Ce paysan grison reçoit plus de 250'000 francs

Agriculture, la face sombreLe Conseil fédéral veut plafonner les montants annuels versés aux domaines agricoles. Plus de 100 exploitations seraient touchées.

Le paysan grison Gion-Franzestg Schaniel est satisfait du système des paiements directs. Sans cela, il dit ne pas pouvoir entretenir la biodiversité des prairies de montagne.

Le paysan grison Gion-Franzestg Schaniel est satisfait du système des paiements directs. Sans cela, il dit ne pas pouvoir entretenir la biodiversité des prairies de montagne. Image: DANIEL AMMANN

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Quelle est la limite? La question agite le milieu agricole helvétique au sujet des paiements directs. Les montants versés devraient-ils être plafonnés? Si oui, à combien? La réponse est politique. Et le Conseil fédéral y a déjà répondu avec une proposition de plafonnement des subventions agricoles à 250'000 francs par année et par exploitation. Pas un centime de plus.

Pour bien comprendre les effets d’un changement de politique, il faut connaître l’état actuel de la situation. Nous avons donc demandé à l’Administration fédérale de nous transmettre la liste anonymisée des bénéficiaires de ces paiements directs. La Suisse compte plus de 50'000 exploitations agricoles qui y ont droit.

(Graphique)

Selon nos calculs, 102 agriculteurs ont reçu un montant de plus de 250 000 francs en 2017. Un maraîcher zurichois apparaît sur la première marche du podium avec 575 000 francs. Les Romands sont aussi bien placés. Il y a des fermes d’élevage qui comptent des centaines de bovins ou de porcs, des producteurs de fruits et des viticulteurs. Dix-huit de ces domaines se trouvent dans le canton de Vaud, contre trois à Genève.

Quatre exploitations bénéficiaires se trouvent à Surses, dans le canton des Grisons. Cette commune est d’ailleurs le lieu de Suisse qui concentre le plus grand nombre de fermes recevant plus d’un quart de million par an de la part de l’État. Un de ces domaines appartient à Gion-Franzestg Schaniel, dans le village de Tinizong.

L’agriculteur, que nous avons rencontré, ne cache pas sa satisfaction. «La réforme agricole de 2014 a été comme un six à la loterie pour nous, confie-t-il autour d’un verre de sirop servi sur la terrasse de sa ferme biologique. Soudainement, nous avons reçu de l’argent supplémentaire pour un travail que nous avions toujours effectué.»

Selon le Grison, cette manne est utile. Elle a servi à construire une nouvelle étable en plein air pour ses vaches laitières, une maison moderne pour sa famille. Il a aussi acheté de nouvelles machines agricoles.

Des sous pour la biodiversité

Ces fonds publics sont aussi nécessaires pour l’environnement. Ils ont notamment financé l’entretien de la biodiversité dans son vaste domaine de montagne. Selon le Grison, c’est ce travail qui est directement menacé par le projet de plafonnement à 250 000 francs: «Sans paiements directs, la culture de certaines zones ne vaut pas la peine et je ne les cultiverais plus. En vingt ans, nous aurions alors une forêt d’épicéas au lieu des prairies actuelles.»

(Graphique)

L’agriculteur grison nous emmène dans ses champs, situés à 2000 m d’altitude, pour nous montrer les résultats concrets de son travail sur la biodiversité. Nous marchons alors sur une praire ornée de fleurs, d’herbe et de plantes aromatiques. «Nous sommes aussi des paysagistes, pas seulement des fermiers. Je n’ai aucun problème avec ça. Mais si l’État veut préserver le paysage, il doit en payer le prix.»

L’exploitation de 90 hectares de Gion-Franzestg Schaniel est révélatrice d’une tendance depuis la dernière réforme agricole en 2014: le critère de la superficie est important pour déterminer le montant du paiement direct alloué à un paysan. Ce système a favorisé l’augmentation de la taille des grandes exploitations.

Le Conseil fédéral veut rectifier le tir. Il propose le plafonnement à 250'000 francs pour éviter de trop favoriser ces domaines maous. Une autre solution serait de créer un système dégressif: plus une exploitation est grande, moins elle reçoit d’argent pour chaque hectare supplémentaire de terrain. Le débat est ouvert.

Créé: 02.07.2019, 07h17

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