Les vétérinaires tirent la sonnette d’alarme

JusticeCertains paysans suisses maltraitent leurs bêtes. Les autorités manquent de moyens humains pour surveiller toutes les fermes.

Plusieurs vidéos tournées en 2016 et en 2017 dans des porcheries vaudoises révélaient au grand public des conditions d’élevage sordides. L’État avait déposé une plainte pénale contre la maison Annen, qui, en août 2017, décidait de cesser son exploitation.

Plusieurs vidéos tournées en 2016 et en 2017 dans des porcheries vaudoises révélaient au grand public des conditions d’élevage sordides. L’État avait déposé une plainte pénale contre la maison Annen, qui, en août 2017, décidait de cesser son exploitation. Image: DR

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Les agriculteurs de Suisse prennent soin du bien-être de leurs animaux de rente. Mais pas tous. Certains les négligent. D’autres les maltraitent. Dans sa dernière édition, «Le Matin Dimanche» a relaté les horreurs découvertes dans les exploitations agricoles par les contrôleurs vétérinaires. Cadavres abandonnés dans les box, bêtes blessées et non soignées, absence d’eau et de nourriture, promiscuité. Un bovin agonisant avait été euthanasié à la suite de l’inspection d’une ferme dans le Nord vaudois en été 2017.


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Ce sont les autorités cantonales qui surveillent le bien-être des animaux de rente en Suisse. Mais ils n’auraient pas les effectifs pour surveiller de près les 50 000 exploitations agricoles. «Nous sommes surchargés», dénonce Reto Wyss, vétérinaire cantonal bernois. Selon lui, ses inspecteurs accumulent les heures supplémentaires. «Nous devons établir des priorités et nous ne pouvons pas traiter tous les cas à temps. Ce qui est stressant.» Reto Wyss angoisse à l’idée de passer à côté d’une urgence ou de ne pas arriver à temps pour sauver les bêtes en détresse.

Ce manque de ressources est dénoncé ailleurs en Suisse. La Confédération veut que chaque ferme soit contrôlée une fois tous les quatre ans. «Nous ne pouvons répondre qu’à 80% de cette exigence», précise Barbara Thür, vétérinaire cantonale argovienne. Sur 600 domaines en Argovie, seuls 520 sont inspectés au moins une fois en quatre ans. Selon elle, les politiciens sont coresponsables de cette carence. En 2017, le Canton d’Argovie a supprimé un poste au Service vétérinaire.

La Suisse romande est moins revendicative. Les vétérinaires cantonaux latins que nous avons contactés disent avoir pour l’instant des effectifs suffisants. Ils sont conscients toutefois de leurs limites. Selon eux: plus il y a de collaborateurs, plus il y a de contrôles. Ils disent pouvoir imaginer avoir davantage d'inspecteurs.

Au total, 10 647 exploitations agricoles suisses ont été contrôlées en 2018. Le nombre varie considérablement d’un canton à l’autre, selon les statistiques de l’Office fédéral des affaires vétérinaires que nous avons consultées en exclusivité. Dans les cantons de Genève, du Tessin et d’Appenzell Rhodes-Intérieures, une seule ferme sur dix a été visitée. Cette part augmente à une sur trois dans les campagnes lucernoises et thurgoviennes.

La visite surprise est la meilleure arme pour débusquer les éleveurs maltraitants, selon ces spécialistes. «Si vous voulez trouver des défauts graves, vous devez vérifier à l’improviste. Nous avons beaucoup plus de constats d’infraction», affirme Giochen Bearth, vétérinaire cantonal des Grisons. La méthode de la surprise exige toutefois encore plus de moyens humains. «Le contrôle non déclaré est extrêmement important, mais il nécessite beaucoup de personnel», précise la vétérinaire cantonale argovienne Barbara Thür.

Le contrôle à l’improviste est efficace, mais il est pratiqué différemment d’un canton à l’autre. Les Grisons affichent un taux record de 98% de contrôles non déclarés. Plusieurs cantons romands sont aussi bien placés, tels Vaud (86%) et Fribourg (60%). En revanche, Neuchâtel (12%), le Valais (11%) et le Jura (20%) sont largement au-dessous. Mais ils restent dans les limites réglementaires de la Confédération, qui demande un minimum de 10% d’inspections inopinées.

Le Conseil fédéral a décidé d’augmenter ce pourcentage, probablement dès mai 2020. Les cantons devront effectuer au moins 40% des inspections sans avoir prévenu l’éleveur visé. Michel Rérat, vice-président de l’Association suisse des vétérinaires cantonaux, affirme déjà que cet objectif ne peut être atteint sans personnel supplémentaire: «Les tâches des services vétérinaires sont de plus en plus nombreuses. Si les objectifs de contrôle inopiné augmentent, la question de l’augmentation des effectifs de contrôleurs se posera. Il y aura clairement besoin de plus de contrôleurs.»

Créé: 01.07.2019, 07h05

Le procureur qui traque les paysans

Le magistrat saint-gallois Jörg Gross chasse les paysans qui ne respectent pas la loi sur la protection des animaux. Depuis dix-sept ans, il est le seul spécialiste de la discipline à plein temps en Suisse. L’homme de loi n’a pas que des cas de violence évidente à traiter. Il a aussi d’autres dossiers moins spectaculaires, mais tout aussi graves et illégaux. La fraude administrative est à ranger dans cette deuxième catégorie.

Le livret de sortie du bétail permet de fixer les droits et devoirs de chacun. L’éleveur indique le nombre d’heures passées par les animaux à l’extérieur. En échange de quoi la Confédération lui verse une subvention qui peut se calculer en milliers de francs. Toute inscription fausse et intentionnelle est condamnable.

Le procureur saint-gallois fait désormais appel à la vidéo pour débusquer les fraudeurs. Lorsqu’il a un doute sur une information dans ce livret de sortie, il envoie le vétérinaire cantonal chez l’éleveur en question pour filmer ses bêtes à l’extérieur. Les images sont ensuite envoyées au magistrat qui les analyse. Dans un cas, les images ont révélé que les bovins ne connaissaient pas le chemin de l’étable à la prairie. Ils marchaient avec hésitation et ne savaient pas où se trouvait la sortie de l’étable. Le film révélait un autre indice: la mauvaise herbe était trop haute, plus de 10 centimètres, sur les lieux de passage du bétail. Sur la base de ce document, le procureur a conclu que les bêtes n’avaient pas été à l’air libre depuis très longtemps. L’éleveur a été condamné à 1100 francs d’amende.

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