découverte.»

Pas de nostalgie pour son ancienne vie, même si quelquefois l’appel des champs se fait sentir. A Pâques, pour ses premiers jours de vacances après l’élection, Guy Parmelin n’a pas pu s’empêcher d’inspecter «son colza», dit-il avant de se reprendre: «C’est le colza de mon frère, qui a repris l’exploitation. Je regarde l’évolution des céréales, mais je ne me mêle plus de ça. Bon, si mon frère me téléphone une fois ou l’autre pour me demander un conseil, il n’y a pas de problème. Mais c’est lui qui est le seul patron.»

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