« Les activités de la mafia peuvent polluer l’économie d’un pays »

InterviewLa Suisse a annoncé sa volonté d’intensifier sa lutte contre les mafias. Quels seraient les changements opportuns? Pietro Grasso, procureur national antimafia italien, répond à nos questions

Pietro Grasso, procureur national italien antimafia.

Pietro Grasso, procureur national italien antimafia. Image: Keystone

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Quelles sont les activités des mafias en Suisse?

Nous ne pouvons évidemment pas dire si des enquêtes sont en cours. Et ce que nous avons découvert est déjà en partie connu. Dans nos investigations, nous constatons dans la plupart des cas des activités financières. Pour recycler l’argent, les mafieux n’utilisent pas seulement les banques. Ils investissent aussi dans des activités licites, comme l’immobilier. Ils se diversifient et s’en remettent à des avocats d’affaires, à des fiduciaires qui placent l’argent là où une haute rentabilité est assurée. Malheureusement, ils n’investissent même pas sur leur territoire d’origine! Cela aiderait au moins à un certain développement, même si celui-ci ne produirait pas un bien-être futur.

La Suisse vient d’annoncer sa volonté d’intensifier la lutte contre les mafias. Votre avis?

Tout d’abord, permettez-moi d’insister sur le fait que notre collaboration avec le ministère public de la Confédération (MPC) est excellente. C’est très important: ce travail en commun permet de définir si les fonds placés ou investis en Suisse proviennent d’actes illicites. Car l’unique possession d’argent au noir dans une banque ne constitue pas un délit, ni un motif pour le confisquer. Et ce travail est difficile: toute une série de sociétés cachent le réel titulaire d’un compte. Et puis, si la Suisse montre sa volonté de lutter contre cette criminalité, il y aura toujours moins d’investissements et les mafias choisiront d’autres pays.

Quels progrès devrait-on réaliser?

Les magistrats fédéraux que je connais et qui luttent contre la criminalité organisée ont beaucoup d’expérience. Mais peut-être faudrait-il que les autres, et même l’opinion publique, connaissent mieux ces phénomènes financiers. Il ne faut pas oublier que ces activités finissent par polluer l’économie d’un pays. Les organisations mafieuses peuvent par exemple proposer des biens immobiliers à des valeurs inférieures aux prix du marché. Il faut saluer les progrès qui ont été réalisés en Suisse, avec notamment de nouvelles mesures pour lutter contre le recyclage d’argent sale. Vous êtes aussi l’un des seuls pays qui, dans le cadre de l’entraide, reconnaît nos mesures de prévention patrimoniale mafieuses. Et puis, les projets du MPC montrent, je crois, que l’essence du problème a été comprise.

Créé: 10.04.2012, 17h24

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