«Nous devons respecter la loi, il n’y a pas d’exception possible»

Maltraitance animaleDes paysans sont condamnés pour avoir maltraité leurs bêtes. Markus Ritter, président de l’Union suisse des paysans, réagit aux critiques.

Markus Ritter, président de l’Union suisse des paysans.

Markus Ritter, président de l’Union suisse des paysans. Image: Sophie Stieger

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«Le Matin Dimanche» et la «SonntagsZeitung» ont révélé les mauvais comportements d’une minorité de paysans. En Suisse, il y a plus de 50 000 exploitations agricoles. 10 647 d’entre elles ont été inspectées en 2018. Ces contrôles ont révélé des milliers d’infractions à la protection des animaux. Toujours en 2018, 613 ordonnances pénales traitaient les cas les plus graves.

La majorité des agriculteurs se comportent bien avec leurs animaux. Mais une minorité d’entre eux, certains sont récidivistes, sont condamnés pour maltraitance. Qu’en penser?
Il est important que les contrôles fonctionnent. Les agriculteurs qui ne s’occupent pas bien de leurs animaux doivent être sanctionnés. J’y suis favorable. Mais nous parlons de centaines de sanctions pénales, alors qu’il y a plus de 50 000 exploitations agricoles en Suisse qui respectent la loi.

Selon l’enquête du «Matin Dimanche», il y a aussi des milliers d’infractions contre le bien-être des animaux qui provoquent une diminution des paiements directs.
L’article paru dans la dernière édition du «Matin Dimanche» était racoleur. Depuis, j’ai reçu beaucoup de réactions de la part d’agriculteurs qui se sentent condamnés. Nous porterons plainte auprès du Conseil suisse de la presse. Parmi les paysans sanctionnés, beaucoup respectent le bien-être animal. Ils ont été sanctionnés pour des questions administratives, simplement parce qu’ils ne remplissent pas les documents comme l’exigent les autorités.

L’enquête évoque des cas de cruauté.
Notre profession soutient la loi sur la protection sur les animaux. Nous devons la respecter. Ma position est claire. Et il n’y a pas d’exception possible. Je dis cela pour le bien-être des animaux, mais aussi pour la bonne image de l’agriculture. Les paysans qui ne respectent pas la loi nuisent à toute la profession.

Les vétérinaires cantonaux disent ne pas avoir assez de moyens pour tout contrôler.
Ce sont les Cantons et les Communes qui sont compétents en matière de contrôles. Ma responsabilité est de soutenir les autorités et de rappeler aux paysans qu’ils doivent respecter le bien-être animal. Je souligne aussi, sans vouloir chercher une excuse, que ces cas de maltraitance sont aussi révélateurs du monde paysan.

C’est-à-dire?
J’étais moi-même responsable des contrôles agricoles dans ma commune pendant douze ans. Je me souviens de l’évacuation de deux fermes. Dans ces deux cas, le problème était lié à l’alcool. Les paysans avaient des problèmes personnels. Ils ne prenaient plus soin de leurs animaux.

Comment améliorer la situation?
On devrait m’informer directement. J’écoute les vétérinaires cantonaux. Cela ne leur suffit pas d’inscrire un incident dans le rapport annuel. Il leur faut aussi m’appeler et me tenir au courant des problèmes. Je pourrais alors tenir un discours clair. J’aimerais que les autorités se rapprochent de la branche paysanne.

Mais les autorités fédérales rendent déjà publiques les condamnations pénales contre les paysans.
Ces chiffres posent toujours la même question. Comment les interpréter? Et comment faire le tri entre les cas mineurs et graves? Notre association demande maintenant aux vétérinaires cantonaux de nous informer de l’état de la situation. Et si ce que vous dites sur la maltraitance est vrai, nous communiquerons une position claire aux éleveurs.

Les données dans «Le Matin Dimanche» indiquent que des paysans récidivent, année après année. Les sanctions seraient-elles trop légères?
Ces sanctions sont draconiennes. Elles sont plus sévères que celles contre les automobilistes. Des milliers de francs d’amendes sont déjà une grosse somme pour un paysan. Beaucoup d’entre eux peinent à boucler l’année.

Il existe aussi des peines administratives, en cas de non-respect des règles liées aux paiements directs. En tant que paysan, avez-vous déjà été sanctionné?
Non. Ma famille fait de gros efforts pour respecter toutes ces exigences légales. Et ce n’est pas évident d’être administrativement à jour, d’avoir tous les documents en règle. J’y suis aussi astreint.

Créé: 02.07.2019, 22h14

Paiements directs

Des paysans reçoivent des centaines de milliers de francs de paiements directs. Le Conseil fédéral veut fixer un plafond à 250 000 francs.
Cela ne me réjouit pas. Ce montant est arbitraire. Il n’est rattaché à rien. Si nous présentons maintenant un projet de plafond à 250 000 francs au parlement, il y aura des motions pour le fixer plutôt à 220 000 ou 150 000 et ainsi de suite. Ce sera le bazar. Quant à moi, je pense qu’un plafond de 250 000 fr. serait relativement élevé et qu’il y aurait matière à discussion. De plus, il existe déjà aujourd’hui une limite supérieure, qui est cependant liée à un facteur clair, à savoir la main-d’œuvre standard dont une entreprise a besoin.

Cette limite est pourtant purement théorique…
Nous pourrions débattre de la façon de calculer ce plafond. Un montant unique pour tous les paysans me dérange. La campagne n’est pas uniforme, il y a des différences entre la montagne et la vallée, les grandes et les petites exploitations.

Nos calculs montrent qu’une grande société maraîchère reçoit 500 000 francs de paiements directs, alors qu’elle n’en a pas besoin économiquement.

Ce sont en effet des cas particuliers qui interpellent. Les paiements directs n’ont pas été prévus pour cela. La population veut soutenir des exploitations familiales qui favorisent la biodiversité, la qualité du paysage et des zones de montagne.

Comment faire pour que le système soit égal pour tous?
S’il y avait une solution simple, elle aurait vraisemblablement déjà été trouvée.

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