Avec son affiche négative, l’UDC se fait une pub d’enfer

PolémiqueLa belle pomme suisse, pourrie par les autres partis, provoque l’indignation et une publicité gratuite. Un mécanisme bien rodé par l’UDC

L’affiche qui fâche: L’UDC a dévoilé dimanche son placard destiné à la campagne pour les élections fédérales du 20 octobre. Quatre des cinq vers qui s’attaquent à la pomme suisse font référence à quatre partis politiques (le rouge pour le PS, le bleu pour le PLR, l’orange pour le PDC et le vert pour le Parti écologiste). Le cinquième ver, le plus gros et qui semble le plus vorace, arbore les couleurs de l’Union européenne. L’UDC désigne ainsi ceux qu’elle considère comme l’ennemi de la Suisse.

L’affiche qui fâche: L’UDC a dévoilé dimanche son placard destiné à la campagne pour les élections fédérales du 20 octobre. Quatre des cinq vers qui s’attaquent à la pomme suisse font référence à quatre partis politiques (le rouge pour le PS, le bleu pour le PLR, l’orange pour le PDC et le vert pour le Parti écologiste). Le cinquième ver, le plus gros et qui semble le plus vorace, arbore les couleurs de l’Union européenne. L’UDC désigne ainsi ceux qu’elle considère comme l’ennemi de la Suisse.

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Oskar Freysinger et Adrian Amstutz, les chefs de campagne UDC pour les élections fédérales, jubilent. Ils ont enfin réussi à faire la une du «Blick» avec leur affiche électorale. On y voit une pomme suisse dévorée de l’intérieur par des vers aux couleurs des grands partis et de l’Union européenne. Une campagne d’affiche négative qui a immédiatement provoqué le tollé, selon un scénario écrit et anticipé par l’UDC. Que ce soit une pomme pourrie ou, comme par le passé, des rats rouges qui grignotent notre argent ou des étrangers à la mine patibulaires qui s’emparent de notre passeport, le mécanisme est toujours le même. Phase un: l’affiche provoque l’émoi à gauche. On accuse les affiches de s’inspirer de l’iconographie nazie, où les juifs étaient dépeints comme de la vermine. «Combien de temps les PS, PLR, PDC veulent-ils encore gouverner avec ce parti dégueulasse?» s’étouffe l’ancien président des Verts Ueli Leuenberger.

Phase deux: des élus bourgeois trouvent cela de mauvais goût et même des élus UDC se distancient clairement de la campagne. Le conseiller national Claudio Zanetti (UDC/ZH) l’a fait dès dimanche. Ce qui fait encore monter la tension (et l’attention) autour de l’affiche. Phase 3: l’UDC défend urbi et orbi la pertinence de son message et déroule son programme.

Oskar Freysinger l’avoue sans détour, l’affiche est «une porte d’entrée» pour marteler la défense de la souveraineté suisse et de la démocratie directe. «Après les nuages de fumée sur Greta et le climat dans le monde, elle nous permet de mettre en avant la problématique centrale de ces élections fédérales: la Suisse.» Le graphisme national-socialiste? «Ceux qui nous accusent de cela sont dégueulasses. Nous nous battons pour la démocratie directe!» Et les UDC qui se bouchent le nez? «Une infime minorité. La base du parti est à fond avec nous: «Vous vous êtes enfin réveillés», nous disent-ils.»

«On joue 2-3% des voix»

«L’UDC a fait des affiches chocs ces dernières années, puis un choix plus anodin lors de la campagne de novembre sur les «juges étrangers». Cette expérience n’a pas marché. Ils ont donc remis le curseur sur la continuité et l’offensive», analyse Oscar Mazzoleni, politologue à l’Université de Lausanne.

Cela dit, le Tessinois ne minimise pas le malaise interne et souligne à nouveau l’effet miroir par rapport à novembre: «Comme c’était le cas sur les «juges étrangers», le style de communication ne fait pas consensus à l’interne du parti. Les candidats les plus marqués de l’aile blochérienne sont sans doute preneurs d’une telle affiche. D’autres le sont moins, sachant qu’on joue ici 2 à 3% de voix qui peuvent être déterminantes dans une élection au Conseil national ou au Conseil des États.»

Les grands partis concurrents font d’ailleurs bien attention à ne pas alimenter la pub d’enfer faite à l’UDC en jouant les indignés. «Les questions de style, honnêtement, je m’en fous complètement, lâche le président du PS Christian Levrat. L’important, c’est le contenu. L’UDC, avec ses manœuvres de diversion, essaie de faire oublier qu’elle a raté sa législature en voulant faire passer la droite en force.»

Le vice-président du PLR, Christian Lüscher, affirme que nombre de parlementaires romands sont accablés par l’absurdité de l’affiche UDC. «Je suis pour la liberté d’expression et je prends cela comme un excès de campagne. Je n’y vois pas en revanche de relents antisémites. Pour la raison simple que l’UDC manque de gens suffisamment éduqués ou intelligents pour envisager des messages subliminaux.»

À noter encore que l’UDC décline le slogan de son affiche de différentes manières dans les trois régions linguistiques. Le jeu de mots sur la pomme en français ne se trouve pas ailleurs. Chez les Alémaniques, on fustige «la gauche et les gentils», tandis que chez les italophones on s’en prend carrément «aux gauchistes et aux européistes».


Le PS prend le contre-pied avec des affiches positives

Alors que l’UDC fait sa rentrée électorale avec une affiche négative, le PS joue la carte inverse. Il positive et se positionne comme un parti qui présente des solutions aux problèmes. Hausse des primes maladie, chômage des quinquagénaires, protection du climat ou adéquation du monde du travail avec la vie familiale, tels sont les quatre sujets retenus. Le parti va dépenser 300'000 francs dans la campagne d’affichage. Il privilégiera les cantons où il a la possibilité de gagner un siège ou d’éviter d’en perdre un. À première vue, la campagne visuelle du PS, où le rouge domine, apparaît assez gentillette. Il est douteux qu’elle fasse parler d’elle comme l’affiche de la pomme UDC. Voilà sans doute pourquoi le président Christian Levrat a musclé le ton mardi à Berne en présentant les affiches. Le Fribourgeois a fustigé le bilan désastreux de la majorité PLR-UDC, qu’il entend renverser. «Quatre années de perdues, cela suffit.»

Le PLR semble lui répondre avec sa campagne au slogan lui aussi positif: «Avancer ensemble». Parmi les partis gouvernementaux, le PDC renonce pour la première fois cette année à une campagne d’affichage nationale. Une manière de mieux se positionner sur les réseaux sociaux? Le PDC Suisse investira environ 13% de son budget national de 2 millions de francs dans la publicité en ligne. Le parti dit miser avant tout sur la proximité. «Notre programme d’ambassadeurs est très important. Nous en avons 340 dans toute la Suisse, indique le coresponsable de la communication, Michaël Girod. Une majorité d’entre eux sont des sympathisants qui ne sont pas candidats aux élections fédérales et qui ont toujours voulu s’engager. Nous avons aussi mis en place une plateforme avec des visuels pour les campagnes cantonales. Et nous avons formé près de 300 candidats, soit près de la moitié.» AR.G./L.BT

Créé: 20.08.2019, 20h37

Choquant ou pas choquant?

«Blocher connaît l’histoire»



Hans-Ulrich Jost, historien:
«Cette campagne est choquante car elle soulève des liens inacceptables avec la xénophobie et l’antisémitisme des années 30 et durant la Seconde Guerre mondiale. Cette manipulation d’éléments historique est dangereuse, elle est un piège redoutable de l’UDC, qui sait qu’elle peut ainsi attirer l’attention puis se défendre de toute mauvaise intention. C’est son habitude de jouer sur cette ambiguïté. Il ne faut pas me faire croire que Christoph Blocher ne connaît pas l’histoire.» G.S.





«C’est injurieux envers les partis»



Johanne Gurfinkiel, secrétaire général de la Cicad
(Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation):

«Cette image me choque, et c’est bien là l’objectif de l’UDC. Pour autant, je n’y vois pas une référence intentionnelle à la propagande nazie et je ne brandirai pas dans ce cas l’argument de l’antisémitisme. Cette campagne ne vise pas la communauté juive spécifiquement, elle est beaucoup plus injurieuse envers les partis politiques. Le débat politique mérite mieux.» G.S.




«Plus désespérée que choquante»



Louis Perron, spécialiste en communication politique:
«C’est la répétition d’une campagne menée en 1994. Suite à la mort d’une jeune scoute dans une forêt près de Zurich, l’UDC de l’époque avait montré l’ombre d’un malfaiteur avec un couteau et titré: «Dites merci à la gauche et aux gentils (ndlr: le message allemand du visuel de la pomme) ». À l’époque, cela avait choqué. Mais il y a eu ensuite tellement de provocations de la part de l’UDC. J’ai l’impression que cette affiche est plus désespérée que choquante.» Pour cet expert, «provoquer, c’est bien dans une campagne. Mais le vrai enjeu est de mobiliser la base. Je doute que cela fonctionne cette fois-ci et que le message colle aux attentes de l’électorat. Car il y a deux raisons qui poussent à voter UDC: les étrangers et l’Union européenne.» L.BT

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