Monsieur Prix s'attaque aux transports publics et à la santé

Suisse trop chère«La libéralisation des transports aériens a permis d’augmenter l’offre et de faire baisser les prix. Pourquoi ce qui marche dans les airs ne pourrait pas fonctionner sur terre?»

Monsieur Prix est prêt à saisir la justice contre les pharmas pour défendre les consommateurs.

Monsieur Prix est prêt à saisir la justice contre les pharmas pour défendre les consommateurs. Image: KEYSTONE

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Il n’a pas la langue dans sa poche. Stefan Meierhans est habitué à ruer dans les brancards. Son rôle de surveillant des prix le pousse constamment à prendre position et à lancer de nouvelles idées pour combattre l’îlot de cherté helvétique. Dans son collimateur figurent régulièrement les tarifs des transports publics. Mais Monsieur Prix s’attaque aussi à la citadelle de la santé. Face à des primes maladie qui ne cessent d’augmenter, il n’hésite pas à mettre devant leurs responsabilités aussi bien les assurés, les ministres cantonaux, les élus fédéraux que les géants de la pharma. Interview.

Vous tirez à boulets rouges sur l’augmentation du prix des transports publics. On est en train de renvoyer les gens à leur voiture?

L’objectif du Conseil fédéral est d’inciter les gens à utiliser les transports publics. Mais, dans le même temps, les autorités politiques prennent des décisions qui entraînent des coûts supplémentaires pour les utilisateurs des transports publics. L’augmentation du prix du sillon de 300 millions dans un laps de sept ans, c’est énorme. Il y a donc une contradiction entre les buts des politiques et leurs actes.

Il faudrait davantage subventionner les transports publics?

Si on ne veut pas subventionner davantage, on peut aussi limiter les améliorations de l’offre. Mais je suis assez pragmatique dans ce domaine. Si le but recherché est d’inciter les gens à utiliser les transports publics, il faut agir en fonction. Le prix pour se déplacer en voiture est d’environ 50 centimes le kilomètre. Mais comme l’usager a déjà acheté sa voiture et payé l’impôt, l’assurance et le parking, il ne perçoit qu’un coût d’une dizaine de centimes. Lorsqu’on compare le train à la voiture, c’est ce montant-là qu’il faut prendre en compte. C’est celui que l’automobiliste a en tête avant de choisir s’il laisse sa voiture pour monter dans un train.

«Les autorités ont déjà décidé de subventionner massivement les transports publics. Lorsqu’on a mis sur pied le demi-tarif pour 100 francs, c’était aussi pour inciter les gens à se détourner de la voiture.»

Cela signifie une baisse drastique des prix!

Ce ne serait pas la première fois. Lorsqu’on a mis sur pied le demi-tarif pour 100 francs, c’était aussi pour inciter les gens à se détourner de la voiture. La décision avait été prise alors que les forêts souffraient massivement de la pollution. Les autorités avaient donc décidé de subventionner massivement les transports publics.

Quelles solutions préconisez-vous?

Il faut agir sur le taux d’occupation, qui n’est en moyenne que d’environ 20%. On parle fréquemment des heures de pointe, mais la réalité, c’est que quatre sièges sur cinq sont souvent vides. Le premier souci devrait donc être d’augmenter ce taux, et non pas de chercher à élargir constamment l’offre. Prenez par exemple l’idée d’un abonnement général pour le soir. 1000 francs pour voyager dans toute la Suisse dès 19 heures. Je suis sûr que ça marcherait du tonnerre.

«Quand le médecin vous dit que vous devez remplacer votre hanche, qui êtes-vous pour le contester? Ce sont les professionnels de la santé qui déterminent le nombre de traitements»

C’est un peu l’idée du mobility pricing de Doris Leuthard.

C’est vrai, et c’est bien d’avoir ce genre de réflexion. Sauf que les discussions vont durer entre dix et quinze ans. On ne peut pas attendre aussi longtemps. C’est aujourd’hui qu’il faut agir.

Vous êtes favorable à la création de grandes lignes de bus interurbains. Ne craignez-vous pas de menacer le train?

La concurrence est normalement bienfaisante. Peut-être permettra-t-elle aussi de biffer certaines offres non rentables. La libéralisation des transports aériens a permis d’augmenter l’offre et la cadence, et de faire baisser les prix. Pourquoi ce qui marche dans les airs ne pourrait pas fonctionner sur terre?

Les primes maladie continuent d’augmenter. Êtes-vous en colère?

Les coûts de la santé augmentent six fois plus vite que les salaires, deux fois plus vite que le PIB. Tous les jours, depuis deux-trois semaines, je reçois des doléances de gens qui se plaignent de l’aug­mentation des primes. C’est la classe moyenne qui est la plus touchée. Je pense aux gens qui ne reçoivent pas de subsides, mais dont les primes grèvent le budget. C’est un vrai problème.

A qui la faute?

La santé est un marché qui est déterminé par l’offre. Quand le médecin vous dit que vous devez remplacer votre hanche, qui êtes-vous pour le contester? Ce sont donc les professionnels de la santé qui déterminent le nombre de traitements. Plus vous augmentez l’offre, plus vous augmentez la consommation, et plus vous faites exploser les coûts. Nous avons réussi à faire économiser des centaines de millions sur les prix des médicaments, mais la quantité de médicaments consommée a tellement augmenté qu’elle a surcompensé cette réduction. La responsabilité incombe aux ministres cantonaux et aux élus fédéraux. Ils n’ont jamais réussi à instaurer un système qui incite à réfléchir à deux fois avant de décider si une prestation est nécessaire et efficace ou pas.

Que changer rapidement?

Le système actuel ne valorise pas la volonté d’économiser. Prenons l’exemple de béquilles. Le prix de revient est de 17 francs. Quand vous les achetez dans une pharmacie, c’est un peu plus de 24 francs. Et quand elles sont remboursées par les caisses maladie, c’est facturé 81 francs. Et la caisse maladie doit payer ce prix-là.

Et pour le secteur hospitalier, qui représente la moitié des coûts de la santé? Quelle marge de manœuvre?

Prenez l’exemple fictif de l’appendicite. Son coût varie de 4400 à 10 200 francs en fonction des hôpitaux. Si on parlait d’une voiture, les gens n’hésiteraient pas à parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour profiter d’un prix bien meilleur marché. Or, pour une appendicite, personne n’y pense. Nous faisons donc des recommandations aux cantons pour leur dire qu’une telle opération ne devrait pas coûter plus de 5760 francs. Il faut gagner en efficacité. Le problème, c’est que les ministres de la Santé sont aussi souvent les propriétaires des hôpitaux. Ils ont aussi un intérêt à ce qu’un grand nombre d’interventions aient lieu dans leurs établissements.

Les Suisses pensent avoir un très bon système de santé. Or, vous le qualifiez de moyen.

Pour beaucoup de gens, quelque chose de cher est forcément de qualité. Or ce n’est pas le cas. Se faire opérer du pancréas dans un petit hôpital coûtera cher, mais la qualité ne sera pas forcément au rendez-vous si cette opération n’est pratiquée que cinq fois par année. Dans une grande clinique qui opère le pancréas cinq fois par jour, les médecins ont l’habitude de ce genre d’opérations. En Suisse, on a plus de 150 hôpitaux de soins aigus, qui font beaucoup d’opérations dans un nombre limité de cas. Cette abondance augmente les coûts sans pour autant assurer la qualité.

Il faut limiter le nombre d’hôpitaux?

Je plaide plutôt pour une spécialisation. Prenons l’exemple d’un hôpital de montagne. Il a l’habitude de traiter les jambes cassées. Dans ce domaine, cet hôpital est peut-être même meilleur que les hôpitaux universitaires. C’est donc le degré de spécialisation qui est déterminant et pas forcément le nombre de cliniques de soins aigus. Mais j’ai conscience que, pour les petits cantons, disposer d’un hôpital de soins aigus, c’est important. La question est de savoir qui paie. Si c’est financé par les impôts, d’accord; si c’est financé par les primes, c’est plus délicat, car elles ne tiennent pas compte de la situation financière des contribuables.

Vous revendiquez la possibilité d’agir devant les tribunaux. Pourquoi?

Aujourd’hui, le rapport de force est totalement inégal. Lors de la discussion sur le prix des médicaments, l’industrie pharmaceutique a réussi à bloquer tout le projet de l’Office fédéral de la santé publique en faisant recours devant le Tribunal fédéral. En face, la possibilité de résister est quasi inexistante. Si nous, ou les organisations des consommateurs ou au moins les caisses maladie, avions aussi la possibilité d’intervenir devant la justice, il y aurait un réel contrepoids. L’idée ne serait pas d’occuper les tribunaux avec beaucoup de nouveaux cas, mais qu’un équilibre s’installe où personne n’ira devant les tribunaux, sachant que les deux parties ont les mêmes droits.

Tout le monde critique les caisses maladie, pas vous…

Elles ont la responsabilité de contrôler les coûts et les factures. Mais, à part ça, elles n’ont pas beaucoup de marge de manœu­vre, elles doivent respecter la loi. La faiblesse que je vois aujourd’hui, c’est qu’elles sont désormais regroupées en deux grandes faîtières différentes. Ça affaiblit considérablement leur poids lorsqu’il faut négocier les tarifs par exemple avec les hôpitaux.

Jusqu’à quand le système peut-il tenir?

Actuellement, le tiers de la population touche des subsides, elle est comme sous morphine. Mais le problème, quand vous êtes sous morphine, c’est que vous ne sentez plus la douleur. Et ces subsides qui sont d’un côté nécessaire pour éviter l’explosion du système empêchent en même temps une vraie réforme de celui-là. Je pense toutefois que la dernière augmentation s’est fait ressentir violemment. Alain Berset a parlé d’une hausse de 4,5%, mais c’est calculé avec une franchise de 300 francs, sans accident. Comparis a fait l’exercice sur toutes les formes, et il arrive à une hausse de 5,8%. Ça commence à faire beaucoup. (TDG)

Créé: 16.11.2016, 07h54

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