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L’affaire d'espionnage suscite la nervosité au sein du Conseil fédéral

Le potentiel politique explosif de l'affaire Crypto est considérable. Le Conseil fédéral joue la carte de la transparence: un ex-juge fédéral doit, lui, éclaircir les faits.

Le Conseil fédéral est divisé entre confiance et affolement. (Image d'illustration.)
Le Conseil fédéral est divisé entre confiance et affolement. (Image d'illustration.)
Keystone

L’affaire de Crypto AG ne serait-elle qu’une vieillerie tout juste bonne pour les historiens? Un soubresaut de plus de l’épopée des services secrets pendant la guerre froide, désagréable certes, mais classée depuis belle lurette? Ou au contraire, cette histoire est-elle en train de devenir une affaire d'État? Avec des conséquences imprévisibles en matière de politique étrangère pour la Suisse?

Ce sont des questions qui sont dans l'esprit des conseillers fédéraux et des hauts fonctionnaires fédéraux depuis des mois. Depuis novembre, l'affaire de la cryptographie a été au moins trois fois un sujet de discussion au Conseil fédéral, comme le montrent nos recherches.

Le conflit a atteint son point culminant le 15 janvier. Le Conseil fédéral a alors discuté de Crypto AG pendant environ une heure. Finalement, il a chargé l'ancien juge fédéral Niklaus Oberholzer d’enquêter sur le sujet. Cet homme de 66 ans a l'expérience des missions politiquement délicates: il y a 30 ans, ce membre du Parti socialiste suisse avait déjà participé à l’enquête sur «l'affaire des fiches». Le juge Oberholzer est soutenu par le cabinet d'avocats Kellerhals Carrard. Le Conseil fédéral attend un rapport sur l'affaire Crypto à la fin du mois de juin.

Qu'est-ce que le gouvernement espère tirer de cette enquête? Niklaus Oberholzer devrait «enquêter sur la question et clarifier les faits», a annoncé le Département fédéral de la défense (DDPS). Le fait que cette mission ait été rendue publique illustre le dilemme dans lequel se trouve le Conseil fédéral. Il ne peut s’appuyer que sur peu d'informations fiables, et il y a beaucoup de questions: que savaient le Conseil fédéral et l'appareil de sécurité sur les véritables propriétaires de Crypto AG? Ont-ils toléré les activités illégales des services secrets étrangers en Suisse et cautionné le fait de tromper systématiquement des États amis? Les services suisses participaient-ils ou profitaient-ils également de ces écoutes? Les autorités fédérales ont-elles contribué à dissimuler l'affaire? Les conséquences politiques de l’affaire Crypto dépendront largement de ces questions.

Deux camps au Conseil fédéral

Les avis divergent largement sur l'ampleur de l'affaire. Au sein du DDPS de Viola Amherd, des voix influentes classent l'affaire comme une vieille histoire, dont les faits essentiels sont connus depuis longtemps grâce à des révélations antérieures. Néanmoins, le DDPS veut également démontrer sa volonté de transparence au travers de l'enquête Oberholzer.

Dans d'autres départements, la situation est moins détendue. On craint que cela n’interfère sérieusement avec la politique étrangère et atteigne durablement la bonne réputation de la Suisse. Selon plusieurs sources, la ministre de la Justice Karin Keller-Sutter fait partie de ceux qui sont inquiets. Le ministre de l’Économie, Guy Parmelin, a déjà réagi et suspendu à la mi-décembre l'autorisation générale d'exportation de la société internationale qui a succédé à Crypto AG. Le Département des affaires étrangères d'Ignazio Cassis est également touché par cette affaire.

L'été dernier, les prémices de l’enquête de l’émission «Rundschau» de la télévision alémanique avaient déjà dressé de nombreuses oreilles dans la Berne fédérale. Les journalistes avaient notamment demandé l’accès à de vieux dossiers dans les Archives fédérales. Cette information est rapidement montée dans la hiérarchie: selon les informations du DDPS, Viola Amherd a été informée par le Service de renseignement de la Confédération (SRC) le 19 août déjà à propos de «rumeurs circulant au sujet de la société Crypto AG». Puisque les questions de la «Rundschau» s'intensifiaient et se précisaient, Viola Amherd a décidé d'en informer le Conseil fédéral: le 5 novembre 2019, elle a distribué un document classé «secret» sur l'affaire. Son contenu est encore inconnu aujourd'hui.

En attendant la bombe

Depuis des semaines, les personnes mises dans la confidence au Palais fédéral attendent avec impatience que les médias lâchent leur bombe. En janvier, on craignait que cela ne se produise pendant le Forum économique mondial, alors que la moitié des personnalités mondiales séjournaient en Suisse.

Cela n'a pas eu lieu, mais le Conseil fédéral se prépare depuis des semaines à ces révélations – avec un document interne intitulé «Sprachregelung Crypto AG». Les conseillers fédéraux d'aujourd'hui y affirment leur ignorance dans une certaine mesure: «Les événements dont il est question ont commencé vers 1945 et sont difficiles à reconstituer et à interpréter aujourd'hui.» Cette reconstruction et cette interprétation a maintenant été confiée à Niklaus Oberholzer.

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