L’activiste ne se sent pas supérieure aux bêtes

Elisa KellerÀ 20 ans, la déléguée suisse de 269Life Libération Animale milite pour changer les mentalités.

Image: Odile Meylan

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10 h, place Saint-Laurent à Lausanne, les camions réfrigérés se croisent dans un ballet infernal pour approvisionner les magasins et restaurants du centre-ville en légumes, boissons, fromages, poissons et viande. C’est l’endroit improbable qu’a choisi Elisa Keller, déléguée suisse de l’association antispéciste et abolitionniste 269Life Libération Animale en Suisse, pour être photographiée. L’antispéciste s’oppose au spécisme, qui place l’espèce humaine avant toutes les autres. Long manteau noir, jeans retroussés sur bas résille, coiffure sophistiquée, la jeune végane pose sur les marches de l’église, pile sous le portrait de Martin Luther King. Tout un symbole. Le lieu de culte est à quelques pas du McDonald’s qui a propulsé l’association – composée d’environ 500 membres entre la France, la Belgique et la Suisse – sous le feu des projecteurs.

En mai dernier, une dizaine de militants entraient dans le fast-food lausannois en brandissant des pancartes aux slogans glaçants tels que: «La viande n’est rien d’autre que le cadavre d’un animal assassiné.» Après avoir déversé du faux sang – 100% végane – dans le restaurant de la chaîne américaine, les activistes étaient expulsés manu militari par les forces de l’ordre. Cette action spectaculaire a eu des suites judiciaires. «Plusieurs plaintes ont été déposées contre nous. Mais on pense aujourd’hui qu’elles n’aboutiront à rien.»

Du haut de ses 20 ans, la Lausannoise ne manque pas d’aplomb. «Les manifestations légales ont leurs limites. Je ne veux pas aller en prison, mais rien ne me fera plier dans mon combat pour les droits des animaux.» Une détermination qui cause bien du souci à son père, enseignant, et à sa mère, directrice de garderie. «J’ai arrêté mes études de droit à l’Université de Lausanne alors que j’étais en deuxième année. Je ne trouvais pas de sens dans les débouchés bourgeois de ce cursus. J’avais l’impression de perdre mon temps, alors que la lutte contre le spécisme est urgente. La pilule n’a pas été facile à faire avaler à ma mère, chez qui j’habitais jusqu’à il y a trois mois.»

Elisa Keller a décidé de se consacrer entièrement à la cause animale. Cet engagement la contraint à vivre chichement, ce qui n’a pas l’air de la déranger plus que cela. «Pour pouvoir m’assumer, je travaille à 12% dans le social. Ce qui me fait gagner entre 300 et 800 francs par mois. Je touche aussi une partie de la pension de mon père car, sinon, ma mère est persuadée que je ne mange pas. Ou alors juste du riz et des lentilles! (Rires.)» C’est en tout cas assez pour qu’elle puisse vivre en colocation à Lausanne. La jeune femme revendique fièrement sa quasi-indépendance, gagnée à la force du poignet. «Partir de chez ma mère, c’était évidemment pour pouvoir voler de mes propres ailes, mais surtout pour qu’elle ait un regard moins émotionnel sur mes actions. Comme j’avais arrêté mes études, ce qui l’inquiétait déjà, mais qu’en plus je participais à des manifestations aux conséquences potentiellement dangereuses, cela ne facilitait pas forcément nos relations.»

Malgré une communication parfois rude avec ses parents, la militante estime aujourd’hui que ses idéaux découlent de l’éducation qu’elle a reçue: «Ma mère ne sera peut-être pas contente que je dise ça, mais je pense que je suis devenue militante végane grâce à certaines valeurs qu’elle m’a transmises, comme l’antiracisme et le féminisme. Des valeurs très proches de l’antispécisme dans le mode de pensée.»

Ligne radicale

Christine Mayor, cofondatrice de l’association Animae, qui lutte pour le droit des animaux, salue son engagement: «J’ai une fille du même âge qu’Elisa. Forcément, cela crée des liens. Elle est la force de la jeunesse. Elle flirte avec les limites légales mais il faut des gens comme ça.» Les deux militantes ne sont pas exactement sur la même ligne, explique Christine Mayor: «Mon association, créée récemment, essaie d’être plus modérée, afin de toucher le plus grand nombre. Elisa est plus radicale. Pour elle, il faut tout et tout de suite. Mais cela part d’une bonne intention et il nous faut cet élan.» Malgré son jeune âge et son arrivée récente dans le milieu associatif antispéciste, Elisa Keller s’est très vite imposée. «Au début, il y a environ deux ans, elle ne connaissait pas beaucoup de militants, se souvient Christine Mayor. Pourtant, elle s’est tout de suite énormément engagée. Aujourd’hui, elle n’a plus besoin de conseils et y va comme une grande. Elle nous a tous enterrés! (Rires.)»

Dans un monde où son combat n’aurait pas besoin d’être mené, Elisa Keller se verrait bien reprendre des études. Du bout des lèvres, elle raconte avoir envisagé un temps de devenir avocate pour animaux. «Mais, aujourd’hui, passer mon temps à étudier n’aurait pas d’utilité.» C’est pourtant bien dans le cadre de sa scolarité post-obligatoire qu’elle a été confrontée pour la première fois aux idées antispécistes. «Quand j’étais au Gymnase de la Cité, à Lausanne, je me suis plongée dans la cause animale. Mon avis a changé sur la question, simplement en discutant, en débattant et grâce à des rencontres.»

Car si Elisa Keller ne consomme plus aucun produit d’origine animale, il n’en a pas toujours été ainsi. «Ma famille n’est pas végane même si elle est très ouverte. Par habitude et à cause de la pression sociale, mes parents sont omnivores, contrairement à ma petite sœur de 17 ans, devenue végétarienne il y a peu. Elle s’interroge bien plus sur l’exploitation animale que les adultes de notre famille.»

La pasionaria n’est pas intolérante. Elle assure ne pas porter de jugement sur les gens qui mangent de la viande. «Mais si on réfléchit vraiment, l’antispécisme s’impose naturellement et j’aimerais que les gens arrivent à ce point de la réflexion.» Je ne trouvais pas de sens dans les débouchés bourgeois de mes études de droit. J’avais l’impression de perdre mon temps, alors que la lutte contre le spécisme est urgente (TDG)

Créé: 30.11.2017, 10h09

Bio

Août 1997
Naissance à Lausanne.

Juillet 2014
Début de son expérience professionnelle dans le social.

Juin 2015
Maturité au Gymnase de la Cité, à Lausanne.

Novembre 2016
Premier acte militant dans un abattoir de bovins en France.

Décembre 2016
Nomination au poste de déléguée suisse de 269Life Libération Animale.

Mars 2017
Fin de ses études de droit à l’Université de Lausanne alors qu’elle est en deuxième année de bachelor.

Mai 2017
Manifestation au McDonald’s de Saint-Laurent à Lausanne.

Septembre 2017
Nuit debout organisée devant l’abattoir de Clarens et dans plusieurs pays aux quatre coins du monde, par l’association 269Life Libération Animale.

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